Les Prés Salés Testerins


Sur les Ports de La Teste

Une Histoire Sans Fin…

Table des matiĂšres


Moyen Âge – Les seigneurs locaux et les souverains se disputent la propriĂ©tĂ© du rivage

1550 – La baillette reconnait le droit de pacage dans les vacants et landes

1681 – Rappel Ă  l’ordre : l’ordonnance de la Marine dĂ©finit le rivage de la mer

1742 – PiqĂ»re de rappel : le seigneur ne peut s’attribuer aucune Ă©tendue de mer

1780 – Par un biais, le seigneur rĂ©affirme son emprise sur les PrĂ©s salĂ©s

1789 – Le triomphe de la propriĂ©tĂ© privĂ©e

1828 – Vente des prĂ©s salĂ©s Ă  la commune de LTDB

1830 – Sauvage achĂšte les PrĂ©s salĂ©s en vu d’y Ă©tablir des rĂ©servoirs Ă  poissons

1839 – Projet d’amĂ©lioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des prĂ©s-salĂ©s

1841 – Rejoindre le Moueng par le « Chemin des PrĂ©s salĂ©s »

1847 – Ça baigne ! Pour le vĂȘtement
 on n’a pas le choix !

1849 – Le propriĂ©taire veut mettre fin aux droits d’usage !

1872 – Harry Scott Johnston achĂšte la partie dĂ©jĂ  endiguĂ©e des PrĂ©s salĂ©s (Est)

1873 – Contestation de la propriĂ©tĂ© privĂ©e ; dĂ©fense des droits d’usage

1877 – Son frĂšre, Nathaniel Johnston, acquiert la partie ouest, toujours submergĂ©e

1910 – Digue Johnston

1930 – Endiguement – illicite – des PrĂ©s salĂ©s Ouest

1944 – le 2 septembre, la digue, qui ferme le site Ouest, s’écroule !

1951 – SĂ©paration, Ă©ventuelle, de la partie testerine, les « Pirelons Â»

Le 16 février 1957, la grande brÚche se creuse à nouveau

Entre 1985 et 2001, projets concernant l’AmĂ©nagement des PrĂ©s salĂ©s Est et Ouest comprenant, entre autre, un port en eau profonde

2001 – Une autre histoire commence : laisser fleurir la nature maritime

2007 – Les PrĂ©s salĂ©s Ouest sont dĂ©finitivement classĂ©s au D.P.M.

2009 – La goutte d’eau qui fait dĂ©border les vases !

2009 – RĂ©habilitation des PrĂ©s salĂ©s Ouest

2017 – RĂ©habilitation de la digue « Johnston »

L’histoire des PrĂ©s SalĂ©s a Ă©tĂ© dressĂ©e par divers chercheurs et auteurs. Franck Bouscau en a prĂ©sentĂ© en 1988 sa thĂšse de doctorant. Jacques Ragot l’a analysĂ©e et complĂ©tĂ©e deux ans plus tard. Le journaliste Jean Dubroca a publiĂ© plusieurs articles sur le sujet. Claude Badet, secrĂ©taire de l’ADPSO a rĂ©digĂ© pour ce site une compilation des diffĂ©rentes Ă©tudes. A partir de document RaphaĂ«l Vialard, passionnĂ© de gĂ©ographie et d’histoire a formulĂ© la version ci dessous.

            RĂ©sumĂ©

Alors que la concession des PrĂ©s SalĂ©s de La Teste de Buch a un peu plus de deux cents ans, il est intĂ©ressant de savoir que la domanialitĂ© de ces terrains maritimes, actuellement classĂ©s au DPM (Domaine Public Maritime) allant de la Pointe de l’Aiguillon au port de La Hume, ont Ă©tĂ© l’objet de litiges depuis des temps anciens.

Du Moyen Ăąge Ă  1789

Au Moyen-Ăąge, le rivage Ă©tait Ă  la fois un lieu de dĂ©fense des cĂŽtes et un lieu de « produit» des naufrages.

Les seigneurs locaux et les souverains (roi de France, Duc d’aquitaine devenu roi d’Angleterre) s’en disputent la propriĂ©tĂ©.

Un acte royal de 1383 approuve le testament du Captal Jean de Grailly Captal de Buch validant ainsi la concession de la cĂŽte du Porge au nord du Bassin aux Captaux de Buch.

Le roi de France Charles VII confisqua le Captalat en 1453. Mais cette seigneurie fut restituĂ©e en 1462 au captal Jean de Foix-Grailly, par les lettres patentes de Louis XI, confirmĂ©e en 1477. Cependant les rois de France affirmaient que la mer et le rivage dĂ©pendaient de leur Amiral. Le droit de naufrage des seigneurs Ă©tant limitĂ© aux Ă©paves marines non rĂ©clamĂ©es, Ceci fut confirmĂ© par l’ordonnance de la Marine (1681) Ă©laborĂ©e par Colbert

Le 28 janvier 1742 un jugement relatif Ă  la situation du Captalat de Buch appliqua sans dĂ©rogation l’Ordonnance de 1681 et prĂ©cisa que le seigneur ne pouvait s’attribuer aucune Ă©tendue de mer

1789

La RĂ©volution libĂ©ra le sieur Giers, qui avait reçu la concession des PrĂšs SalĂ©s par une Â« baillette Ă  fief nouveau » du 24 mai 1780. DĂ©sormais, il n’y avait plus de concessionnaire, mais un propriĂ©taire Ă  part entiĂšre.

Les PrĂ©s SalĂ©s firent l’objet, au cours des XIXe et XXe siĂšcles, de plusieurs mutations.

1849

Lors de la construction d’un chemin- digue Ă  travers les PrĂ©s SalĂ©s, allant de La Teste Ă  Eyrac, appelĂ© « Chemin des PrĂ©s SalĂ©s Â» le Comte d’ArmaillĂ©, propriĂ©taire des lieux depuis 1845, en profita pour obtenir du Tribunal civil de Bordeaux un jugement en date du 27 janvier 1849 qui constatait que les droits d’usage devaient cesser d’ĂȘtre exercĂ©s sur la partie de ses terrains que la route avait endiguĂ©e.

1873

Trois Testerins, Messieurs Moureau, Mozas, et Cravey, furent autorisĂ©s Ă  contester en justice la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s. De son cĂŽtĂ©, la commune sollicita et obtint l’autorisation d’agir pour la dĂ©fense de ses droits d’usage, menacĂ©s par les rĂ©servoirs Ă  poissons et les parcs Ă  huĂźtres que Monsieur Johnston, nouveau propriĂ©taire, envisageait d’installer sur les PrĂ©s SalĂ©s.

Le jugement 12 mai 1875 les débouta. La victoire judiciaire des propriétaires fut complétée en 1876 par un nouveau bornage, reconnaissant celui de 1834, et donc le procÚs-verbal fut entériné par les ministres des Finances et des Travaux Publics les 5 et 29 septembre 1879.

Monsieur Harry Scott Johnston avait en 1872 achetĂ© la partie endiguĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s, situĂ©e Ă  l’est de la zone, son frĂšre Monsieur Nathaniel Johnston, acquit la partie ouest, par voie d’adjudication en 1877.

Les PrĂ©s SalĂ©s est furent convertis en rĂ©servoirs Ă  poissons, Ă  l’exception d’une partie, jouxtant la digue du port, dont une partie fut cĂ©dĂ©e Ă  divers acquĂ©reurs qui y créÚrent un quartier connu sous le nom de « Complexe ostrĂ©icole de La Teste ».

1930

Entre 1930 et 1935, la sociĂ©tĂ© immobiliĂšre des PrĂ©s SalĂ©s fait construire une premiĂšre digue en ciment pour endiguer les PrĂ©s SalĂ©s Ouest dans le prolongement de la digue Ouest aboutissant Ă  la « presqu’üle Â» du Lapin Blanc.

A partir de 1970, les consorts « Couach Â» se prĂ©tendant propriĂ©taires des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, ce que contestĂšrent encore les pouvoirs publics, entreprennent de construire, toujours dans l’illĂ©galitĂ©, une nouvelle digue en empĂȘchant l’eau des marĂ©es d’entrer dĂ©finitivement dans les PrĂ©s SalĂ©s Ouest.

1994

La Cour Administrative d’Appel de Bordeaux rejette dĂ©finitivement la requĂȘte de la famille Â« Couach Â»sur la propriĂ©tĂ© de ces terrains.

2007

AprĂšs plus de 30 annĂ©es de longues batailles juridiques et d’innombrables procĂšs, les PrĂ©s SalĂ©s Ouest ont Ă©tĂ© dĂ©finitivement classĂ©s au D.P.M. et donnĂ©s en gestion par l’Etat Ă  la commune de La Teste de Buch.

Enfin, en 2017, la digue « Johnston Â». Etant en trĂšs mauvais Ă©tat, sa restructuration confortĂ©e par la ville de La Teste de Buch a permis de protĂ©ger dĂ©finitivement les PrĂ©s SalĂ©s Ouest d’un nouvel effondrement mais aussi de sĂ©curiser l’entrĂ©e du port Testerin.



Des Prés tremblants à nos jours

La Teste de Buch a la particularitĂ© de possĂ©der deux façades maritimes ouvertes directement sur la mer. L’une sur la cĂŽte Atlantique avec la cĂ©lĂšbre « Dune du Pilat » et ses immenses plages de sable fin et l’autre, sur la cĂŽte sud du Bassin d’Arcachon, faite essentiellement de PrĂ©s salĂ©s, allant de la Pointe de l’Aiguillon jusqu’au port actuel de La Hume.

Les PrĂ©s SalĂ©s, dont la cote infĂ©rieure est environ Ă  2 m 50 c. au-dessus de l’étiage et dont la cote supĂ©rieure se limite aux plus hautes mers, sont situĂ©s principalement de la Teste au Teich, un peu moins du Teich Ă  la pointe de Branne ; enfin ils occupent environ 1/10 de l’üle des Oiseaux. Ils servent aux pacages des bestiaux ; les joncs qui s’y trouvent en abondance sont employĂ©s en litiĂšre ou comme engrais aprĂšs qu’ils aient subi une certaine prĂ©paration.

Les PrĂ©s SalĂ©s dans leur gĂ©nĂ©ralitĂ© sont aussi appelĂ©s « schorre » quand ils recouvrent la frange haute du rivage lors des grandes marĂ©es freinant la houle, limitant l’érosion du rivage et piĂ©geant les sĂ©diments. On y trouve une vĂ©gĂ©tation rase qui aime le sel, d’oĂč leur dĂ©nomination.

Alors que la concession des PrĂ©s SalĂ©s remonte Ă  un peu plus de deux cents ans, il est intĂ©ressant de savoir que la domanialitĂ© de ces terrains maritimes, actuellement classĂ©s au DPM (Domaine Public Maritime) a fait l’objet de litiges depuis des temps plus anciens.

Nous allons considĂ©rer successivement l’Ancien RĂ©gime – le Moyen Âge et la Renaissance, puis les XVIIe et XVIIIe siĂšcles -, pĂ©riode oĂč les seigneurs locaux, les captaux de Buch, voient leurs ambitions se heurter au pouvoir royal, puis la pĂ©riode 1789-1950 qui est celle de la victoire de la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s salĂ©s, et enfin l’époque rĂ©cente, oĂč l’histoire cĂšde le pas Ă  l’actualitĂ©, et au cours de laquelle la dite propriĂ©tĂ© est mise en cause par l’action des pouvoirs publics.


Moyen Âge – Les seigneurs locaux et les souverains se disputent la propriĂ©tĂ© du rivage.      

Au Moyen-Âge, le rivage est considĂ©rĂ© sous un double aspect : souverainetĂ© et dĂ©fense des cĂŽtes d’une part, aspect Ă©conomique, c’est-Ă -dire Ă©ventuellement « produit Â» des naufrages, d’autre part.                         Ă€ cette Ă©poque, malgrĂ© les empiĂ©tements des seigneurs, trĂšs frĂ©quents en fait, les souverains affirment que les rivages dĂ©pendent d’eux. ThĂ©oriquement, en Guyenne, le souverain est le roi de France, mais en fait le duc d’Aquitaine, qui   devient en outre roi d’Angleterre au XIIe siĂšcle, s’approprie les rivages et les concĂšde. Par exemple, en 1354, Édouard III, confirme les droits de SĂ©verin de Lesparre Ă  la cĂŽte et aux Ă©paves dans sa seigneurie. Par la suite, la renaissance du pouvoir et de la juridiction du roi de France obligent le duc Ă  admettre qu’il tient le rivage, comme le duchĂ© lui-mĂȘme, de son suzerain.                                                         Existe-t-il une semblable concession du rivage Ă  La Teste? Plusieurs titres ont Ă©tĂ© allĂ©guĂ©s lors de divers procĂšs, aussi bien devant le Conseil du roi en 1742, qu’au XXe siĂšcle. Certains documents prouvent seulement que les captaux de Buch sont dĂ©jĂ  en possession de leur seigneurie au XIIIe siĂšcle. Un acte concĂšde Ă  vie la cĂŽte du Porge – au nord du Bassin – au Captal. Une concession d’Édouard III confirme le seigneur de Buch dans le droit de naufrage. Enfin un acte royal de 1383 approuve le testament du Captal Jean de Grailly. Quant Ă  l’utilitĂ© de ces documents dans l’affaire des PrĂ©s SalĂ©s, le Conseil du Roi n’en tient aucun compte en 1742, de mĂȘme que le Conseil d’État en 1970, alors que la Cour d’Appel de Bordeaux estime que le texte de 1383 constitue un indice en faveur des propriĂ©taires privĂ©s
 DĂšs le Moyen-Ăąge, les rois de France affirment que la mer et le rivage dĂ©pendent de leur Amiral. Le « droit de naufrage Â» des seigneurs est limitĂ© aux Ă©paves marines non rĂ©clamĂ©es, et les profits seigneuriaux doivent ĂȘtre partagĂ©s avec l’Amiral.                                            En 1453, aprĂšs la conquĂȘte de la Guyenne par les Français, Charles VII, roi de France, confisque le Captalat car les captaux ont combattus au cĂŽtĂ© des Anglais. Mais, en 1462, cette seigneurie est restituĂ©e Ă  Jean de Foix-Grailly, comte de Candale, par les lettres patentes du nouveau roi, Louis XI, confirmĂ©e en 1477.                       Ces lettres peuvent-elles permettre d’affirmer que le seigneur devenait « propriĂ©taire » des PrĂ©s SalĂ©s ? La Cour d’ Appel de Bordeaux l’admet en 1978, estimant que les Ă©nonciations trĂšs complĂštes des lettres patentes ne permettent d’exclure de l’opĂ©ration aucun droit ni aucune partie de la seigneurie, alors que le Conseil d’État avait estimĂ© en 1970  qu’il s’était seulement agi pour Louis XI de remettre les choses en l’état et qu’aucune prĂ©rogative « domaniale » n’est attribuĂ©e au seigneur par ces lettres patentes ; on notera seulement que les lettres patentes rĂ©servent expressĂ©ment au roi « les foi et hommage, ressort et souverainetĂ© desdites terres et seigneuries ».                      

Quelle est alors la situation de fait des PrĂ©s SalĂ©s ? Les captaux considĂšrent que toutes les Ă©tendues vacantes de leur seigneurie leur appartiennent. Ce droit Ă©minent du seigneur est notamment affirmĂ© par une baillette (bail Ă  fief, contrat fĂ©odal) du 23 mai 1550 par laquelle le captal FrĂ©dĂ©ric de Foix abandonne aux habitants du captalat, « tout ce qui est accoutumĂ© ĂȘtre tenu en padouens (mot gascon dĂ©signant le lieu oĂč l’on pĂąture) et vacants » moyennant une somme et une rente annuelle. Or, la propriĂ©tĂ© du sol, son statut juridique, n’est pas le mĂȘme pour les landes et pour les terres cultivĂ©es. En principe, les terres cultivĂ©es appartiennent aux habitants. Elles leur sont concĂ©dĂ©es par le seigneur et cela s’appelle  Â«bail Ă  fief Â»                                                 Quant aux PrĂ©s salĂ©s, landes et marais, les seigneurs en sont seuls propriĂ©taires ! Envahies lors des grandes malines, inondĂ©es par les crues de printemps, dominĂ©es par les buttes castrales, le seigneur concĂšde donc jusqu’alors aux manants le droit de vaine pĂąture. Ces dĂ©pĂŽts d’alluvions et de glaises noirĂątres, sĂ©diments accumulĂ©s au cours des siĂšcles, sont bien plus fertiles que les sables des landes alentour. Le bĂ©tail traverse Ă  guĂ©. Franchi le rideau des roseliĂšres, leurs plumeaux au vent, les bĂȘtes trouvent lĂ  une flore bien particuliĂšre : pelouse d’une herbe rase, parterres de salicornes charnues, de soudes maritimes, bouquets bleus des lavandes de mer, les statices, en Ă©tĂ© ; les vachers coupent les joncs pour les litiĂšres. Les seigneurs n’admettent ces pĂąturages qu’à titre de simple tolĂ©rance. Sauf exceptions, les droits de pacage — compte tenu de leur anciennetĂ© â€” ne reposent sur aucun titre ; or nous sommes en pays de droit Ă©crit, cela est donc gĂȘnant pour tous. Le souci des seigneurs est surtout de percevoir des droits de pacage proportionnĂ©s aux services rendus. Accessoirement, ils ne se refusent pas Ă  reconnaĂźtre par titre ces droits de pacage ; et ces concessions, ou baillettes, ne peuvent que conforter leur propre droit sur la lande dans le cas oĂč ce droit serait douteux.

1550 La baillette reconnaĂźt le droit de pacage dans les vacants et landes.                 

Diverses ordonnances, notamment sous François 1er, Henri III et Louis XIII, rĂ©affirment les droits du roi sur le rivage. En 1550, FrĂ©dĂ©ric de Foix-Grailly, captal de Buch accorde une baillette, reconnaissant clairement le droit de pacage dans les vacants et landes du captalat ; il autorise aussi le « coup», ce terme du gascon local qui dĂ©signe la pelure des PrĂ©s SalĂ©s composĂ©e de terre argileuse et d’herbes grasses formant la couche supĂ©rieure de ces prĂ©s que les gens du pays rĂ©coltent, Ă  marĂ©e basse en guise d’engrais sur ces parties du rivage couvertes d’herbes marines ainsi que la boue des crassats composĂ©e d’argile saline, de dĂ©bris de coquillages et de dĂ©tritus d’herbes marines, ou de chemins pour les charrettes entre La Teste et l’Aiguillon.

Ces PrĂšs SalĂ©s sont d’un seul tenant ; ce n’est qu’aprĂšs 1840 qu’ils se scinderont en deux lors du creusement du premier chenal du port testerin et c’est ainsi, que les PrĂ©s SalĂ©s testerins deviendront soit « Est », soit « Ouest ».

Les baillettes prĂ©voient que le captal de Buch se rĂ©serve une possibilitĂ© de reprise dans le cas oĂč un acquĂ©reur se prĂ©senterait pour solliciter un bail Ă  fief pour une mise en culture. Cette clause est essentielle !


1681 Rappel Ă  l’ordre : l’ordonnance de la Marine dĂ©finit le rivage de la mer                       

Quoi qu’il en soit, l’évolution de la lĂ©gislation royale est dĂ©favorable aux Seigneurs et les progrĂšs de la centralisation menacent Ă  terme leurs prĂ©rogatives ; l’ordonnance de la Marine (1681) Ă©laborĂ©e par Colbert porte un coup trĂšs dur aux prĂ©tentions des Seigneurs. Le texte dĂ©finit le rivage : « Sera rĂ©putĂ© bord et rivage de la mer, tout ce qu’elle couvre et dĂ©couvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusques oĂč le grand flot de mars se peut Ă©tendre sur les grĂšves. » Sur ce rivage les juges de l’AmirautĂ© avaient seuls compĂ©tence. Quant aux naufrages, c’étaient aussi les officiers de l’AmirautĂ© qui pouvaient seuls en prendre connaissance, mĂȘme si des Seigneurs avaient une concession. Dans ce dernier cas, le droit du Seigneur est limitĂ© Ă  la perception de la moitiĂ© du produit de la vente des biens non rĂ©clamĂ©s par leurs propriĂ©taires pendant un an. Loin d’avoir un pouvoir direct sur le rivage, le Seigneur n’est plus qu’un crĂ©ancier Ă©ventuel !                                                       Jusqu’au milieu du XVIIIe siĂšcle, les cĂŽtes sud et est du Bassin d’Arcachon sont des PrĂ©s salĂ©s, Ă©tendues plates, inondĂ©es Ă  chaque marĂ©e, couvertes d’une vĂ©gĂ©tation aquatique d’herbes et de joncs, parcourues par un rĂ©seau de petits canaux appelĂ©s esteys. L’estuaire des petits ruisseaux issus de la lande servent de ports aux villages voisins.


1742 PiqĂ»re de rappel : le seigneur ne peut s’attribuer aucune Ă©tendue de mer

L’Ordonnance de Colbert de 1681 ne modifie pas du jour au lendemain les habitudes seigneuriales. C’est pourquoi deux arrĂȘts du Conseil du Roi rendus en 1739 crĂ©ent une Commission de vĂ©rification des droits maritimes.             Le 28 janvier 1742, les Commissaires, qui ont eu communication des divers titres sur lesquels le captal de Buch fonde ses prĂ©tentions, notamment des lettres patentes de 1662, rendent un jugement relatif Ă  la situation du captalat de Buch.    Cette dĂ©cision, sans avoir aucun Ă©gard pour les demandes du seigneur, applique sans dĂ©rogation l’Ordonnance de 1681 et prĂ©cise que le seigneur ne peut s’attribuer aucune Ă©tendue de mer : « Nous, commissaires gĂ©nĂ©raux susdits, en vertu du pouvoir Ă  nous donnĂ© par Sa MajestĂ©, sans nous arrĂȘter aux demandes dudit sieur de Ruat, dont nous l’avons dĂ©boutĂ©, ordonnons que l’Ordonnance de la Marine du mois d’aoĂ»t 1681 sera exĂ©cutĂ©e selon sa forme et teneur ; en consĂ©quence faisons dĂ©fense audit sieur de Ruat de s’attribuer aucune Ă©tendue de mer pour y pĂȘcher Ă  l’exclusion d’autres, de prendre aucune connaissance des faits de la pĂȘche, de faire marquer les pinasses, chaloupes et bateaux, d’exiger le droit de capte
 ni aucun droit, etc. ». Le captal se voit donc dĂ©pouillĂ© de prĂ©rogatives qui ont Ă©tĂ© cĂ©dĂ©es par Henri-François de Foix-Candale, duc de Randan, le 23 aoĂ»t 1713, Ă  son pĂšre Jean Baptiste de Ruat, en mĂȘme temps que la seigneurie de Buch.

1780 Par un biais, le seigneur rĂ©affirme son emprise sur les PrĂ©s SalĂ©s.                            

Par la suite, par un biais, le seigneur rĂ©affirme son emprise sur les PrĂ©s SalĂ©s, quoiqu’ils fassent partie du rivage.  Au cours de la seconde moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle se dĂ©veloppe un certain engouement pour les innovations agronomiques, qui se traduit par des dessĂšchements de marais, des dĂ©frichements, des mises en valeur de terres rĂ©putĂ©es incultes et des essais de cultures nouvelles. Le Gouvernement et de riches particuliers encouragent ce mouvement. Les captaux de Buch ne sont pas en reste. DĂ©jĂ , en 1766, le captal François Alain de Ruat concĂšde, au suisse NĂ©zer, de vastes landes situĂ©es Ă  Gujan et au Teich pour les mettre « en bled ». Son fils François de Ruat, entreprend les ensemencements de pins sur les dunes littorales.

Par ailleurs, François de Ruat concĂšde au sieur Giers, nĂ©gociant bordelais, par une « baillette Ă  fief nouveau » du 24 mai 1780, les PrĂ©s SalĂ©s de La Teste; le concessionnaire et ses associĂ©s doivent endiguer les terrains pour les mettre en culture ou en prairies. Une rente est prĂ©vue qui ne doit ĂȘtre payĂ©e qu’aprĂšs un dĂ©lai de dix ans, ce qui mĂšne Ă  1790


Mais dĂšs l’Ancien RĂ©gime la concession des PrĂ©s SalĂ©s suscite des oppositions : l’Intendant de Bordeaux, DuprĂ© de Saint-Maur, fait cesser les travaux en se prĂ©valant des droits du Roi. Cependant cette intervention ne marque qu’une pause et non un terme dĂ©finitif pour les ambitions des particuliers afin de s’approprier les PrĂ©s SalĂ©s.

Au siĂšcle suivant la propriĂ©tĂ© privĂ©e va triompher et, du fait des endiguements, la zone va ĂȘtre sĂ©parĂ©e du rivage proprement dit.

Le 26 janvier 1784 (ou 1785), Henri Giers vend une parcelle de PrĂ©s SalĂ©s proches de l’Aiguillon Ă  GĂ©rard Cravey Ă©poux de Marie PortiĂ©, GĂ©rard Cravey y exploitera un four Ă  chaux.

 

1789 Le triomphe de la propriété privée

DĂšs lors, soumis au droit commun des immeubles, les PrĂ©s SalĂ©s font l’objet, au cours des XIXe et XXe siĂšcles, de plusieurs mutations. Il semble bien que tout soit rĂ©glĂ© : les PrĂ©s alĂ©s appartiennent bel et bien au citoyen Giers. Tout se passe pour le mieux. Jusqu’en 1830, les changements de statuts et de propriĂ©taires n’ont aucun impact sur la situation matĂ©rielle des PrĂ©s SalĂ©s. En fait, des habitants continuent de les utiliser pour le pacage des bestiaux et la rĂ©colte d’engrais et de joncs.

 

1828 Vente des prés salés à la commune de La Teste de Buch par Fleury jeune le 23 février 1828.


1830 Sauvage achĂšte les PrĂ©s salĂ©s en vu d’y Ă©tablir des rĂ©servoirs Ă  poissons.

Ces PrĂ©s SalĂ©s seraient d’un immense revenu s’ils Ă©taient endiguĂ©s et convertis ainsi en rĂ©servoirs Ă  poissons ; ce dont on peut se convaincre par les viviers Ă©tablis Ă  Audenge par MM. de BoissiĂšre et Douillard de la MahaudiĂšre.

En 1828, Monsieur de Sauvage, Maire d’Andernos demande la concession de l’Île aux oiseaux, et achĂšte les PrĂ©s SalĂ©s de La Teste Ă  Fleury jeune et un nommĂ© Oxeda. Ayant des talents nombreux et possĂ©dant au plus haut degrĂ© celui de la persuasion, il met dans sa poche les administrateurs et les ingĂ©nieurs des services du DĂ©partement. Malheureusement pour lui le ministre de la Marine et celui des Finances se trouvent en dehors de « l’atmosphĂšre sĂ©ductrice Â» qu’il crĂ©e autour de lui et il n’obtient pas la concession de l’Île aux Oiseaux ; par contre, en ce qui concerne les PrĂ©s SalĂ©s de La Teste, il est sur le point d’arriver Ă  ses fins : il veut y Ă©tablir des rĂ©servoirs Ă  poissons. La municipalitĂ© de La Teste est rĂ©ticente et les pĂȘcheurs sont contre ; parmi les opposants, certains n’hĂ©sitent pas Ă  parler de domanialitĂ©. Le 7 mars 1828, Sauvage propose au prĂ©fet de creuser un port Ă  La Teste en Ă©change de l’autorisation ; Ă  titre de pot de vin, il offre un don gratuit de 4 000 francs Ă  la municipalitĂ©. Le 18 mars le conseil municipal repousse les propositions de M. de Sauvage. Le 31 mars le sous-prĂ©fet se dĂ©place en personne Ă  La Teste pour soutenir son protĂ©gĂ© ; nouvelle rĂ©union du Conseil Municipal : cette fois, les voix se partagent Ă©galement ; Sauvage est gagnant, il ne suffit plus que de la sanction du Gouvernement


En 1832, Monsieur Taffard, ancien conservateur des hypothĂšques, conclut un rapport au conseil municipal, dont il est membre ; cependant la dĂ©cision appartient Ă  l’Administration de l’Enregistrement et des Domaines. Celle-ci confie l’étude de l’affaire Ă  un juriste, Monsieur Gairal, qui estime qu’il y a lieu de reconnaĂźtre la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s. En consĂ©quence, le 8 aoĂ»t 1833, le ministre des Finances dĂ©cide que l’action en revendication ne sera pas intentĂ©e et que l’Administration provoquera le bornage[1] des PrĂ©s salĂ©s, ce qu’elle fait effectivement en 1834. Le rĂ©sultat de l’opĂ©ration est homologuĂ© par le prĂ©fet. On observe au passage que cette reconnaissance, comme d’ailleurs celles qui suivront tout au long du siĂšcle, ne crĂ©e aucun droit nouveau au profit des propriĂ©taires privĂ©s, Ă©tant donnĂ© que, depuis une loi du 26 septembre 1807, seule la procĂ©dure de concession d’endigage, dont le dĂ©roulement sera rĂ©glementĂ© par une ordonnance royale des 23 septembre et 1er octobre 1825, permet l’aliĂ©nation – leur privatisation – de parcelles du rivage. Les rĂ©servoirs Ă  poisson du maire d’Andernos tombent donc Ă  l’eau, mais dans une complĂšte Ă©quivoque ! Le « Coup d’Ɠil sur les Landes de Gascogne et sur les compagnies formĂ©es pour leur exploitation Â» Ă©crit par M. le vicomte Marie-Alexandre-Joseph d’Yzarn de Freissinet, en 1837, nous apprend que « M. de Casteja s’est rendu acquĂ©reur de 300 hectares de PrĂ©s-SalĂ©s pour une somme de 200 000 francs ; il y fera exĂ©cuter des travaux d’endiguement pour le mettre Ă  l’abri de l’invasion de l’OcĂ©an, et on assure qu’il a revendu, 150 000 francs, 42 hectares de ce mĂȘme terrain. Â»


1839 Projet d’amĂ©lioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des prĂ©s-salĂ©s.

Le port de la Teste ou du Caillaou communique avec le reste du bassin par le chenal de la Canelelte qui, aprĂšs avoir contournĂ© la pointe d’Aiguillon et suivi la rive sud, rejoint la rade d’Eyrac un peu Ă  l’est de l’ancien Casino.

Le port de la Teste et les chenaux qui y donnent accÚs forment un abri sûr pour les bateaux. Aussi, dans les mauvais temps, sert-il de refuge aux petites embarcations mouillées ordinairement devant Arcachon.

Primitivement, le port consistait simplement en une plage dĂ©couvrant Ă  basse mer oĂč les bateaux d’un petit tonnage s’échouaient pour dĂ©charger leurs marchandises qu’on transportait Ă  la Teste au moyen de charrettes.





En 1839, les ingĂ©nieurs dressent un projet d’amĂ©lioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des PrĂ©s-SalĂ©s de la Teste au moyen de digues qui forment un bassin de retenue. Les eaux de ce bassin doivent produire des chasses dans la portion du chenal conservĂ©e, prĂšs de la pointe d’Aiguillon.

 La partie extĂ©rieure de la jetĂ©e est de ce rĂ©servoir est amĂ©nagĂ©e pour servir Ă  l’embarquement et au dĂ©barquement des marchandises. Un port d’échouage est disposĂ© prĂšs de l’extrĂ©mitĂ© nord de cette jetĂ©e. Enfin un bassin Ă  flot de 125 mĂštres de largeur sur 180 mĂštres de longueur, muni de quais verticaux et de magasins, doit ĂȘtre creusĂ© dans les terrains de l’Aiguillon ; ce bassin est mis en communication avec le canal des Landes par un embranchement particulier, au moyen d’une Ă©cluse Ă  sas. Ce projet n’eut pas de suite.

Une dĂ©cision ministĂ©rielle du 1er mars 1842 prescrit de nouvelles Ă©tudes dans lesquelles doit ĂȘtre comprise la construction d’un barrage fermant complĂštement les PrĂ©s SalĂ©s de la Teste.

Indépendamment des travaux du port et comme question subsidiaire, les ingénieurs doivent rechercher le moyen de relier le canal des Landes à la Teste.

Si la situation juridique des dĂ©tenteurs des PrĂ©s SalĂ©s ne peut ĂȘtre fondamentalement transformĂ©e par les dĂ©cisions ministĂ©rielles et prĂ©fectorales, leur situation de fait en est par contre confortĂ©e. C’est ainsi qu’au cours de l’annĂ©e 1839, M. de CastĂ©ja assigne divers habitants de La Teste qui ont pris du sable ou de l’engrais sur ses terrains pour faire dĂ©cider qu’à raison de l’endiguement des PrĂ©s SalĂ©s, leurs droits d’usage sont Ă©teints et leur faire dĂ©fense de les y exercer Ă  l’avenir.

Sur cette assignation, la commune de La Teste croit devoir intervenir et prendre le fait et cause des habitants incriminés. Le maire de La Teste fait signifier au nom de la commune des conclusions par lesquelles il soutient que les Prés Salés sont la propriété des habitants de La Teste et il demande en conséquence le rejet de la demande de M. de Castéja.

PostĂ©rieurement et au cours de l’instance, M. le maire de La Teste fait signifier de nouvelles conclusions, dans lesquelles, en reconnaissant que M. de CastĂ©ja est bien rĂ©ellement propriĂ©taire des prĂ©s-salĂ©s, il se borne Ă  soutenir que les habitants de La Teste doivent conserver leurs droits d’usage tant que les PrĂ©s SalĂ©s n’auront pas Ă©tĂ© mis en culture. Cette attitude du maire lui est dictĂ©e par les rĂ©serves que le captal avait stipulĂ©es dans la baillette de 1550.

Le jugement du tribunal de Bordeaux du 20 août 1839 déclare que M. de Castéja est propriétaire des Prés Salés.

Sur ces entrefaites la route de La Teste Ă  Eyrac, Ă  travers les PrĂ©s SalĂ©s est construite (actuelle N 650).

1841 Rejoindre le Moueng par le « Chemin des PrĂ©s SalĂ©s »

En 1841, le chroniqueur du “MĂ©morial bordelais” raconte : « Vous vous entassez Ă  six ou neuf dans une voiture fort peu moelleuse, chacun portant l’autre. À la sortie du bourg, Ă  marĂ©e basse, vous entrez dans une vaste et fangeuse prairie appelĂ©e PrĂ©s SalĂ©s. Il serait dangereux de s’écarter du chemin qu’indiquent des orniĂšres creusĂ©es en prĂ©cipices dans une fange noire. À force de coups de fouet et de jurons Ă©nergiques, votre conducteur parvient Ă  arracher la voiture des boues. Elle s’enfonce maintenant dans un sable mouvant, celui des dunes, vous traversez un petit bois de pins, voici Ă  votre droite, l’établissement de M. Gaillard. Â»

Toutefois, pour Ă©viter de telles Ă©preuves, on peut, si vents et marĂ©es le permettent, s’embarquer sur des pinasses, manƓuvrĂ©es par des bateliĂšres, de robustes testerines, qui jambes nues, pantalons bouffants et coiffes Ă  bords relevĂ©s sur l’avant, n’hĂ©sitent pas Ă  porter le baigneur dans leurs bras si le bateau ne peut assez s’approcher du rivage de la Canelette, aujourd’hui, bordant le port d’Arcachon.

Ainsi encouragĂ©, le 14 mai 1841, le nouveau maire testerin, M. SouliĂ©, propose « de creuser un petit chenal qui partirait des digues de la Compagnie et, passant par le chenal creusĂ© par les frĂšres Testut, permettrait de rejoindre en dix minutes, dĂšs la mi-marĂ©e, la pointe de l’Aiguillon oĂč il existe une belle plage oĂč l’on pourrait se baigner des deux cĂŽtĂ©s de cette pointe Â». Avec l’appui financier d’Arcachonnais, de la Compagnie, et grĂące Ă  une quĂȘte dans la commune, on entreprend les travaux prĂ©vus et le conseil unanime dĂ©cerne au maire « sa sollicitude fraternelle Â». La manne des baigneurs va se dĂ©verser sur La Teste, si bien que six jours plus tard, il est aussi dĂ©cidĂ© « d’organiser un marchĂ© de comestibles puisque le pays va prendre un grand accroissement Â».

Le 9 fĂ©vrier 1843, le conseil municipal Ă©tudie le projet de construction d’un dĂ©barcadĂšre Ă  Eyrac et d’une route y conduisant depuis La Teste. La jetĂ©e d’Eyrac est inaugurĂ©e en 1845.

Quant Ă  la route, elle ouvre, d’abord, la polĂ©mique avant de s’ouvrir, elle aussi au trafic, en 1845. La municipalitĂ© veut une ligne droite allant de La Teste Ă  l’Aiguillon. Les Ponts et ChaussĂ©es exigent une route qui ne coupe pas les PrĂ©s SalĂ©s Ouest : on peut encore aujourd’hui suivre la courbe qui respecte toujours une zone trĂšs utile pour Ă©ponger l’écoulement des eaux apportĂ©es par la craste douce


La question de l’endiguement de la majeure partie des PrĂ©s SalĂ©s reste posĂ©e.

En 1846, le ministre des Travaux Publics estime que l’on ne peut empĂȘcher les propriĂ©taires des PrĂ©s SalĂ©s d’y procĂ©der. Il y a dĂšs lors des tractations entre le propriĂ©taire, M. d’ArmaillĂ© et les Ponts et ChaussĂ©es Maritimes. En effet, l’État dĂ©sire construire une digue et un chenal pour le port de La Teste. Pour cela l’utilisation de terrains et de matĂ©riaux des PrĂ©s SalĂ©s est nĂ©cessaire
 Depuis les temps anciens, le bourg de La Teste-de-Buch est souvent inondĂ© ; les terres testerines sont assainies grĂące Ă  trois ouvrages dont deux s’apparentent Ă  des digues protĂ©geant une grande partie du territoire lors des fortes marĂ©es ainsi que les jours de grandes tempĂȘtes :

1)La crĂ©ation, en 1845, par la municipalitĂ© testerine d’un chemin digue appelĂ© « Chemin de La Teste Â» passant par le lieu-dit « Moueng » allant jusqu’au dĂ©barcadĂšre d’Eyrac dĂ©nommĂ© maintenant, « JetĂ©e Pierre Lataillade » dont on constate aujourd’hui le nouveau tracĂ© qui passe par l’avenue du GĂ©nĂ©ral Leclerc cĂŽtĂ© testerin et le boulevard Mestrezat cĂŽtĂ© arcachonnais.

2)Le talus du prolongement de la ligne de chemin de fer La Teste-de-Buch/Arcachon en 1857, terminant la ligne principale venant de Bordeaux-SĂ©gur, inaugurĂ©e en juillet 1841.                         3) La rĂ©alisation de la voie directe en 1972, longtemps appelĂ©e voie rapide qui est une sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire pour la partie situĂ©e la plus Ă  l’Ouest, au cas oĂč les deux prĂ©cĂ©dentes protections viendraient Ă  ĂȘtre submergĂ©es. Ainsi, la presque totalitĂ© des terrains dits « prĂ©s tremblants » est protĂ©gĂ©e de la mer et dĂ©finitivement assainie, l’eau de mer ne pouvant plus rentrer. Certaines parcelles, plus forestiĂšres, sont toujours Ă  ce jour instables, proches de l’inondation car parcourues par les crastes citĂ©es plus haut qui peuvent ĂȘtre gorgĂ©es d’eau de ruissellement lors d’épisodes pluvieux.


1847 Ça baigne ! Pour le vĂȘtement
 on n’a pas le choix !

ArrĂȘtĂ© municipal. La Teste de Buch 15 juillet 1847 :

 Â« Les hommes se baignant dans les PrĂ©s SalĂ©s de la Teste, ou sur la cĂŽte du Bassin, jusqu’à un kilomĂštre au couchant de l’allĂ©e d’Arcachon, seront vĂȘtus d’un pantalon long et ils se tiendront autant que possible Ă©loignĂ©s des lieux oĂč seront les dames. Ils devront se dĂ©shabiller et s’habiller dans les cabanes qui seront disposĂ©es pour cela sur la plage
 Les dames, pour aller au bain et pour se baigner, devront ĂȘtre vĂȘtues d’un grand peignoir tombant jusqu’aux talons
 Il est dĂ©fendu Ă  tout baigneur et aux personnes de l’une ou l’autre sexe de profĂ©rer des paroles ou de faire des gestes indĂ©cents dans le bain ou sur la plage Â».

 

1849 Le propriĂ©taire veut mettre fin aux droits d’usage !

Le 27 janvier 1849, le Comte d’ArmaillĂ©, propriĂ©taire des lieux depuis 1845, obtient un jugement du Tribunal civil de Bordeaux qui constate que les droits d’usage doivent cesser d’ĂȘtre exercĂ©s sur la partie de ses terrains que la route a endiguĂ©e. Il est spĂ©cifiĂ© que cette extinction de droits serait remise en cause si les terrains revenaient Ă  l’état de vacants « par dĂ©faut du travail et de la main de l’homme ».

Le 1er mai 1851, on aboutit Ă  une entente entre l’ingĂ©nieur des Ponts et ChaussĂ©es, Monsieur Alphand, agissant au nom de l’État et avec l’accord du ministre dont il dĂ©pend, et le comte d’ArmaillĂ©. L’État construirait trois cents mĂštres de digues ; quant au propriĂ©taire, il ferait endiguer les terrains situĂ©s Ă  
 l’est de la digue de l’État, en s’appuyant sur celle-ci. Monsieur d’ArmaillĂ© renonce encore aux indemnitĂ©s qu’il rĂ©clamait du fait de la construction de la route d’Arcachon, et il accepte de ne pas endiguer les PrĂ©s SalĂ©s situĂ©s Ă  l’Ouest et au nord de la Craste Douce. Une fois encore la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s est reconnue par l’État, mais de nouvelles pĂ©ripĂ©ties attendent son titulaire. En effet, le 21 fĂ©vrier 1852, un dĂ©cret du prince-prĂ©sident, le futur NapolĂ©on III, rĂšgle le mode de dĂ©limitation du Domaine public maritime ; alors que ce travail est en cours dans le Bassin d’Arcachon, et l’installation de rĂ©servoirs Ă  poissons venant d’ĂȘtre rĂ©glementĂ©e par un dĂ©cret du 4 juillet 1853, le comte d’ArmaillĂ© demande, Ă  l’administration, en mars 1854, l’autorisation d’établir des rĂ©servoirs Ă  poissons sur ses PrĂ©s SalĂ©s. Le projet d’ArmaillĂ© se heurte Ă  l’opposition du ministre de la Marine, qui se prononce mĂȘme contre tout endiguement.

En 1857, lors de l’érection en commune d’Arcachon, la Pointe de l’Aiguillon dĂ©limite les deux communes avec d’un cĂŽtĂ© les PrĂ©s SalĂ©s Ouest testerins et de l’autre les rives sableuses d’Arcachon.

Le 20 aoĂ»t 1859, suite de l’intervention du MinistĂšre des Travaux Publics, et Ă  la souplesse du ministre des Finances, le prĂ©fet, agissant sur ordre, prend un arrĂȘtĂ© autorisant le propriĂ©taire des PrĂ©s salĂ©s Ă  endiguer, les rĂ©servoirs Ă  poissons et parcs Ă  huĂźtres, prĂ©vus lĂ , Ă©tant conformes aux baillettes de 1550 et de 1780. Cette dĂ©cision est d’autant plus surprenante que, le 1er juin 1859, l’ImpĂ©ratrice RĂ©gente a pris deux dĂ©crets fixant les limites de la mer Ă  La Teste : ces actes englobent les PrĂ©s SalĂ©s Ă  l’intĂ©rieur du Domaine maritime, Ă  l’exception de la partie endiguĂ©e par la route de La Teste Ă  Eyrac ; sur place ces textes n’ont reçu aucune application immĂ©diate. AprĂšs une nouvelle tentative du ministĂšre de la Marine en vue de s’opposer Ă  la mainmise des propriĂ©taires privĂ©s sur les terrains, le ministre s’accorde avec son collĂšgue des Finances par une dĂ©cision concertĂ©e des ministres des Finances et de la Marine, les 31 mai et 16 juin 1865 pour dĂ©cider que l’État ne revendiquerait pas les PrĂ©s SalĂ©s.

DĂšs le 1er aoĂ»t 1865, Madame d’ArmaillĂ©, alors veuve, fait signifier, Ă  la commune de La Teste, prise en la personne du maire, Monsieur BissĂ©riĂ©, ses titres Ă  la propriĂ©tĂ© des PrĂ©s SalĂ©s, son intention d’endiguer, et l’extinction corrĂ©lative des droits d’usage. Une commission procĂšde, en 1866, Ă  la reconnaissance des bornes de 1834. Et, en 1868-69, l’endiguement se dĂ©roule suivant les conditions prĂ©vues par la convention de 1851, notamment en ce qui concerne l’exĂ©cution de trois cents mĂštres de digues – PrĂ©s SalĂ©s Est – aux frais de l’État.

En 1863, ÉlisĂ©e Reclus, qui frĂ©quente « en voisin » le Bassin d’Arcachon, nous donne sa vision de son Ă©volution qui peut nous sembler aujourd’hui un peu Ă©tonnante. Il le voit transformĂ© en gigantesque port de commerce et les PrĂ©s SalĂ©s de La Teste de Buch en docks : « Cependant quelque chose se fera certainement, et ce que le gouvernement n’entreprend pas aujourd’hui, des associations l’accompliront demain. La plage d’Arcachon et toute la rive du sud, qui reprĂ©sentent pour les propriĂ©taires une valeur de plusieurs millions, ne tarderont pas Ă  ĂȘtre protĂ©gĂ©es contre les Ă©rosions du flot par le remblai d’un chemin de fer, et les architectes pourront sans crainte bĂątir chalets et villas au bord de la mer et sur les talus affermis des dunes. En fixant les rivages, on aura dĂ©jĂ  rendu la direction des courants moins incertaine et facilitĂ© la navigation dans le chenal de l’entrĂ©e. GrĂące au commerce, qui ne peut manquer de s’accroĂźtre en mĂȘme temps que la population riveraine du bassin et la richesse des habitants, d’autres amĂ©liorations se rĂ©aliseront successivement : les dangers du passage seront balisĂ©s d’une maniĂšre plus complĂšte, des pilotes iront au-devant des navires pour leur montrer la passe ; des remorqueurs les saisiront Ă  l’entrĂ©e et les mĂšneront jusque dans la rade.

La barre d’Arcachon cessera d’ĂȘtre un Ă©pouvantail ; les marins Ă©trangers apprendront Ă  la braver comme ils affrontent dĂ©jĂ  depuis des siĂšcles la barre bien plus redoutable de l’Adour, et tĂŽt ou tard on verra les PrĂ©s SalĂ©s de La Teste transformĂ©s en docks et le grand mouillage de Piquey couvert de bĂątiments ».


1872 Harry Scott Johnston achÚte la partie déjà endiguée des Prés Salés Est

En 1872, Monsieur Harry Scott Johnston achĂšte la partie dĂ©jĂ  endiguĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s, situĂ©e Ă  l’est de la zone. Pour la commune de La Teste, deux positions sont envisageables : soit il est possible de reconnaĂźtre les droits des propriĂ©taires tout en rĂ©affirmant les usages des habitants, soit on peut considĂ©rer que les PrĂ©s SalĂ©s font partie du Domaine public maritime. Des habitants tentent d’obtenir, du Conseil de PrĂ©fecture, le droit d’agir en justice pour revendiquer les PrĂ©s SalĂ©s au nom de la Commune ou, subsidiairement, pour faire dĂ©clarer qu’ils doivent ĂȘtre mis en culture et non transformĂ©s en rĂ©servoir Ă  poissons. Ces tentatives s’avĂšrent d’abord vaines.


1873 Contestation de la propriĂ©tĂ© privĂ©e ; dĂ©fense des droits d’usage

En 1873, trois Testerins, Messieurs Moureau, Mozas, et Cravey, sont autorisĂ©s Ă  contester en justice la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s SalĂ©s. De son cĂŽtĂ©, la commune sollicite et obtient l’autorisation d’agir pour la dĂ©fense de ses droits d’usage, menacĂ©s par les rĂ©servoirs Ă  poissons et les parcs Ă  huĂźtres que M. Johnston, nouveau propriĂ©taire, envisage d’installer sur les PrĂ©s SalĂ©s.

Le 12 mai 1875, le Tribunal de PremiĂšre Instance de Bordeaux rend deux jugements. Dans l’affaire Moureau et consorts, l’État, appelĂ© en cause, dĂ©clare que, s’il rĂ©serve ses droits, il ne les exercera pas. En consĂ©quence, le Tribunal lui donne acte de ses rĂ©serves et, dans ces conditions, dĂ©boute les demandeurs. La ville de La Teste n’a pas plus de chance que ses habitants Ă  l’occasion du jugement relatif aux droits d’usage, qui rappelle qu’un Ă©ventuel endiguement entraĂźnerait leur disparition. D’autre part, le Tribunal admet que les rĂ©servoirs Ă  poissons et les parcs Ă  huĂźtres satisfont aux conditions de mise en culture prĂ©vues par les baillettes de 1550 et 1780.

Par la suite, l’absence de coordination entre la commune et les trois plaideurs testerins aboutit au rejet d’un appel, puis d’un pourvoi, formĂ©s par la municipalitĂ©, sans que le fond ait Ă©tĂ© Ă©voquĂ©. Les deux jugements du 12 mai 1875 deviennent donc dĂ©finitifs. En outre, en mai 1878, les ministres des Finances et de la Marine dĂ©cident de ne pas modifier les dĂ©crets de dĂ©limitation de 1859, mais de renoncer en revanche aux rĂ©serves dont le Tribunal de Bordeaux a donnĂ© acte Ă  l’État.

On a parfois discutĂ© la submersion ancienne des PrĂ©s SalĂ©s, sans doute dans le but, d’ailleurs illusoire, d’éluder l’application de la lĂ©gislation maritime. Cette thĂšse est soutenue par les propriĂ©taires des terrains lors du procĂšs jugĂ© le 12 mai 1875 par le Tribunal de PremiĂšre Instance de Bordeaux. De mĂȘme dans un intĂ©ressant mĂ©moire de maĂźtrise, Monsieur Bernard Soulignac soutient que les PrĂ©s salĂ©s Ă©taient seulement imprĂ©gnĂ©s par la mer et non recouverts, sous l’Ancien RĂ©gime4 et attribue la submersion de ces terrains aux travaux entrepris pour la construction de la route de La Teste Ă  Arcachon.

Cette argumentation se heurte Ă  plusieurs difficultĂ©s. Des tĂ©moignages anciens d’habitants de La Teste affirment que la marĂ©e recouvrait les terrains. La concession de 1780, elle-mĂȘme, parle de la crĂ©ation de digues, ce qui implique qu’il est nĂ©cessaire d’arrĂȘter la mer. Plusieurs textes relatifs aux PrĂ©s SalĂ©s affirment la submersion, y compris lorsqu’ils sont favorables aux propriĂ©taires. Le mĂȘme enseignement semble se dĂ©gager des cartes antĂ©rieures Ă  l’édification de la digue nord des PrĂ©s SalĂ©s. Pour se limiter Ă  un seul exemple, un plan de 1838 montre les terrains litigieux avec la mention « PrĂ©s salĂ©s qui couvrent Ă  toutes les marĂ©es Â». La submersion pĂ©riodique des terrains n’empĂȘche d’ailleurs pas, le reste du temps, le pacage des troupeaux ou l’usage de chemins qui passent en ces lieux ; les testerins voulaient dĂ©jĂ  crĂ©er des digues pour arrĂȘter la mer mĂȘme si cela pouvait ĂȘtre favorable aux propriĂ©taires.

Autre indice, comme nous l’avons vu, l’arrĂȘtĂ© municipal du 15 juillet 1847 qui interdit de se baigner dans les PrĂ©s SalĂ©s ! L’action du flot sur les PrĂ©s SalĂ©s semble donc Ă©tablie. C’est pour cette raison que, de prĂ©fĂ©rence Ă  la nĂ©gation du fait de la conquĂȘte des terrains sur la mer, les propriĂ©taires eux-mĂȘmes prĂ©tendent faire Ă©chec aux revendications domaniales en arguant de droits dĂ©rogatoires qui leur auraient Ă©tĂ© concĂ©dĂ©s.

La question s’est posĂ©e de dĂ©terminer si la baillette de 1550 est bien applicable aux PrĂ©s SalĂ©s sachant que l’original de la baillette est perdu ; d’autre part, un accord entre un seigneur et des habitants, c’est-Ă -dire entre particuliers, ne saurait constituer un titre contre l’État. L’usage immĂ©morial, attestĂ© par les procĂšs du XIXe siĂšcle, semble l’impliquer. En outre, au XVIIIe siĂšcle, l’avocat Mesteyreau a Ă©crit : « Les manants et habitants du captalat de Buch ont Ă©tĂ© vrais paisibles possesseurs pendant plus de cent soixante-quatorze ans de tous les padouens et vacants mentionnĂ©s dans la baillette et joui des fruits d’icelles en envoyant journellement pacager leurs troupeaux gros et menus es dits padouens et vacants
 de mĂȘme fait couper du jonc 
 dans l’étendue des PrĂ©s SalĂ©s vacants de la dite seigneurie ».

La victoire judiciaire des propriĂ©taires est complĂ©tĂ©e en 1876 par un nouveau bornage, reconnaissant celui de 1834. Par ailleurs, un arrĂȘtĂ© du Ministre de la Marine du 7 dĂ©cembre 1877 autorise Monsieur Johnston Ă  Ă©tablir des rĂ©servoirs Ă  poissons et des claires Ă  huĂźtres sur sa propriĂ©tĂ©. Les 5 et 29 septembre 1879, le procĂšs-verbal de bornage est entĂ©rinĂ© par les ministres des Finances et des Travaux Publics.

1877 Son frÚre, Nathaniel Johnston, acquiert la partie ouest, toujours submergée

Par voie d’adjudication en 1877, Monsieur Nathaniel Johnston acquiert la partie ouest, toujours submergĂ©e ; il pense faire une bonne affaire, le ministre de la Marine l’ayant autorisĂ© Ă  y installer des rĂ©servoirs Ă  poissons et claires Ă  huĂźtres. Mais, nonobstant leur entregent, ni lui, ni ses successeurs, n’arriveront Ă  obtenir l’autorisation d’endiguement,malgrĂ© quatre tentatives Ă©chelonnĂ©es de 1877 Ă  1910, contrairement Ă  ce qui s’est passĂ© dans les PrĂ©s salĂ©s Est. Il ne peut les endiguer en raison d’une clause datant du 1er mai 1851 (l’endiguement sera cependant rĂ©alisĂ© au cours des annĂ©es 1930-1935
 sans autorisation !)

DĂ©sormais les deux propriĂ©tĂ©s Est et Ouest vont connaĂźtre une existence sĂ©parĂ©e : les PrĂ©s SalĂ©s Est sont convertis en rĂ©servoirs Ă  poissons, Ă  l’exception d’une faible partie, jouxtant la digue du port, dont Monsieur Johnston cĂ©dera les parcelles Ă  divers acquĂ©reurs qui y crĂ©ent un quartier connu sous le nom de « Complexe ostrĂ©icole de La Teste ».

Quant aux PrĂ©s SalĂ©s Ouest, le grand souci des propriĂ©taires sera de s’affranchir de la servitude de non-endiguement, qui a pour origine la nĂ©cessitĂ© d’éviter l’envasement du port. Mais, malgrĂ© des offres rĂ©pĂ©tĂ©es (1877,1879, 1882, 1910 
) les propriĂ©taires ne rĂ©ussissent pas Ă  obtenir l’abolition de cette servitude ; l’éventualitĂ© de son abandon apparait-elle liĂ©e Ă  la crĂ©ation d’un bassin de chasse et au dĂ©vasement du chenal du port ?


1910 Digue Johnston

On appelle polders, des digues servant de routes, et construites en Hollande pour la protection des plaines immergĂ©es. Sous ce titre, il y a une vingtaine d’annĂ©es, L’Avenir d’Arcachon demandait Ă  la Ville d’entrer en pourparlers avec M. Johnston pour faire une digue ralliant ses terrains, sis Ă  La Teste, avec la pointe de l’Aiguillon.

C’est donc avec une joie trĂšs vive que nous voyons cette question reprise dans la derniĂšre sĂ©ance du Conseil municipal de La Teste : « M. Johnston offre de construire Ă  ses frais une digue partant de l’extrĂ©mitĂ© est du port de La Teste pour accĂ©der vers l’extrĂ©mitĂ© ouest de la presqu’üle du Lapin-Blanc (pour l’orientation, ce serait peut-ĂȘtre vice-versa !), et suivre en ligne droite, jusqu’au carrefour de l’avenue St-Elme, la route d’Arcachon.

Cette digue permettra donc de mettre en valeur de PrĂ©s SalĂ©s les terrains immergĂ©s Ă  l’ouest du port de La Teste.

Le prix de construction de la digue est Ă©valuĂ© par les Ponts et ChaussĂ©es Ă  75 000 francs. Sa longueur sera d’environ 900 mĂštres. La route sur digue aura une largeur de 15 mĂštres. VoilĂ  de la bonne dĂ©centralisation, due Ă  l’initiative privĂ©e, qui nous repose des Ă©troitesses de M. Veyrier-MontagnĂšres, comme l’étranglement de sa route de Moulleau. Â»

Ce projet de digue est lié à la réfection du port de La Teste.

Le projet mis Ă  l’étude comporte le dĂ©tournement des eaux du ruisseau de Craste Douce, pour ĂȘtre dĂ©versĂ©es dans la darse, oĂč ils constitueront une Ă©cluse de chasse destinĂ©e Ă  assurer le nettoiement quotidien du port, s’élevant, suivant le service des Ponts et ChaussĂ©es, Ă  45 000 fr, l’entiĂšre quotitĂ© de ce travail restant Ă  la charge de la commune.

On ne peut que fĂ©liciter M. Dignac maire de La Teste, et M. Johnston, propriĂ©taire sur les deux communes, d’entreprendre ce travail de grande voirie intercommunale, qui est appelĂ© Ă  faciliter les communications d’Arcachon avec La Teste, et Ă  inaugurer cet esprit d’expansion que nous prĂȘchons depuis si longues annĂ©es du cĂŽtĂ© est d’Arcachon touchant Ă  La Teste, et du cĂŽtĂ© ouest vers le littoral de Gascogne.

Il est grand temps que nos compatriotes, secouant les idĂ©es arriĂ©rĂ©es de cervelles provinciales et Ă©troites, s’habituent Ă  considĂ©rer que l’avenir d’Arcachon comme sa richesse future dĂ©pendront de son Ă©clectisme et de la tendance Ă  s’agrandir en facilitant ses rapports et ses voies de communication avec toutes les villes, toutes les stations qui de prĂšs ou de loin l’avoisinent.

AprĂšs la Grande guerre, l’industriel François ThĂ©venot se dessaisit de ces prĂ©s au profit de la SCI des PrĂ©s SalĂ©s.


1930 Endiguement – illicite – des PrĂ©s SalĂ©s Ouest

Entre 1930 et 1935, forts des prĂ©cĂ©dents Ă  l’est, les propriĂ©taires rĂ©alisent l’endiguement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, l’administration des Ponts et ChaussĂ©es maritimes fermant les yeux (elle semble avoir autorisĂ© tacitement cet endiguement, qu’elle 
 n’empĂȘche pas !), on se demande bien pourquoi, tandis que la municipalitĂ© testerine, soucieuse de la dĂ©fense de son port, proteste haut et fort.

Dans son Ă©dition du 2 janvier 1932, le Journal d’Arcachon publie l’éloge funĂšbre de « feu l’architecte Arnaudin » rĂ©digĂ© par Guy de Pierrefeux. Celui-ci parcourant l’Ɠuvre de son « ami », rappelle l’effondrement d’une villa des Abatilles et ajoute en guise de pĂ©roraison : « Avant de mourir il eut la douleur de constater un autre effondrement des travaux entrepris par lui. La digue qui devait joindre le port de La Teste Ă  l’Aiguillon pour assĂ©cher les terrains qui bordent la route d’Arcachon Ă  la capitale du Pays de Buch, vient d’ĂȘtre presque dĂ©truite par suite d’une erreur de nivellement. Cet accident qui va faire le malheur des actionnaires fera le bonheur des touristes qui aimaient Ă  voir, Ă  marĂ©e haute, le Bassin couvert Ă  cet endroit de goĂ©lands et de mouettes ».

Le 17 janvier 1932, L’Avenir d’Arcachon, avec la plume de son rĂ©dacteur en chef, le toujours caustique Albert ChichĂ©, tout en rĂ©vĂ©lant que Ramon Bon – l’ancien maire d’Arcachon â€“ vient d’ĂȘtre « nommĂ© prĂ©sident du conseil d’administration de la sociĂ©tĂ© qui va essayer de relever les ruines de la jetĂ©e de La Teste Ă  l’Aiguillon », prend fait et cause pour les « vingt-cinq mille mouettes » ! Et ce n’est pas paroles en l’air. ChichĂ© prend un malin plaisir Ă  suivre l’évolution du chantier. En juin, il dĂ©cide d’aller revoir « son » Lapin Blanc ! Il le trouve tout abĂźmĂ©, mĂ©connaissable, polluĂ© par « toutes sortes d’ordures et mĂȘme des chiens crevĂ©s », au point qu’il accepte d’un riverain secourable « une fleur odorante afin de la mettre sous son nez pour longer le dĂ©pĂŽt d’ordures et voir la digue ». Il dĂ©couvre alors que « plusieurs ouvriers y travaillent » pour qu’enfin soient arrĂȘtĂ©s les flots du Bassin et que soit dessĂ©chĂ©e « la nappe d’eau qui s’étale jusqu’à la route ».

DĂ©but juillet, cet autre ami des mouettes, de nouveau sur le site, se fĂ©licite que la digue, semble-t-il (partiellement) rĂ©parĂ©, n’ait produit « fort heureusement »  « aucun rĂ©sultat » !

Un an plus tard, en juin 1933, dans son hebdomadaire, il offre une colonne pour que l’énigmatique Jean de Boy puisse dialoguer avec un tout aussi Ă©nigmatique BĂ©lisaire :

BĂ©nissons la sociĂ©tĂ© audacieuse et philanthropique qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  construire, sur la vase, une digue, peut-ĂȘtre inutile. Elle veut rĂ©unir dĂ©finitivement Arcachon Ă  La Teste par un Zuiderzee pacifique.

 C’est une Ɠuvre sociale. On amĂ©nagera dans ces prĂ©s un terrain d’atterrissage.

– Trop humide. – Un lotissement ? – Trop vaseux. – Un hippodrome ? – Trop cher. – Un rĂ©servoir Ă  poissons ?

– Trop grand. – Un hîpital ?

En octobre 1933, la digue est dĂ©finitivement consolidĂ©e. Les cafĂ©s de commerce arcachonnais et testerin bruissent alors de rumeurs : « Va-t-on reprendre le projet d’aĂ©rogare Ă©bauchĂ© par feu M. Arnaudin ? »

En fĂ©vrier-mars 1934, « la digue achevĂ©e aprĂšs de coĂ»teux travaux [en partie subventionnĂ©s], rĂ©unissait enfin la pointe de la presqu’üle du Lapin Blanc Ă  l’embouchure du chenal conduisant les bateaux au port de La Teste ». Avec son kilomĂštre de longueur, elle raccourcit considĂ©rablement le trajet La Teste-Arcachon ; encore faut-il que son franchissement soit autorisĂ©. Cette autorisation n’est donnĂ©e qu’en 1935 (date rĂ©guliĂšrement donnĂ©e par erreur pour la construction de la digue) ?

Le feu vert obtenu, la population locale, notamment ouvriĂšre, hommes et femmes, Testerins et Arcachonnais mĂȘlĂ©s, empruntent ce raccourci dans un aller-retour Ă  pied ou Ă  vĂ©lo, qui pour son travail, qui pour rendre visite Ă  la famille. Pendant l’Occupation, nombreux sont les habitants de l’Aiguillon qui descendent Ă  la gare de La Teste et rejoignent leur domicile par cette « corde d’un grand arc », nous dit encore Albert ChichĂ©. Mais la corde se rompit le 21 septembre 1942. Pourquoi ? Comment ? Plus d’un demi-siĂšcle plus tard, l’imagination collective n’arrĂȘte pas de dĂ©border : sabotage par les Allemands, tempĂȘte, raz-de-marĂ©e
 et mĂȘme dommage collatĂ©ral d’une partie de pĂȘche ! Quoi qu’il en soit, la brĂšche colmatĂ©e n’a pas empĂȘchĂ© jusqu’à nos jours une vague de conflits et le flux sans cesse renouvelĂ© des discours contradictoires.


1944 le 2 septembre, la digue, qui ferme le site Ouest, s’écroule !

La situation des PrĂ©s SalĂ©s Ouest parait simple au milieu du XXe siĂšcle : alors que l’ensemble est considĂ©rĂ© comme propriĂ©tĂ© privĂ©e, seuls la partie et le complexe ostrĂ©icole sont hors d’eau.

C’est cependant Ă  propos des PrĂ©s SalĂ©s Est que naissent de nouvelles contestations relatives au statut juridique de la zone, lorsque le Bassin, Ă  l’occasion d’une catastrophe naturelle envahit les terrains endiguĂ©s : voilĂ  que le 2 septembre 1944, la digue en bĂ©ton qui ferme le site Ouest s’écroule ! Il doit y avoir un bon dieu pour les Testerins puisque cette digue, on le sait, a Ă©tĂ© construite en toute illĂ©galitĂ©. Cet Ă©croulement, on va vous le raconter, va changer bien des choses. Mais les surprises ne s’arrĂȘtent pas lĂ .


1951 SĂ©paration, Ă©ventuelle, de la partie testerine, les « Pirelons Â»

Pour la petite histoire, il faut attendre le 26 fĂ©vrier 1951 pour envisager un changement de la sĂ©paration de la partie testerine que l’on surnomme les « Pirelons », les habitants voulant un rattachement Ă  Arcachon. Un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral propose une enquĂȘte de « commodo et incommodo » aux rĂ©sidents testerins, le rĂ©sultat fut « NON ». Ainsi l’Aiguillon, mi-arcachonnais/mi-testerin qui n’était jusqu’en 1857 qu’un seul quartier, restera encore et sĂ»rement Ă  jamais, coupĂ© en deux.


1957 Le 16 février, la grande brÚche se creuse à nouveau

L’affaire de la digue devient d’autant plus explosive que, le 16 fĂ©vrier 1957, la grande brĂšche rĂ©cemment rĂ©parĂ©e, et sans doute fort mal, se creuse Ă  nouveau devant une troisiĂšme tempĂȘte. C’est la panique un peu partout sous beaucoup de crĂąnes car voilĂ  des PrĂ©s SalĂ©s Est Ă  nouveau sous l’eau, donc revenus ainsi en plein dans le domaine public maritime. L’État, pour sauver une situation qui le met dans l’embarras, obtient qu’un tribunal ne puisse pas dire qui est propriĂ©taire d’un bien ! Ce que n’accepte pas l’un des petits propriĂ©taires particuliĂšrement entĂȘtĂ© et qui va jusqu’au Conseil d’État. Il parvient Ă  savourer cette dĂ©cision datant de 1967 : le syndicat des propriĂ©taires n’est pas lĂ©gal. Ce qui signifie que tout ce qui a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© aprĂšs 1859 est nul et non advenu. Pourquoi 1859 ?

Les requĂ©rants critiquent la rĂ©gularitĂ© de la constitution de l’association syndicale en prĂ©tendant que les PrĂ©s SalĂ©s Est, qui y sont inclus, dĂ©pendent en rĂ©alitĂ© du Domaine public maritime. Soulever cette question revient Ă  risquer de remettre en cause le statut de toute la zone des PrĂ©s SalĂ©s. L’Administration, soucieuse de dĂ©samorcer la bombe, rappelle que le Tribunal Administratif est incompĂ©tent pour juger d’une question de propriĂ©tĂ© (en raison de la technicitĂ© des affaires, il y a en France deux ordres de juridiction, entre lesquelles sont rĂ©parties les matiĂšres Ă  juger. Alors que les questions de domanialitĂ© dĂ©pendent de la compĂ©tence des juridictions administratives, les questions de propriĂ©tĂ© relĂšvent de celle des tribunaux judiciaires) et prĂ©cise que l’État n’entend pas contester la situation des dĂ©tenteurs des terrains. Le 10 avril 1962, le Tribunal rejette les recours et admet la lĂ©galitĂ© de l’association syndicale litigieuse.

Le Tribunal, qui a de la mĂ©moire, se souvient alors que, seul, reste valable un dĂ©cret impĂ©rial qui intĂšgre alors tous les PrĂ©s SalĂ©s testerins dans le domaine public. Chose extraordinaire : tout le monde semble l’avoir oubliĂ©. Peut-ĂȘtre parce qu’il est signĂ© de l’ImpĂ©ratrice, alors RĂ©gente ? Tout de mĂȘme, oĂč va se nicher le machisme ! AussitĂŽt, l’administration, qui a vite compris la situation ainsi créée par le jugement, fait savoir aux propriĂ©taires des PrĂ©s SalĂ©s Ouest qu’ils peuvent remballer leurs droits sur ces terrains. Cependant l’un des requĂ©rants fait appel au Conseil d’État, qui, le 3 octobre 1967, rend un arrĂȘt annulant le jugement du Tribunal Administratif de Bordeaux du 13 octobre 1967.. Cet arrĂȘt se fonde sur la dĂ©limitation de 1859 et considĂšre comme dĂ©nuĂ©s de valeur tous les actes subsĂ©quents (bornages, dĂ©cisions ministĂ©rielles ou prĂ©fectorales
) en contradiction avec les dits Ă©crits.

On mentionne aussi le fait que les notaires aient pendant un certain temps refusĂ© de prĂȘter leur concours Ă  la rĂ©alisation d’actes de vente d’immeubles du complexe ostrĂ©icole.

Les consĂ©quences de l’arrĂȘt sont redoutables. MĂȘme si les PrĂ©s SalĂ©s Est, d’ailleurs les plus vastes, paraissent seuls concernĂ©s au premier abord, la similitude des titres de propriĂ©tĂ© implique que toute la zone est intĂ©ressĂ©e par la dĂ©cision du Conseil d’État. D’ailleurs, l’Administration s’aligne immĂ©diatement sur la position de cette haute juridiction et fait savoir, dĂšs 1968, au propriĂ©taire des PrĂ©s SalĂ©s Ouest qu’elle considĂšre que son terrain est domanial. Des contraventions de grande voirie sont dressĂ©es, concernant tant les PrĂ©s SalĂ©s Ouest que les PrĂ©s SalĂ©s Est, notamment lorsque l’Administration effectue une nouvelle dĂ©limitation en 1968 : les services maritimes font savoir que lors de l’étiage du 16 mars 1968, la marĂ©e sera propice Ă  la dĂ©limitation des terrains revenant Ă  l’Etat !

Voulant rĂ©parer la digue en toute hĂąte, les contestataires mobilisent une vĂ©ritable bataille de bulldozers, de grues et de pelles mĂ©caniques qui, en cinq jours et cinq nuits, rĂ©ussissent Ă  dĂ©placer 20 000 m3 de terre et de matĂ©riaux divers pour colmater la brĂšche au grand dam des services de police ayant intimĂ© l’ordre de cesser les travaux, les lieux devant rester tels qu’ils Ă©taient avant ces premiers travaux.

De ce fait, Ă  6 heures du matin du 16 mars 1968, les 200 militaires, des soldats de Cazaux et des marins d’Hourtin prĂ©vus pour le piquetage ne purent rien faire car, ce jour-lĂ , l’eau de mer n’est pas rentrĂ©e dans les PrĂ©s salĂ©s Ouest.

Devant cette situation, le Docteur Ichard, Maire de La Teste de Buch, le gendarme maritime Monsieur Salabert et le commissaire de police d’Arcachon, Monsieur Laurent, ainsi que d’autres officiels ne purent que constater que le travail de bornage n’a pas pu s’effectuer mais donnent ordre aux gĂ©omĂštres prĂ©sents de poser des bornes en mesurant l’étiage le long de la digue.

Le Conseil d’État eut de nouveau Ă  se prononcer sur la domanialitĂ© des PrĂ©s SalĂ©s Ă  la demande de la SociĂ©tĂ© Civile du Domaine de Suroit, propriĂ©taire de la partie Est, qui a fait opposition Ă  l’arrĂȘt de 1967 et appel de dĂ©cisions du Tribunal Administratif de Bordeaux concernant des contraventions de grande voirie relatives aux terrains litigieux.

Le Conseil rend ses arrĂȘts le 10 juillet 1970. Ayant estimĂ© non probants les documents produits par la SociĂ©tĂ© (Lettres patentes de 1462, baillette de 1550, reconnaissance de droits par l’Administration du XIXe siĂšcle), il rejette les requĂȘtes et fait de nouveau triompher la domanialitĂ©.

La procĂ©dure se dĂ©roule d’une maniĂšre un peu diffĂ©rente en ce qui concerne les PrĂ©s SalĂ©s Ouest, dont les consorts « Couach » se dĂ©clarent propriĂ©taires depuis le non bornage du 16 mars 1968.

Marie ThĂ©rĂšse Eyquem a la fibre politique. Sa pugnacitĂ© et son audace sont remarquĂ©es par le docteur Ichard, qui Ă©lu Maire en mars 1959, en a fait son adjointe. En tant qu’adjointe au Maire, elle se penche sur le problĂšme des PrĂ©s SalĂ©s, plus particuliĂšrement sur les PrĂ©s SalĂ©s Ouest ; c’est d’ailleurs parce qu’elle conteste publiquement la transaction fonciĂšre sur le site Ă  l’entreprise Couach, jugeant le prix de cession bien en deçà de sa valeur rĂ©elle, qu’elle sera mise Ă  l’écart de la direction municipale.

À la suite de procĂšs-verbaux de grande voirie concernant les terrains des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, alors propriĂ©tĂ© de la famille Couach, le Tribunal Administratif de Bordeaux est saisi. Le propriĂ©taire ayant allĂ©guĂ© que son droit est fondĂ© sur des titres antĂ©rieurs Ă  1566, Ă  commencer par le testament du captal Jean de Grailly, confirmĂ© en 1383 par le roi d’Angleterre et qui fait des PrĂ©s SalĂ©s Ouest une propriĂ©tĂ© privĂ©e, le Tribunal, par jugement du 7 fĂ©vrier 1969, ordonne un sursis Ă  statuer afin de permettre Ă  l’intĂ©ressĂ© de faire dĂ©terminer les dits droits par la juridiction judiciaire. Cette dĂ©cision se situe avant les arrĂȘts « SociĂ©tĂ© civile du Domaine de Suroit (1970) Â». Par la suite, dans une hypothĂšse voisine concernant les PrĂ©s SalĂ©s Ouest, le Tribunal Administratif de Bordeaux interprĂšte lui-mĂȘme immĂ©diatement les lettres patentes et condamne les propriĂ©taires privĂ©s (jugement du 8 dĂ©cembre 1972, SociĂ©tĂ© Marine CĂŽte d’Argent, confirmĂ© par le Conseil d’État le 8 octobre 1975).

Le 26 novembre 1970, la section des Travaux Publics du Conseil d’État refuse d’homologuer cette dĂ©limitation qui avalisait des mises hors d’eau de terrains effectuĂ©es depuis 1859 sans titres rĂ©guliers.

Concernant les PrĂ©s SalĂ©s Ouest, la cour constate qu’il ne rĂ©sulte pas de l’instruction que les parcelles n’étaient pas recouvertes par la mer et, ce qui complique encore la situation, c’est qu’une digue a Ă©tĂ© construite entre 1930 et 1935 Ă  la limite Est des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, en bordure du chenal du port de La Teste de Buch. Ces parcelles ont donc Ă©tĂ© mises hors d’eau Ă  la suite de travaux non autorisĂ©s dans les formes prĂ©vues par les concessions Ă  charge d’endigage et les modifications de fait du rivage n’ont pu avoir pour effet de les faire sortir du Domaine Public Maritime, ce qui confirme d’aprĂšs la cour, que la dite digue a Ă©tĂ© construite dans la totale illĂ©galitĂ©.

En effet, l’État voulant reprendre le domaine qui lui appartient car toujours en litige concernant 85 des 175 hectares des PrĂ©s SalĂ©s, soit les Ă©tendues qui sont baignĂ©es par le flot au moment de l’étale des plus hautes eaux lors des marĂ©es d’équinoxe, plusieurs usagers, dont les consorts « Couach » au sein de la sociĂ©tĂ© du Suroit, contesteront la revendication de ce polder situĂ© au Nord de la grande digue et qui se trouve enclavĂ© derriĂšre une autre digue construite pour faire reculer la mer vouĂ©e Ă  la pĂȘche et Ă  la chasse.

Monsieur Couach, auquel se sont joints ses fils et la sociĂ©tĂ© Couach, sont dĂ©boutĂ©s par le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux le 28 mars 1975 ; ils font appel. La Cour de Bordeaux vient Ă  leur secours pour le motif qu’on ne peut, en matiĂšre de propriĂ©tĂ©, se baser sur des prĂ©somptions ou des indices ; la Cour se montre moins restrictive que le Tribunal en ce qui concerne la preuve, en rappelant qu’en matiĂšre de propriĂ©tĂ©, il est possible, en dehors des titres, de se fonder



sur des prĂ©somptions ou indices. Elle dĂ©cide que constituent de tels indices le testament du captal Jean de Grailly, confirmĂ© en 1383 par le roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, les lettres patentes de 1462 confirmĂ©es en 1477 et la baillette de 1550. Selon la Cour, l’usage des droits confirment l’extension qu’on leur a donnĂ©e. De plus, la propriĂ©tĂ© privĂ©e des PrĂ©s salĂ©s a Ă©tĂ© reconnue plusieurs fois au XIXe siĂšcle, notamment lorsque l’État avait expropriĂ© des parcelles. Au terme de son analyse, la Cour considĂšre que les consorts Couach sont propriĂ©taires des terrains litigieux. Selon la Cour de Bordeaux : « Les Ă©nonciations trĂšs complĂštes des lettres patentes de mai 1462 ne permettent pas d’exclure aucun droit constitutif du droit de propriĂ©tĂ© ni aucune portion de terrain, et donc les PrĂ©s SalĂ©s qui faisaient partie du captalat de Buch ». Cette interprĂ©tation prend le contrepied de celle du Conseil d’État qui a estimĂ©, dans les arrĂȘts « SociĂ©tĂ© civile du Domaine du Suroit Â» que « aucune des dispositions des lettres patentes ne constate l’existence, au profit du captal de Buch, de droits de propriĂ©tĂ© antĂ©rieurs sur le rivage de la mer ; que les ,lettres patentes ne concĂšdent en outre Ă  Jehan de Foix aucun droit nouveau qui aurait relevĂ© du Domaine de la Couronne et que le Roi aurait eu seul qualitĂ© pour concĂ©der ».

Un pourvoi contre l’arrĂȘt est rejetĂ© par la Cour de Cassation, le 19 fĂ©vrier 1980. L’Administration n’a pas plus de succĂšs auprĂšs du Tribunal des Conflits, qui rejette lui aussi son recours le 6 juillet 1981.

Il n’est pas encore possible de dire avec certitude quel sera l’avenir des PrĂ©s SalĂ©s.

La solution, soumise aux vicissitudes de la justice et de l’action administrative, risque d’attendre encore plusieurs annĂ©es avant de se dĂ©gager
 En autorisant en 1972 la crĂ©ation d’un nouveau complexe ostrĂ©icole sur les PrĂ©s SalĂ©s Est (créé en 1976/1977), les pouvoirs publics semblent avoir montrĂ© leur dĂ©termination Ă  considĂ©rer l’incorporation des terrains au Domaine public comme dĂ©finitive. Mais, en faisant appel des dĂ©cisions rĂ©centes du Tribunal Administratif de Bordeaux, les consorts Couach paraissent eux aussi avoir optĂ© pour aller jusqu’au bout. Il ne semble pas impossible, dans l’hypothĂšse oĂč le Conseil d’État retiendrait de nouveau la domanialitĂ© des terrains, malgrĂ© l’arrĂȘt de la Cour de Bordeaux de 1978, que l’affaire retourne devant le Tribunal des Conflits en vertu de la loi du 20 avril 1932 et y trouve son Ă©pilogue contentieux 


En s’appuyant sur une des bases du droit français, Ă  savoir l’inaliĂ©nation du Domaine Public, la cour a statuĂ© en s’appuyant sur les dispositions des dĂ©crets des 28 novembre et 2 dĂ©cembre 1970 prĂ©cisant : « Ces dĂ©crets ne prĂ©voient pas que l’acquisition par la voie de prescription de droits rĂ©el sur le domaine national que des biens dont le dĂ©cret du corps lĂ©gislatif sanctionnĂ© par le roi avait prĂ©alablement autorisĂ© l’aliĂ©nation ». Ce qui veut dire comme ne l’a pas prĂ©cisĂ© et indiquĂ© l’édit de Moulins que les terrains royaux ne peuvent pas ĂȘtre aliĂ©nĂ©s, ils devront donc toujours rester dans le domaine public.

S’ensuivit de nombreux et longs procĂšs, il a fallu attendre l’annĂ©e 1994 pour voir la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux rejeter dĂ©finitivement la requĂȘte de la famille « Couach » sur la propriĂ©tĂ© de ces terrains en arguant que les PrĂ©s salĂ©s Ouest, bien qu’en partie endiguĂ©e ne furent jamais de vĂ©ritables PrĂ©s SalĂ©s, constituant seulement un paysage typique des rives du Bassin prĂ©sent dans l’histoire Testerine depuis 1368.

Bien sĂ»r, l’appĂ©tit des promoteurs Ă©tait Ă©vident, principalement de la S.A.R.L. Couach laquelle est allĂ© jusqu’au bout de ses possibilitĂ©s en faisant appel Ă  de nombreuses reprises, allant de nouveau en cour d’État ou en cour EuropĂ©enne, etc.

Les PrĂ©s SalĂ©s Ouest ne figurant pas sur la liste royale autorisant leur cession, la Cour a statuĂ© en indiquant que les requĂ©rants, les consorts « Couach », n’ont donc pu acquĂ©rir ces terrains par prescription du dĂ©cret prĂ©citĂ©.

Depuis lors, les juridictions administratives semblent cependant ĂȘtre restĂ©es sur leurs positions. Le 7 janvier 1982, le Tribunal Administratif de Bordeaux rend trois jugements relatifs aux PrĂ©s SalĂ©s Ouest. Deux d’entre eux statuent sur des contraventions de voirie et le troisiĂšme concerne l’affaire qui a occasionnĂ© la dĂ©cision de sursis Ă  statuer du 7 fĂ©vrier 1969. Seul ce dernier, en raison de la position adoptĂ©e par la Cour de Bordeaux, est favorable aux propriĂ©taires privĂ©s. Dans les deux autres instances, le Tribunal proclame de nouveau la domanialitĂ© des PrĂ©s SalĂ©s Ouest. Les trois jugements ont Ă©tĂ© frappĂ©s d’appel par les perdants respectifs. Le 26 mars 1982, soit postĂ©rieurement Ă  la dĂ©cision du Tribunal des Conflits, le Conseil d’État affirme de nouveau la domanialitĂ© des PrĂ©s SalĂ©s Ouest dans une instance relative Ă  un refus de permis de construire

La situation du complexe ostrĂ©icole de La Teste, oĂč vivent de nombreux petits propriĂ©taires, reste en suspens. AprĂšs l’échec de la nouvelle dĂ©limitation envisagĂ©e en 1968, la Mairie de La Teste a voulu rĂ©gulariser la situation en obtenant une concession d’endigage. Cette formule est en principe la seule qui permette, depuis 1807, de faire sortir un terrain du Domaine public maritime. Mais, en dehors de l’hostilitĂ© de certains intĂ©ressĂ©s qui ne comprennent pourquoi il faudrait demander Ă  l’État l’endiguement de terrains que lui-mĂȘme a contribuĂ© Ă  mettre hors d’eau en participant Ă  l’érection des digues au XIXe siĂšcle, il semble que l’Administration ne soit pas pressĂ©e de procĂ©der Ă  cette rĂ©gularisation. De mĂȘme que le Domaine, une fois son inaliĂ©nabilitĂ© proclamĂ©e, ne peut plus subir d’atteintes, mĂȘme du fait de la volontĂ© du Roi, sous l’Ancien RĂ©gime, de mĂȘme actuellement les pouvoirs publics paraissent soucieux, au moyen d’une rĂ©glementation de plus en plus restrictive, de s’interdire Ă  eux-mĂȘmes, toute aliĂ©nation d’une parcelle de rivage. En revanche, sur le port, les aliĂ©nations de biens immobiliers entre particuliers semblent de nouveau tolĂ©rĂ©es par l’Administration.

Eh, bonjour, promeneur de l’étĂ© ! Tu marches, tranquille, dans ces PrĂ©s SalĂ©s Ouest.                

« L’État devra prendre en considĂ©ration la nouvelle demande de concession de cette zone maritime que dĂ©posera la commune. Â».


Entre 1985 et 2001. Projets d’AmĂ©nagement des PrĂ©s salĂ©s Est et Ouest avec un port en eau profonde

Les dĂ©cisions de justice Ă©tant irrĂ©vocables, aussitĂŽt, sortent des cartons des projets de port en eau profonde, de marina, d’üle des loisirs, de mise en souterrain de la voie de chemin de fer, de rĂ©sidences les plus diverses, etc.

Deux architectes testerins, M. NiĂ©to, d’abord puis, quelques annĂ©es aprĂšs lui, M. Dubrous, dessinent des projets.

Il y a aussi celui, Ă©tonnant ou farfelu, de Michel Joseph, spĂ©cialiste des travaux publics qui imagine que le port de La Teste retrouve sa place primitive, Ă  l’ouest de l’église ; si l’on veut y faire des travaux, il faudra attendre trĂšs, trĂšs, longtemps
 les rĂ©sultats de mĂ©ticuleuses fouilles archĂ©ologiques !

Tout aussitĂŽt naĂźt, Ă  la pointe ouest de la zone, Ă  l’Aiguillon, sous l’impulsion du professeur GĂ©rard Marty, la « Commune libre du Lapin blanc », dont la devise est « Non au bĂ©ton et au goudron, la nature Ă  profusion ».

Pendant six ans les nombreux opposants au projet de ZAC (Ă©cologistes, partis de gauche, associations de dĂ©fense de l’environnement) ferraillent avec la mairie testerine et le conflit prend d’autant plus d’ampleur que l’association AFVAT multiplie les initiatives favorables aux projets municipaux.

AUPORT et dix autres associations souhaitent qu’un port Ă  sec puisse exister dans cette zone, mais elles exigent qu’elle reste le cƓur d’un Ă©comusĂ©e, seule façon, ajoutent quelques ostrĂ©iculteurs, « de la geler, afin que soit garantie la salubritĂ© des installations ostrĂ©icoles voisines. Â»

L’association des Amis du Lapin-Blanc se dresse devant l’AFVAT et la mairie testerine. Son prĂ©sident, GĂ©rard Marty, professeur d’universitĂ© et journaliste qui en a vu d’autres, proteste avec vĂ©hĂ©mence : « Mais, ces PrĂ©s SalĂ©s Ouest , c’est un espace humide dont l’importance est primordiale dans l’équilibre Ă©cologique du secteur, d’ailleurs classĂ© en zone indispensable Ă  la protection de la flore et de la faune. De plus, une Ă©tude de l’IFREMER condamne tout port Ă  l’est d’une ligne sud-Arcachon/Piquey. Sans doute, faut-il le nettoyer ce Lapin-Blanc, remettre partiellement en eau les PrĂ©s SalĂ©s pour en faire un lieu de tourisme vert, riche et moderne, mais nous voulons que s’y applique notre principe : ni bĂ©ton, ni goudron mais nature Ă  profusion. Â»

Les opposants (Ă©cologistes, partis de gauche, associations de dĂ©fenseurs du patrimoine etc.) craignant surtout qu’un projet de « Marina » voit le jour, s’opposent farouchement Ă  cette consultation. De leur cĂŽtĂ©, RenĂ© Serrano et le Conseil gĂ©nĂ©ral s’activent. Dans une lettre Ă  la ministre de l’Environnement, Mme Voynet, ils soulignent que « La baie des PrĂ©s SalĂ©s a une cohĂ©rence morphologique et paysagĂšre, un site disponible au cƓur d’une pĂ©riphĂ©rie urbaine qui doit offrir un espace maritime diversifiĂ© ouvert Ă  tous, alors qu’il est menacĂ© par un acharnement clientĂ©lisme et dĂ©magogique menĂ© par la commune testerine Â». Il faut savoir que les Ă©vĂšnements prennent une certaine ampleur et pour conforter son projet, le maire testerin Claude Espied et sa municipalitĂ© organise en avril 1994 un rĂ©fĂ©rendum sur l’amĂ©nagement de l’Ouest de la commune englobant les PrĂ©s SalĂ©s Ouest et les lieux dits « Lapin Blanc Â» et « Pointe de l’Aiguillon Â».

Ce projet de port devient trĂšs Ă©lectoral d’autant plus que le maire, orateur habile, fait rĂȘver les Testerins en leur promettant dans les six ans Ă  venir « une façade maritime nord de haute qualitĂ© qui serait un lieu de vie animĂ©, presqu’en centre ville».

Soutenu par l’Association créé en 1993 « Faire Vivre l’Anse Testerine Â» (AFVAT) et son prĂ©sident Alain Donval, avec ses nombreux adhĂ©rents sous l’impulsion dĂ©bonnaire mais efficace de son secrĂ©taire Claude Badet, tous se sont beaucoup dĂ©menĂ©s. Ce rĂ©fĂ©rendum obtient une grande rĂ©ussite avec une participation de 35 % de votants uniquement de testerines et testerins, en obtenant 80 % d’avis favorables Ă  un amĂ©nagement, portuaire et immobilier notamment.

Pourtant avec un tel pourcentage, la dĂ©faite Ă©lectorale du Maire en 2001 met fin Ă  un dĂ©bat particuliĂšrement passionnĂ©, et le projet ne verra pas le jour !

2001 Une autre histoire commence : laisser fleurir la nature maritime

Le nouveau maire de La Teste, le docteur Jean-François Acot-Mirande, qui souhaite la sortie tant attendue du SMVM demande « que l’on mette dans ce document des clauses spĂ©cifiques pour les PrĂ©s SalĂ©s Ouest oĂč, en raison de la fragilitĂ© du site, l’on ne peut faire n’importe quoi Â». 

Ainsi, une autre histoire commence.

La prĂ©cĂ©dente aura Ă©tĂ© exemplaire d’une Ă©volution qui, en la fin du XXe siĂšcle, a opposĂ© les conceptions de deux formes de tourisme, celle qui, bĂ©tonnage et goudronnage Ă  l’appui, fait florĂšs depuis 1950, sans doute inspirĂ©e par des gens de bonne foi, et celle qui veut laisser fleurir la nature maritime et mettre la richesse humaine au centre des amĂ©nagements des rivages.

Mais l’essentiel de cette longue lutte est dit lorsque le professeur GĂ©rard Marty dĂ©clare Ă  ses amis du Lapin-Blanc : « Il ne faut pas faire fi du vaste mouvement d’opposition qui se dessine contre une mondialisation basĂ©e sur le profit immĂ©diat et sur le sacrifice de l’avenir. Â»

Les « Amis du Lapin-Blanc Â» rappellent qu’en 1993, dĂ©jĂ , le ministre Michel Barnier avait dĂ©clarĂ© qu’il ne fallait pas un seul port supplĂ©mentaire sur le Bassin. Et le prĂ©sident Marty de porter le sujet sur le plan politique : « Ne pas Ă©couter les associations Ă©cologistes, n’est-ce pas vouloir dĂ©stabiliser la Gauche plurielle dans le Sud-Bassin ? Â» On ne saurait mieux dĂ©finir l’enjeu rĂ©el de cette nouvelle bagarre en Buch. Elle se trouve exacerbĂ©e avec le projet du SchĂ©ma de Mise en Valeur de la Mer SMVM qui prĂ©voit, avec euphĂ©misme, « un mouillage Ă  flot Â» de quatre cents places au Lapin-Blanc. Si bien qu’en cette fin de XXe siĂšcle, le dĂ©bat prend une tournure plus aiguĂ« du fait que les Ă©lections communales approchent et que la mairie lance une Zone d’amĂ©nagement concertĂ© ZAC pour tout l’espace des PrĂ©s salĂ©s.

L’AFVAT mĂšne le train et s’attaque au Conseil gĂ©nĂ©ral et Ă  son reprĂ©sentant socialiste, RenĂ© Serrano « qui fait Ă©chouer tous les projets municipaux mais n’hĂ©site pas Ă  installer un port de plaisance dans le port ostrĂ©icole. Â» Le docteur Espied le rappelle alors, soulevant dĂ©finitivement le voile sur l’enjeu de l’opĂ©ration : « Un port de quatre cents places ne serait pas assez rentable pour le promoteur privĂ© qui devrait assurer sa construction, l’amĂ©nagement du site et celui du bĂąti en front de Bassin Â».

 Ce Ă  quoi AUPORT, son prĂ©sident Christian Raba en tĂȘte, rĂ©pond aussitĂŽt : « En aucun cas, nous ne laisserons mettre en danger la salubritĂ© de la zone de rĂ©serve d’eau salĂ©e et d’activitĂ© ostrĂ©icole. Â»

Mais voilĂ  que, le 4 septembre 2000, le prĂ©fet de la Gironde transmet l’avis favorable du ministĂšre des Transports pour l’application du SMVM. Le manque de prĂ©cisions sur la vocation des PrĂ©s SalĂ©s Ouest ou encore les problĂšmes posĂ©s par le dragage d’un port au Lapin-Blanc figurent toutefois parmi des points Ă  rĂ©gler, souligne le prĂ©fet. Ces habiles Ă©quivoques administratives, cependant, ne rassurent pas du tout AUPORT et ses alliĂ©s. 

DĂšs le mois de janvier 2001, annĂ©e Ă©lectorale communale, le docteur Espied lance l’attaque et, arguant de la lettre du prĂ©fet, dĂ©clare, pĂ©remptoire : « Un port d’échouage et un port Ă  sec se feront au Lapin-Blanc et le site des PrĂ©s SalĂ©s Ouest sera amĂ©nagĂ© avec plage et promenade Â». Le verdict des urnes en dĂ©cide autrement !

En juin 2004, lorsque paraĂźt un nouveau projet de SMVM, surprise ! Sa lĂ©gende signale qu’un port pourrait se creuser en plein milieu des vasiĂšres des PrĂ©s SalĂ©s Ouest. Preuve que la longue lutte pour la dĂ©fense du domaine public maritime n’est pas finie.

Dans le cadre d’un projet europĂ©en baptisĂ© Terra, le Conseil gĂ©nĂ©ral, lui aussi demandeur de la concession, propose un port Ă  sec ; par contre, la mairie testerine et sa courroie de transmission, l’AFVAT, veulent, en particulier, un port dit « Ă©cologique Â» en eau profonde pour y amarrer environ mille bateaux, avec tout ce qui peut se construire autour. Les progrĂšs de l’imagerie informatique permettent d’exhiber Ă  des publics subjuguĂ©s le tout nouveau paysage qui conserverait cependant ses traditionnelles cabanes rĂ©novĂ©es !

Dans des PrĂ©s SalĂ©s Ouest remis entiĂšrement en eau, on creusera des bassins de rĂ©tention, isolĂ©s par un rideau d’arbres, afin de recueillir les eaux de ruissellement qui, apportĂ©es par la “Craste douce”, arrivent ici en quantitĂ©. Une vaste chasse d’eau salubre nettoiera le port et sera bordĂ©e d’une plage. Au centre des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, grĂące aux 430 000 m3 de sable venus du creusement du port, se dressera une Ăźle des loisirs oĂč pourraient s’installer un musĂ©e et un aquarium, tandis qu’à l’est, longeant le port, s’étendra une zone d’animations. Des pistes cyclables, des zones piĂ©tonniĂšres, la route nationale portĂ©e Ă  quatre voies et plusieurs giratoires desserviront un ensemble qui sera bordĂ© de bĂątiments Ă  usage d’habitations, Ă©levĂ©s sur des terrains privĂ©s situĂ©s au sud-ouest et pour beaucoup en friche. Le tout financĂ© par des fonds privĂ©s, souligne l’AFVAT, pour qui « tout cet Ă©quipement donnera Ă  la ville une image digne du XXIe siĂšcle. Â»

Claudia Courtois Ă©crit, dans Le Monde du 19 novembre 2005 que les marais de l’ouest, classĂ©s site majeur d’Aquitaine, sont en cours d’amĂ©nagement pour une ouverture en 2007.

La prĂ©sence des digues empĂȘche dĂ©sormais l’eau salĂ©e de recouvrir les graminĂ©es comme la spartine, la salicorne ou les joncs. Le vent et l’iode venus du large chatouillent les plumes des petits limicoles, nombreux en hiver : pluviers, aigrettes garzettes, bĂ©casseaux
. Ils chahutent aussi les buissons de saule et les cotonniers, en fleurs depuis la mi-octobre. PrĂšs de la digue sableuse, les immortelles des dunes au parfum de safran cĂŽtoient les roseliĂšres en fleur. Ces derniĂšres laissent des touches carmin au milieu des couleurs subtiles de l’hiver, des verts, jaunes, gris et bruns bleutĂ©s. S’ils savent se montrer patients et silencieux, les plus chanceux pourront peut-ĂȘtre apercevoir la cistude ou le vison d’Europe, deux espĂšces rares et protĂ©gĂ©es.


2007 Les Prés salés Ouest sont définitivement classés au D.P.M.

En 2007, aprĂšs plus de 30 annĂ©es de longues batailles juridiques et d’innombrables procĂšs, les PrĂ©s SalĂ©s Ouest sont dĂ©finitivement classĂ©s au D.P.M., et donnĂ©s en gestion par l’État Ă  la commune de La Teste-de-Buch par le biais d’une convention, ce qui permet la mise en Ɠuvre d’un projet de protection Ă©cologique et de mise en valeur afin de redonner sa vocation premiĂšre avec une valorisation environnementale, ludique et paysagĂšre permettant l’ouverture au public.

Suite Ă  cette convention, les divers maires qui se succĂšdent Ă  la tĂȘte de la commune de La Teste de Buch entre 2001 et 2020, Jean François Acot Mirande et Jean Jacques Eroles envisagent pour ouvrir la ville vers l’ouest, certains projets au sein d’une Z.A.C. dans un secteur allant du quartier du « Piou » au carrefour « Bondon », prĂ©voyant mĂȘme certains amĂ©nagements dans le DPM tout proche.

Ce projet de Z.A.C., malgrĂ© quelques acquisitions de propriĂ©tĂ©s entre la voie ferrĂ©e et l’avenue du GĂ©nĂ©ral Leclerc, n’a pas avancĂ© mais le dossier est Ă©voquĂ© par le Maire actuel, Patrick Davet, sous la forme d’une façade maritime.

EndiguĂ©s depuis 1970, les PrĂ©s SalĂ©s Ouest sont privĂ©s d’eau de mer pendant prĂ©s de 40 ans et, en s’appauvrissant, prennent un tout autre aspect que celui qui Ă©tait initialement le sien. Ils sont envahis par une vĂ©gĂ©tation hĂ©tĂ©roclite menaçant la biodiversitĂ©. La prolifĂ©ration d’essences d’arbres comme le faux-acacias, le yucca, le mimosa, chĂȘne rouge, le robinier et des plantes certaines exotiques comme le baccharis hamilifolia appelĂ© Ă©galement « faux cotonnier » ou comme l’envahissante jussie introduite par l’homme au XIXe siĂšcle colonisent, au dĂ©triment de la flore originelle, les PrĂ©s SalĂ©s Ouest devenus, pour quelques hectares, une Ă©tendue humide et marĂ©cageuse.


2009 La goutte d’eau qui fait dĂ©border les vases !

Les propos du sous-prĂ©fet Ramon, en 2008, sont sans Ă©quivoque : « Il n’y aura pas d’autres infrastructures que celles prĂ©vues par le SMVM, plus de port en eau profonde et plus de nouveaux bateaux sur le Bassin ».

En 2009, sous le mandat de Philippe Madrelle, prĂ©sident du Conseil GĂ©nĂ©ral, quelques mois aprĂšs que le Conseil dĂ©partemental a clairement affirmĂ© « sa politique portuaire durable dans laquelle la mise en Ɠuvre de ports Ă  sec bien intĂ©grĂ©s au paysage est souhaitĂ©e Â», Christian Gaubert, maire de Lanton, mais Ă©galement prĂ©sident de la commission Mers et Ports au Conseil GĂ©nĂ©ral, annonce son intention d’implanter un bassin de dĂ©cantation pour les vases draguĂ©es du port testerin est sĂ©vĂšrement critiquĂ©, soulevant mĂȘme un tollĂ© local, ce qui incite les rĂ©sidents habitant au voisinage de ce futur projet, Ă  crĂ©er une association locale testerine, l’Association de DĂ©fense des PrĂ©s SalĂ©s Ouest (A.D.P.S.O.) avec comme prĂ©sidente Madame Michelle Duvignac, rĂ©sidente d’Arcachon Marine, ensemble de 350 appartements qui est directement impactĂ© par cette crĂ©ation ; Claude Badet, ancien et fort actif animateur de l’AFVAT, n’est pas Ă©tranger Ă  la crĂ©ation de l’ADPSO.

Le projet, portĂ© par Madame Couteaux DGS des services techniques au Conseil GĂ©nĂ©ral et par son directeur Monsieur Lapierre, est un probable danger de pollution et de nuisances olfactives et visuelles car situĂ© sur 3 hectares dans le secteur de 10 hectares, que le Conseil GĂ©nĂ©ral a gardĂ© pour l’éventualitĂ© d’un stockage des vases jouxtant les anciens Ă©tablissements Couach, en bordure de l’avenue du GĂ©nĂ©ral du GĂ©nĂ©ral Leclerc et tout Ă  cĂŽtĂ© de l’espace de promenade Ă©cologique des 40 hectares composant les PrĂ©s SalĂ©s Ouest donnĂ© par A.O.T. depuis quelques annĂ©es Ă  la commune de la Teste de Buch.

Comme le projet annonce que « le DĂ©partement se rĂ©serve un espace pour ses missions de dragage des ports Â», l’association part en bataille pour « s’opposer au dĂ©versement des boues de dragage du port de La Teste dans les PrĂšs SalĂ©s Ouest Â». Son vice-prĂ©sident, Charly Fuster, ancien maire-adjoint du Maire testerin Claude Espied, ajoute que son « association est, certes, favorable au dragage indispensable de ce port mais pas n’importe comment Â». Cette fermetĂ©, prĂ©cise-t-il, « a conduit au classement en espace naturel d’une partie des terrains prĂ©vue pour recevoir des bassins de dĂ©cantation des boues de dragage, ce qui interdit dĂ©sormais ces dĂ©pĂŽts Â».

Mais la menace n’a pas complĂštement disparu puisque le projet d’amĂ©nagement de la zone des PrĂšs SalĂ©s Ouest y prĂ©voit un espace de 8 000 m2 rĂ©servĂ© au dĂ©partement qui, selon M. Fuster, « pourrait recevoir les sĂ©diments Ă  dĂ©canter issus d’un traitement hydraulique, le mot dĂ©cantation Ă©tant remplacĂ© par celui d’égouttage Â». Il demande donc Ă  l’association de rester vigilante afin que ce quartier ne soit pas impactĂ© par des nuisances olfactives et visuelles « qui furent le point de dĂ©part de nos inquiĂ©tudes Â». Une vigilance d’autant plus nĂ©cessaire que la crĂ©ation d’un syndicat mixte pour la gestion des ports du Bassin peut relancer le dĂ©senvasement du port testerin.

Le conseiller gĂ©nĂ©ral de La Teste de Buch, RenĂ© Serrano, Ă©lu depuis quelques annĂ©es a fait rĂ©aliser de nombreux travaux au port testerin comme la rĂ©fection de la digue Est mais, dans le cas prĂ©sent, est favorable au bassin de dĂ©cantation Ă  l’intĂ©rieur des PrĂ©s SalĂ©s Ouest. Par contre l’A.D.P.S.O. trouve des alliĂ©s en la personne du Maire actuel de la Teste de Buch, Patrick Davet, lequel au cours d’une rencontre, le 12 novembre 2009, alors qu’il est adjoint aux travaux de la ville, se dĂ©clare opposer Ă  la crĂ©ation du dit bassin de dĂ©cantation. Monsieur Foulon, maire d’Arcachon indique Ă©galement son opposition Ă  cette rĂ©alisation. Enfin, en juillet 2009, le sous prĂ©fet Ramon est sans Ă©quivoques : « L’État n’autorisera pas la crĂ©ation d’un bassin de dĂ©cantation tant qu’un lieu de destination des boues n’aura pas Ă©tĂ© identifiĂ© ».

L’A.D.P.S.O. bataille farouchement pendant plusieurs annĂ©es en ayant qu’un seul objectif, l’abandon de ce projet de stockage des boues dans les PrĂ©s SalĂ©s Ouest.

En 2017, comme aucune solution n’est arrĂȘtĂ©e comme le clapage en mer, la cheminĂ©e Ă©tanche (un trou d’une profondeur de 40 mĂštres sur un rayon de 30 mĂštres, les sĂ©diments une fois sĂ©chĂ©s pouvant ĂȘtre rĂ©habilitĂ©s), la craie coccolithique (qui permet le dĂ©veloppement des bactĂ©ries aĂ©robies qui peuvent facilement se dĂ©velopper et dĂ©composer les couches fangeuses ; dĂ©posĂ©e sur la vase, la craie fait « fondre Â» les matiĂšres organiques ce qui fait diminuer sa hauteur), ou le bassin de dĂ©cantation Ă  l’intĂ©rieur des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, le PrĂ©sident du DĂ©partement, Jean Luc Gleyze, crĂ©e le Syndicat Mixte des Ports du Bassin d’Arcachon (S.M.P.B.A.) une collectivitĂ© qui gĂšre Ă  ce jour en totalitĂ© seize ports du Bassin d’Arcachon.

La chance sourit Ă  l’ADPSO lorsque les services de l’État dĂ©classent les terrains des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, rendant impossible le traitement des sĂ©diments maritimes Ă  terre dans la superficie prĂ©vue.

2009 Réhabilitation des Prés Salés Ouest

« Ces PrĂ©s SalĂ©s Ouest ont vocation Ă  devenir un parc maritime pĂ©dagogique, oĂč la dĂ©couverte des Ă©cosystĂšmes n’est pas incompatible avec leur protection », explique StĂ©phane Ducros, responsable du service dĂ©veloppement durable de la Ville. Le projet de l’agence Mutabilis Paysage, retenue Ă  la suite d’une consultation, propose non pas de revenir Ă  un Ă©tat antĂ©rieur, mais de rĂ©vĂ©ler la richesse des milieux qui se sont dĂ©veloppĂ©s avec les endiguements successifs. « Comme un delta, le projet vise Ă  faire coexister milieux d’eau douce et Ă©cotones [zone de transition entre deux Ă©cosystĂšmes] liĂ©s aux PrĂ©s SalĂ©s Ouest », explique la paysagiste Camille Thuile.

Pour rĂ©aliser cet amĂ©nagement paysager, l’équipe tire parti d’une forte contrainte imposĂ©e dans le cahier des charges : en cas de crue, les PrĂ©s SalĂ©s Ouest doivent servir de bassin d’expansion Ă  la Craste douce. La solution consiste Ă  dĂ©tourner le lit de la riviĂšre vers les marais pour les alimenter en eau douce et amĂ©liorer ainsi les conditions de leur dĂ©veloppement. Et en cas de crue, ces derniers formeront une zone d’étalement, capable de contenir 37 000 m3 d’eau.

DĂšs 2009, la commune testerine entreprend la rĂ©alisation d’importants travaux hydrauliques proposant une mosaĂŻque de paysages lacustres et d’habitats humides.



Les PrĂ©s SalĂ©s Ouest sont, pour leur part, recréés grĂące Ă  l’ouverture partielle de la digue de contact avec le bassin d’Arcachon. Une levĂ©e de terre, de 800 m de long par 1,5 m de haut, les sĂ©pare des marais.

Enfin, des bassins de lagunage sont rĂ©alisĂ©s en amont pour filtrer l’eau de la craste. Les deux zones sont appelĂ©es la « vasiĂšre Â» ou « slikke Â» qui est sujette aux marĂ©es et les « PrĂ©s SalĂ©s Â» ou « schorre Â» rarement submergĂ©s.

Un inventaire raisonnĂ© des espĂšces vĂ©gĂ©tales sur l’ensemble du site permet d’identifier les variĂ©tĂ©s qui sont prĂ©servĂ©es. Certaines sont mises en scĂšne dans des jardins pĂ©dagogiques : la station des sables – un jardin de dunes semĂ© d’essences mĂ©diterranĂ©ennes – la station des grandes fougĂšres, des osmondes (variĂ©tĂ© de fougĂšres), des sĂ©rapias (variĂ©tĂ© d’orchidĂ©es). Entre les marais dĂ©broussaillĂ©s Ă©mergent des bosquets d’aulnes, de bouleaux, ou de pins, qui cadrent les vues sur le bassin d’Arcachon.

De nombreux chemins piĂ©tonniers sont créés faisant le bonheur des promeneurs, des joggeurs et des cyclistes. Les amoureux de la nature peuvent maintenant dĂ©couvrir une faune particuliĂšrement riche avec de nombreuses variĂ©tĂ© d’oiseaux et de plantes aquatiques diverses. Certains endroits restent tout de mĂȘme inaccessibles car trĂšs marĂ©cageux.

Le 1er septembre 2009, la remise en eau partielle des PrĂ©s SalĂ©s Ouest permet Ă  nouveau la circulation de l’eau de mer. Les eaux des diverses crastes traversant la zone commerciale de « Cap OcĂ©an » se dĂ©versent en bordure des anciens abattoirs, un lieu aujourd’hui mieux connu sous le nom « la source des PrĂ©s salĂ©s ».

En lisiĂšre des marais et des PrĂ©s SalĂ©s Ouest reconstituĂ©s, proche de la cabane Ă  « Pinpin Â», une grande prairie artificielle accueille aires de pique-nique et manifestations festives.

Depuis l’amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, les sentiers sont empruntĂ©s par des promeneurs qui mĂ©connaissent souvent la richesse et la diversitĂ© de ce milieu particulier. L’association pour le dĂ©veloppement durable du Bassin d’Arcachon (A2DBA) organise de nombreuses visites commentĂ©es gratuites. Pour prolonger son action et faire dĂ©couvrir, comprendre et apprĂ©cier ce site, l’A2DBA a l’idĂ©e de rĂ©aliser un carnet illustrĂ© sur la flore et la faune des prĂ©s salĂ©s de cette zone humide remarquable qui possĂšde une faune et une flore trĂšs spĂ©cifiques. Un document qui est dĂ©sormais achevĂ© et conçu par Marie-France Perrin, gĂ©ographe et Jean-Pierre Colin, professeur d’éducation physique, tous deux retraitĂ©s.

Le carnet s’est Ă©laborĂ© Ă  partir des visites qu’effectuent Marie-France Perrin tout au long de l’annĂ©e. Un travail qui a demandĂ© un gros investissement de la part des deux concepteurs. Le rĂ©sultat est un carnet rĂ©ussi et bien renseignĂ©. « L’association a envisagĂ© un partenariat avec la mairie mais cette derniĂšre n’a pas souhaitĂ© s’associer Ă  A2DBA ni pour la rĂ©alisation ni pour la distribution. Par ailleurs la mairie n’est pas favorable au balisage numĂ©rotĂ© du cheminement de la visite », souligne le prĂ©sident GĂ©rard Ruiz. Le grand format du carnet permet au visiteur de le lire en marchant et de se repĂ©rer en faisant la liaison entre la carte et le terrain.

Sur une zone de plus de 40 hectares, le promeneur pourra dĂ©couvrir la biodiversitĂ© des PrĂ©s SalĂ©s Ouest et aller Ă  la rencontre des variĂ©tĂ©s d’arbres, de vĂ©gĂ©taux ou d’animaux. L’ouvrage permet de comprendre la juxtaposition de deux zones humides, la salicorne, l’obione et l’envahisseur qu’est le baccharis. « Nous espĂ©rons que ce carnet fera prendre conscience de la fragilitĂ©, de l’équilibre de ce lieu d’une grande richesse que chacun se doit de protĂ©ger et de prĂ©server », poursuit le prĂ©sident.

L’association poursuit les visites durant l’étĂ© sans inscription prĂ©alable et innove en organisant deux visites guidĂ©es des PrĂ©s salĂ©s Est, abordant la gĂ©ographie du Bassin, les usages des zones humides et le port de Rocher. Marie-France Perrin poursuit ses visites des PrĂ©s SalĂ©s Ouest et aborde le rĂŽle des amĂ©nagements hydrauliques, la biodiversitĂ© de deux zones humides juxtaposĂ©es, le marais doux et le marais maritime.

Il est sans doute rare qu’une association qui a dĂ©posĂ© un recours Ă  l’encontre d’une municipalitĂ© le retire. C’est pourtant ce qui se passe lors d’une assemblĂ©e extraordinaire de l’AFVAT. Cette derniĂšre avait pris une position trĂšs critique au sujet des travaux d’amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest proposĂ©s par la municipalitĂ© Acot Mirande. Elle a dĂ©posĂ© deux recours auprĂšs du tribunal administratif en 2007.

Un recours contre deux arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux autorisant l’amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest en juillet et octobre 2007, et un recours contre la dĂ©libĂ©ration du Conseil municipal du 20 septembre 2007. Pendant prĂšs de trois ans, le dossier semble en attente mais l’administration, sortant de son silence, convoque l’association pour une audience publique le 18 novembre 2010. Entre temps, les derniĂšres Ă©lections municipales ont changĂ© la donne : Jean-Jacques Eroles a Ă©tĂ© Ă©lu maire. Michel AlĂšgre, ayant pris la prĂ©sidence de l’AFVAT en 2003 et Ă©tant devenu conseiller municipal avait prĂ©cisĂ© : « Actuellement l’AFVAT entretient de trĂšs bonnes relations avec le maire qui dĂ©sire poursuivre l’amĂ©nagement, mais prenons garde, le tribunal administratif est susceptible par son jugement de tout stopper. »

La nouvelle municipalitĂ© de Jean Jacques Eroles a créé un comitĂ© de suivi longtemps rĂ©clamĂ© par l’AFVAT qui en fait partie et peut ainsi faire valoir ses positions. Ce comitĂ© procĂšde Ă  des Ă©tudes sur l’amĂ©nagement rĂ©alisĂ© afin d’établir un diagnostic et Ă©laborer d’autres travaux d’amĂ©lioration, notamment au niveau de l’hydraulique, la rĂ©habilitation des Ă©cluses, l’impact de l’eau sur la biodiversité 

Il n’est pas question, pour Michel AlĂšgre, qu’une dĂ©cision du tribunal puisse arrĂȘter cette dĂ©marche. D’ailleurs le conseil d’administration rĂ©uni dĂ©but novembre a dĂ©cidĂ© d’abandonner les recours. Pour Ă©tayer son discours, le prĂ©sident laisse la parole Ă  Jean-Paul Richard, premier adjoint en charge de l’urbanisme. Ce dernier reconnait le mĂ©rite de la municipalitĂ© prĂ©cĂ©dente d’avoir obtenu un amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, projet souhaitĂ© par de nombreux maires durant des dĂ©cennies. Il constate que les ouvrages ont Ă©tĂ© bien rĂ©alisĂ©s mais que l’on peut encore amĂ©liorer certains points comme l’automatisation du systĂšme hydraulique.

Si la zone de lagunage est indispensable, Jean-Paul Richard pense qu’on peut doubler la surface en eau de mer. Il conclut « Peut-on ne pas abandonner la suite d’un projet qui a coĂ»tĂ© 3,7 millions d’euros ? » L’abandon du recours est votĂ© Ă  la majoritĂ©.

En 2014, Michel AlĂšgre, prĂ©sident de l’AFVAT, lance un appel : « Il faut continuer Ă  dĂ©fendre les objectifs de l’association qui sont la reconquĂȘte de la façade maritime testerine, la promotion, la valorisation et l’amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, du Lapin-Blanc et de la pointe de l’Aiguillon ». Il confirme la participation de l’AFVAT aux deux

comitĂ©s de suivi mis en place par le maire pour la poursuite de l’amĂ©nagement des PrĂ©s SalĂ©s Ouest. Il Ă©voque ensuite les contraintes en matiĂšre d’études prĂ©alables d’impact sur la faune et la flore, l’hydraulique, la conformitĂ© Ă  la loi sur l’eau, nĂ©cessaires pour toute dĂ©cision favorable avant une augmentation des surfaces de remise en eau sous influence maritime. « AprĂšs deux ans de nĂ©gociations, un avis favorable des services de l’État a Ă©tĂ© prononcĂ© pour une augmentation de 5 hectares supplĂ©mentaires de remise en eau sous influence maritime. »

L’AFVAT se rĂ©jouit aussi des travaux entrepris par la municipalitĂ© avec l’automatisation de l’écluse, le nettoyage du domaine public maritime derriĂšre les cabanes ostrĂ©icoles, l’apport de sable pour le renforcement de la digue Johnston, et la crĂ©ation d’un chemin de promenade, avec la plantation d’arbres en nombre consĂ©quent.

Enfin l’AFVAT participe aux deux enquĂȘtes d’utilitĂ© publique, sur les PrĂ©s SalĂ©s Ouest et sur le Parc Naturel Marin ; le prĂ©sident confirme ses entretiens entre les commissaires mais constate que peu de personnes sont venues s’exprimer, et le regrette


Michel AlĂšgre a remerciĂ© le maire de faire prĂ©valoir les objectifs de l’association sur la remise en eau et sur la non-intĂ©gration des PrĂ©s SalĂ©s Ouest dans le pĂ©rimĂštre du DPM. Je renouvelle la confiance de notre association envers le maire pour terminer d’achever ce projet d’amĂ©nagement, jusqu’à la pointe de l’Aiguillon. » Jean-Paul Richard enchaĂźne en Ă©voquant la future ZAC qu’il sera nĂ©cessaire de demander pour finaliser la façade terrestre le long de la RN 650. Selon lui, « la trĂšs grande majoritĂ© des habitants de la commune est impatiente de bĂ©nĂ©ficier enfin une façade maritime digne de l’image de la ville ».

Jacques Chauvet confirme que pour le Conseil gĂ©nĂ©ral le dragage du port devient maintenant une prioritĂ©, il avance : « Il y a toutes les procĂ©dures administratives obligatoires en cours mais on peut raisonnablement penser que les travaux de dragage dĂ©buteront au premier semestre 2015 Â».

Michel AlĂšgre Ă©tant en port Ă  faux entre son poste de conseiller municipal de la municipalitĂ© de Jean Jacques Eroles et prĂ©sident de l’AFVAT et ne pouvant pas gĂ©rer ses deux engagements dĂ©cide en 2014 de dissoudre cette association, personne ne voulant pas prendre sa suite.

DĂšs 2009 une association est créée se prĂ©nommant Association de DĂ©fense des PrĂ©s SalĂ©s Ouest (ADPSO) avec Madame Michelle Duvignac comme prĂ©sidente. Par la voix de son secrĂ©taire, Claude Badet, elle dĂ©finit clairement son principal et unique objectif : « Se mobiliser en s’opposant Ă  la mise en place de bassins de stockage des vases et boues sur le site des PrĂ©s SalĂ©s Ouest, provenant d’un prochain dragage du port de La Teste de Buch.                                             Lors de sa premiĂšre assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale en 2009, l’ADPSO qui compte dĂ©jĂ  160 adhĂ©rentes et adhĂ©rents dĂ©sire que ce dragage s’effectue, c’est indispensable, mais nous ne sommes pas d’accord avec la mĂ©thode prĂ©conisĂ©e, qui pĂ©nalise le quartier. Soyons clairs, nous ne dĂ©sirons pas que le problĂšme soit dĂ©placĂ© sur d’autres PrĂ©s SalĂ©s. Nous dĂ©fendons un cadre de vie. En effet, un stockage de 100 000 mĂštres cubes de vases aboutirait Ă  une pollution visuelle et olfactive Ă  quelques dizaines de mĂštres des habitations. D’autres solutions peuvent ĂȘtre envisagĂ©es ».

Pas de langue de bois, des actes ! Qu’allez-vous faire, vous, les Ă©lus pour empĂȘcher que ces bassins de dĂ©cantation soient implantĂ©s dans les PrĂ©s SalĂ©s Ouest ». L’inquiĂ©tude provient du SVSM, datĂ© de 2001, qui n’a pas Ă©tĂ© rectifiĂ© malgrĂ© les assurances verbales des autoritĂ©s mais elle est confortĂ©e aprĂšs la rĂ©cente rĂ©union sur le schĂ©ma directeur du traitement des vases portuaires pendant laquelle le Conseil GĂ©nĂ©ral confirme que l’emplacement retenu des bassins de dĂ©cantation sera situĂ© en bordure de l’avenue du GĂ©nĂ©ral-Leclerc, entre le carrefour Bondon et l’usine Couach, proche de la RN 650.

Claude Mulcey, le technicien du bureau, dĂ©montre « qu’il existe plusieurs moyens de dragage : le clapage en mer qui est pratiquĂ© partout, derniĂšrement Ă  Capbreton ou le dragage mĂ©canique ou hydraulique qui intervient Ă  marĂ©e basse.  On transporte les vases par camions sur un site dĂ©volu Ă  cet effet.

Jean-Paul Richard, adjoint chargĂ© de l’urbanisme, aborde la discussion en se prĂ©sentant « sous deux casquettes. Celle de l’élu et celle du citoyen. L’élu gĂšre l’avancĂ©e des projets et doit tout faire pour que le dragage du port aboutisse. Pour changer la donne, on se heurte Ă  la lourdeur administrative. C’est de plus en plus l’administration qui inflĂ©chit les dĂ©cisions et le Conseil gĂ©nĂ©ral a dĂ©cidĂ© de retenir la solution des bassins de dĂ©cantation Ă  l’intĂ©rieur des PrĂ©s SalĂ©s Ouest.                                                

Le maire Jean Jacques Eroles est contre leurs positionnements annoncĂ©s comme Patrick Davet l’adjoint aux travaux qui soutient les actions de l’ADPSO

Pour sa part, Pierre Pradayrol, conseiller municipal d’opposition socialiste, pense « que c’est l’élu qui choisit et non l’administration. Sinon pourquoi est-on Ă©lu ? Il faut amender le projet et prendre le temps de la rĂ©flexion ».

En conclusion, les participants ont la ferme intention d’entreprendre des actions pour mieux se faire entendre. En attendant, une pĂ©tition est lancĂ©e


En 2012, lorsque l’État transfĂšre les PrĂšs SalĂ©s Ouest au DĂ©partement, il lui transmet aussi le projet fixĂ© par le SMVM qui prĂ©cise que « ».

Plus au nord, en bordure de la RD 650, celle qui relie La Teste Ă  Arcachon, le Conseil DĂ©partemental Ă©crit clairement : « la façade de cette zone devra prĂ©senter une forte attractivitĂ© commerciale Â».

L’ADPSO se rĂ©jouit alors d’annoncer que l’appel Ă  projets pour l’amĂ©nagement de cette zone vient d’ĂȘtre lancĂ© et prĂ©voit, affirme M. Fuster, montrant un plan des lieux, « des activitĂ©s nautiques et un port Ă  sec, avec un accĂšs direct Ă  la mer Â». Il ajoute mĂȘme : « On approche du but Â».                                  

Quelques non initiĂ©s pourraient reprocher aux dirigeants de l’ADPSO pourquoi, avoir créé cette association qui au dĂ©part avait pour seul objectif « La DĂ©fense des PrĂšs SalĂ©s Ouest Â» et quelques annĂ©es plus tard soutenir le projet d’une façade maritime.

En rĂ©ponse, l’ADPSO rĂ©pond que lors de sa crĂ©ation en 2009, son action a Ă©tĂ© comme dĂ©jĂ  indiquĂ©, uniquement pour empĂȘcher la crĂ©ation de bassins de dĂ©cantation Ă  l’intĂ©rieur des PrĂ©s SalĂ©s Ouest provenant des vases du port testerin qui n’a pour ce dernier, Ă©tait draguĂ© qu’en 2021.

Ensuite, l’ADPSO c’est positionnĂ© pour la dĂ©fense des PrĂ©s SalĂ©s Ouest et plus rĂ©cemment en 2024 pour le projet de la Façade Maritime en devenir annoncĂ© par le Maire actuel Patrick Davet comme l’avait fait ses prĂ©dĂ©cesseurs, Claude Espied, Jean François Acot-Mirande et Jean Jacques Eroles. L’ADPSO tient Ă  prĂ©ciser que la sauvegarde des PrĂ©s SalĂ©s Ouest sera toujours dans ses objectifs mais que le projet de la future Façade Maritime ne les impacteront pas car cette derniĂšre se situera uniquement dans un secteur allant du quartier du « Piou Â» au carrefour « Bondon Â», les PrĂ©s SalĂ©s Ouest n’étant pas compris dans le pĂ©rimĂštre retenu, donc acte.

 

2017 Réhabilitation de la digue « Johnston »

En 2017, Ă©tant en trĂšs mauvais Ă©tat, la rĂ©habilitation de la digue « Johnston », par la ville de La Teste de Buch, permet de protĂ©ger dĂ©finitivement les PrĂ©s SalĂ©s Ouest d’un nouvel effondrement, et aussi de sĂ©curiser l’entrĂ©e du port testerin.

Actuellement, les deux Prés Salés « Est » et « Ouest » ont une fonction naturelle, la végétation et la biodiversité semblent préservées permettant aux oiseaux, aux poissons, aux crustacés et autres mollusques de trouver grùce à une flore et une faune abondante, le repos ou la nourriture indispensable.

Oui ! Les PrĂ©s SalĂ©s Ouest constituent un Ă©cosystĂšme d’une richesse exceptionnelle ! Des foules d’oiseaux en nidification, au repos ou au gagnage (recherche de nourriture), des mammifĂšres protĂ©gĂ©s – vison d’Europe, loutre, un milieu combinant prairie saumĂątre et eau de la Craste Douce, avec le hĂ©ron pourpre qui prend des bains de pieds et l’éclair bleu du martin pĂȘcheur filant sous les bacharris. Les rangĂ©es de nids face Ă  la mer. Les terriers cachĂ©s, les ponts suspendus de la petite faune entre les touffes d’herbes. Les nids de rousserolles suspendus aux roseaux, le vol des demoiselles d’eau (les « odonates Â») bleues, vertes, rouges, dorĂ©es, le noir d’encre des poules d’eau entre les herbes jaunes.

Et tant d’autres choses, Ă  la beautĂ© indescriptible. Puissent les amĂ©nagements et la frĂ©quentation prĂ©vus prĂ©server cette quiĂ©tude, vitale Ă  la faune innombrable et extraordinaire de ce territoire.

Et puissent les gens, eux-mĂȘmes, savoir respecter le fait qu’ils seront en visite chez des animaux qui n’ont pas autres lieux de vie.

Aujourd’hui, promeneur de l’étĂ©, tu peux, dĂ©ambulant sur ces PrĂ©s SalĂ©s Ouest, Ă©couter de trĂšs prĂšs coasser les grenouilles et distinguer les Ă©clairs d’anguilles se faufilant dans l’eau ensoleillĂ©e.                C’est pourquoi la domanialitĂ© des PrĂ©s SalĂ©s Ouest maintenant reconnu ami promeneur tu pourras marcher tranquille sur les chemins ouverts Ă  tous dans les PrĂ©s SalĂ©s Ouest testerins.                        

À plus tard, donc, pour la fin de l’épopĂ©e 
. Si, toutefois, elle se termine un jour !