Les Prés Salés Ouest


Sur les Ports de La Teste

Une Histoire Sans Fin…

L’histoire des prés salés a été dressée par divers chercheurs et auteurs. Franck Bouscau en a présenté en 1988 sa thèse de doctorant. Jacques Ragot l’a analysée et complétée deux ans plus tard. Le journaliste Jean Dubroca a publié plusieurs articles sur le sujet. Claude Badet, président de l’ADPSO a rédigé pour ce site une compilation des différentes études. A partir de document Raphaël Vialard, passionné de géographie et d’histoire a formulé la version ci dessous.

L’histoire des Prés Salés Ouest continue et un des panneaux de l’Expo des ports testerins lui est consacrée .

Résumé

Alors que la concession des Prés Salés de La Teste de Buch a un peu plus de deux cents ans, il est intéressant de savoir que la domanialité de ces terrains maritimes, actuellement classés au DPM (Domaine Public Maritime) allant de la Pointe de l’Aiguillon au port de La Hume, ont été l’objet de litiges depuis des temps anciens.



Du Moyen âge à 1789

Au Moyen-âge, le rivage était à la fois un lieu de défense des côtes et un lieu de « produit» des naufrages.

Le seigneurs locaux et les souverains (roi de France, Duc d’aquitaine devenu roi d’Angleterre) s’en disputent la propriété.

Un acte royal de 1383 approuve le testament du Captal Jean de Grailly Captal de Buch validant ainsi la concession de la côte du Porge au nord du Bassin aux Captaux de Buch.

Le roi de France Charles VII confisqua le Captalat en 1453. Mais cette seigneurie fut restituée en 1462 au captal Jean de Foix-Grailly, par les lettres patentes de Louis XI, confirmée en 1477.

Cependant les rois de France affirmaient que la mer et le rivage dépendaient de leur Amiral. Le droit de naufrage des seigneurs étant limité aux épaves marines non réclamées, Ceci fut confirmé par l’ordonnance de la Marine (1681) élaborée par Colbert

Le 28 janvier 1742 un jugement relatif à la situation du captalat de Buch appliqua sans dérogation l’Ordonnance de 1681 et précisa que le seigneur ne pouvait s’attribuer aucune étendue de mer

1789

La Révolution libéra le sieur Giers, qui avait reçu la concession des Près Salés par une « baillette à fief nouveau » du 24 mai 1780. Désormais, il n’y avait plus de concessionnaire, mais un propriétaire à part entière.

Les Prés Salés firent l’objet, au cours des XIXe et XXe siècles, de plusieurs mutations.

1849

Lors de la construction d’un chemin- digue à travers les Prés Salés, allant de La Teste à Eyrac, appelé « Chemin des Prés Salés » le Comte d’Armaillé, propriétaire des lieux depuis 1845, en profita pour obtenir du Tribunal civil de Bordeaux un jugement en date du 27 janvier 1849 qui constatait que les droits d’usage devaient cesser d’être exercés sur la partie de ses terrains que la route avait endiguée.

1873

Trois Testerins, Messieurs Moureau, Mozas, et Cravey, furent autorisés à contester en justice la propriété privée des Prés Salés.

De son côté, la commune sollicita et obtint l’autorisation d’agir pour la défense de ses droits d’usage, menacés par les réservoirs à poissons et les parcs à huîtres que Monsieur Johnston, nouveau propriétaire, envisageait d’installer sur les Prés Salés.

Le jugement 12 mai 1875 les débouta.

La victoire judiciaire des propriétaires fut complétée en 1876 par un nouveau bornage, reconnaissant celui de 1834, et donc le procès-verbal fut entériné par les ministres des Finances et des Travaux Publics les 5 et 29 septembre 1879.

Monsieur Harry Scott Johnston avait en 1872 acheté la partie endiguée des Prés Salés, située à l’est de la zone, son frère Monsieur Nathaniel Johnston, acquit la partie ouest, par voie d’adjudication en 1877.

Les Prés Salés est furent convertis en réservoirs à poissons, à l’exception d’une partie, jouxtant la digue du port, dont une partie fut cédée à divers acquéreurs qui y créèrent un quartier connu sous le nom de « Complexe ostréicole de La Teste ».

1930

Entre 1930 et 1935, la société immobilière des Prés Salés fait construire une première digue en ciment pour endiguer les Prés Salés Ouest dans le prolongement de la digue Ouest aboutissant à la « presqu’île » du Lapin Blanc.

A partir de 1970, les consorts « Couach » se prétendant propriétaires des Prés Salés Ouest, ce que contestèrent encore les pouvoirs publics, entreprennent de construire, toujours dans l’illégalité, une nouvelle digue en empêchant l’eau des marées d’entrer définitivement dans les Prés Salés Ouest.

1994

la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux rejette définitivement la requête de la famille « Couach »sur la propriété de ces terrains.

2007

Après plus de 30 années de longues batailles juridiques et d’innombrables procès, les Prés Salés Ouest ont été définitivement classés au D.P.M. et donnés en gestion par l’Etat à la commune de La Teste de Buch.

Enfin, en 2017, la digue « Johnston ». Etant en très mauvais état, sa restructuration confortée par la ville de La Teste de Buch a permis de protéger définitivement les Prés Salés Ouest d’un nouvel effondrement mais aussi de sécuriser l’entrée du port Testerin.


Le détail de ce feuilleton à rebondissements se trouve ci-dessous.

Table des matières


Moyen Âge – Les seigneurs locaux et les souverains se disputent la propriété du rivage

1550 – La baillette reconnait le droit de pacage dans les vacants et landes

1681 – Rappel à l’ordre : l’ordonnance de la Marine définit le rivage de la mer

1742 – Piqûre de rappel : le seigneur ne peut s’attribuer aucune étendue de mer

1780 – Par un biais, le seigneur réaffirme son emprise sur les Prés salés

1789 – Le triomphe de la propriété privée

1828 – Vente des prés salés à la commune de LTDB

1830 – Sauvage achète les Prés salés en vu d’y établir des réservoirs à poissons

1839 – Projet d’amélioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des prés-salés

1841 – Rejoindre le Moueng par le « Chemin des Prés salés »

1847 – Ça baigne ! Pour le vêtement… on n’a pas le choix !

1849 – Le propriétaire veut mettre fin aux droits d’usage !

1872 – Harry Scott Johnston achète la partie déjà endiguée des Prés salés (Est)

1873 – Contestation de la propriété privée ; défense des droits d’usage

1877 – Son frère, Nathaniel Johnston, acquiert la partie ouest, toujours submergée

1910 – Digue Johnston

1930 – Endiguement – illicite – des Prés salés Ouest

1944 – le 2 septembre, la digue, qui ferme le site Ouest, s’écroule !

1951 – Séparation, éventuelle, de la partie testerine, les « Pirelons »

Le 16 février 1957, la grande brèche se creuse à nouveau

Entre 1985 et 2001, projets concernant l’Aménagement des Prés salés Est et Ouest comprenant, entre autre, un port en eau profonde

2001 – Une autre histoire commence : laisser fleurir la nature maritime

2007 – Les Prés salés Ouest sont définitivement classés au D.P.M.

2009 – La goutte d’eau qui fait déborder les vases !

2009 – Réhabilitation des Prés salés Ouest

2017 – Réhabilitation de la digue « Johnston »


Des Prés tremblants à nos jours

La Teste de Buch a la particularité de posséder deux façades maritimes ouvertes directement sur la mer. L’une sur la côte Atlantique avec la célèbre « Dune du Pilat » et ses immenses plages de sable fin et l’autre, sur la côte sud du Bassin d’Arcachon, faite essentiellement de Prés salés, allant de la Pointe de l’Aiguillon jusqu’au port actuel de La Hume.

Les prés salés, dont la cote inférieure est environ à 2 m 50 c. au-dessus de l’étiage et dont la cote supérieure se limite aux plus hautes mers, sont situés principalement de la Teste au Teich, un peu moins du Teich à la pointe de Branne ; enfin ils occupent environ 1/10 de l’île des Oiseaux. Ils servent aux pacages des bestiaux ; les joncs qui s’y trouvent en abondance sont employés en litière ou comme engrais après qu’ils aient subi une certaine préparation.

Les Prés salés dans leur généralité sont aussi appelés « schorre » quand ils recouvrent la frange haute du rivage lors des grandes marées freinant la houle, limitant l’érosion du rivage et piégeant les sédiments. On y trouve une végétation rase qui aime le sel, d’où leur dénomination.

Alors que la concession des Prés salés remonte à un peu plus de deux cents ans, il est intéressant de savoir que la domanialité de ces terrains maritimes, actuellement classés au DPM (Domaine Public Maritime) a fait l’objet de litiges depuis des temps plus anciens.

Nous allons considérer successivement l’Ancien Régime – le Moyen Âge et la Renaissance, puis les XVIIe et XVIIIe siècles -, période où les seigneurs locaux, les captaux de Buch, voient leurs ambitions se heurter au pouvoir royal, puis la période 1789-1950 qui est celle de la victoire de la propriété privée des Prés salés, et enfin l’époque récente, où l’histoire cède le pas à l’actualité, et au cours de laquelle la dite propriété est mise en cause par l’action des pouvoirs publics.


Moyen Âge – Les seigneurs locaux et les souverains se disputent la propriété du rivage.

Au Moyen-Âge, le rivage est considéré sous un double aspect : souveraineté et défense des côtes d’une part, aspect économique, c’est-à-dire éventuellement « produit » des naufrages, d’autre part.

À cette époque, malgré les empiétements des seigneurs, très fréquents en fait, les souverains affirment que les rivages dépendent d’eux. Théoriquement, en Guyenne, le souverain est le roi de France, mais en fait le duc d’Aquitaine, qui devient en outre roi d’Angleterre au XIIe siècle, s’approprie les rivages et les concède[1]. Par exemple, en 1354, Édouard III, confirme les droits de Séverin de Lesparre à la côte (costam) et aux épaves (cum navibus fractis) dans sa seigneurie[2]. Par la suite, la renaissance du pouvoir et de la juridiction du roi de France obligent le duc à admettre qu’il tient le rivage, comme le duché lui-même, de son suzerain.

Existe-t-il une semblable concession du rivage à La Teste[3] ? Plusieurs titres ont été allégués lors de divers procès, aussi bien devant le Conseil du roi en 1742, qu’au XXe siècle. Certains documents prouvent seulement que les captaux de Buch sont déjà en possession de leur seigneurie au XIIIe siècle. Un acte concède à vie la côte du Porge – au nord du Bassin – au Captal[4]. Une concession d’Édouard III confirme le seigneur de Buch dans le droit de naufrage[5]. Enfin un acte royal de 1383 approuve le testament du Captal Jean de Grailly[6]. Quant à l’utilité de ces documents dans l’affaire des Prés salés, le Conseil du Roi n’en tient aucun compte en 1742, de même que le Conseil d’État en 1970, alors que la Cour d’Appel de Bordeaux estime que le texte de 1383 constitue un indice en faveur des propriétaires privés…

Dès le Moyen-Âge, les rois de France affirment que la mer et le rivage dépendent de leur Amiral. Le « droit de naufrage » des seigneurs est limité aux épaves marines non réclamées, et les profits seigneuriaux doivent être partagés avec l’Amiral.

En 1453, après la conquête de la Guyenne par les Français, Charles VII, roi de France, confisque le Captalat car les captaux ont combattus au côté des Anglais. Mais, en 1462, cette seigneurie est restituée à Jean de Foix-Grailly, comte de Candale, par les lettres patentes du nouveau roi, Louis XI[7], confirmée en 1477.

Ces lettres peuvent-elles permettre d’affirmer que le seigneur devenait « propriétaire » des Prés salés ? La Cour d’Appel de Bordeaux l’admet en 1978, estimant que les énonciations très complètes des lettres patentes ne permettent d’exclure de l’opération aucun droit ni aucune partie de la seigneurie, alors que le Conseil d’État avait estimé en 1970 qu’il s’était seulement agi pour Louis XI de remettre les choses en l’état et qu’aucune prérogative « domaniale » n’est attribuée au seigneur par ces lettres patentes ; on notera seulement que les lettres patentes réservent expressément au roi « les foi et hommage, ressort et souveraineté desdites terres et seigneuries ».

Quelle est alors la situation de fait des Prés salés ? Les captaux considèrent que toutes les étendues vacantes de leur seigneurie leur appartiennent. Ce droit éminent du seigneur est notamment affirmé par une baillette (bail à fief, contrat féodal) du 23 mai 1550 par laquelle le captal Frédéric de Foix abandonne aux habitants du captalat, « tout ce qui est accoutumé être tenu en padouens (mot gascon désignant le lieu où l’on pâture) et vacants » moyennant une somme et une rente annuelle.

Or, la propriété du sol, son statut juridique, n’est pas le même pour les landes et pour les terres cultivées. En principe, les terres cultivées appartiennent aux habitants. Elles leur sont concédées par le seigneur et cela s’appelle « bail à fief ».

Quant aux Prés salés, landes et marais, les seigneurs en sont seuls propriétaires ! Envahies lors des grandes malines, inondées par les crues de printemps, dominées par les buttes castrales, le seigneur concède donc jusqu’alors aux manants le droit de vaine pâture. Ces dépôts d’alluvions et de glaises noirâtres, sédiments accumulés au cours des siècles, sont bien plus fertiles que les sables des landes alentour. Le bétail traverse à gué. Franchi le rideau des roselières, leurs plumeaux au vent, les bêtes trouvent là une flore bien particulière : pelouse d’une herbe rase, parterres de salicornes charnues, de soudes maritimes, bouquets bleus des lavandes de mer, les statices, en été ; les vachers coupent les joncs pour les litières.

 Les seigneurs n’admettent ces pâturages qu’à titre de simple tolérance. Sauf exceptions, les droits de pacage — compte tenu de leur ancienneté — ne reposent sur aucun titre ; or nous sommes en pays de droit écrit, cela est donc gênant pour tous. Le souci des seigneurs est surtout de percevoir des droits de pacage proportionnés aux services rendus. Accessoirement, ils ne se refusent pas à reconnaître par titre ces droits de pacage ; et ces concessions, ou baillettes, ne peuvent que conforter leur propre droit sur la lande dans le cas où ce droit serait douteux.



[1] – L’Amirauté de Guyenne depuis le premier Amiral anglais en Guyenne jusqu’à la Révolution, Marcel Gouron, Paris, Sirey, 1938, p. 72-73. (cf. BSHAA N° 21 – 1979 – p. 32-34, textes relatifs à un procès entre le roi-duc anglais et le seigneur d’Audenge au début du XlVe siècle).

[2] – Rôles gascons, Édouard III, an 27, membrana 5

[3] – Une telle concession serait toujours valable, sous réserve des restrictions de sa portée occasionnée par la législation subséquente, notamment l’ordonnance de la Marine de 1681 (qui a restreint le droit de naufrage, supprimé depuis), et les lois abolitives de la féodalité.

[4] – Rôles gascons, Henri IV, an 4 à 6, membrana 19

[5] – Rymer, Foedera… suppléments, t 1, N° 272

[6] – Rôles gascons, Richard II, an 7, membrana 10

[7] – BSHAA, N° 6 (1975), p. 18-19.

1550 – La baillette reconnait le droit de pacage dans les vacants et landes.


Diverses ordonnances, notamment sous François 1er, Henri III et Louis XIII, réaffirment les droits du roi sur le rivage.

En 1550, Frédéric de Foix-Grailly, captal de Buch accorde une baillette, reconnaissant clairement le droit de pacage dans les vacants et landes du captalat ; il autorise aussi le « coup[1] », ce terme du gascon local qui désigne la pelure des prés salés composée de terre argileuse et d’herbes grasses formant la couche supérieure de ces prés que les gens du pays récoltent, à marée basse en guise d’engrais sur ces parties du rivage couvertes d’herbes marines ainsi que la boue des crassats composée d’argile saline, de débris de coquillages et de détritus d’herbes marines, ou de chemins pour les charrettes entre La Teste et l’Aiguillon.

Ces près salés sont d’un seul tenant ; ce n’est qu’après 1840 qu’ils se scinderont en deux lors du creusement du premier chenal du port testerin et c’est ainsi, que les Prés salés testerins deviendront soit « Est », soit « Ouest ».

Les baillettes prévoient que le captal de Buch se réserve une possibilité de reprise dans le cas où un acquéreur se présenterait pour solliciter un bail à fief pour une mise en culture. Cette clause est essentielle !

1681 – Rappel à l’ordre : l’ordonnance de la Marine définit le rivage de la mer

Quoi qu’il en soit, l’évolution de la législation royale est défavorable aux Seigneurs et les progrès de la centralisation menacent à terme leurs prérogatives ; l’ordonnance de la Marine (1681) élaborée par Colbert porte un coup très dur aux prétentions des Seigneurs. Le texte définit le rivage : « Sera réputé bord et rivage de la mer, tout ce qu’elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusques où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves. » Sur ce rivage les juges de l’Amirauté avaient seuls compétence. Quant aux naufrages, c’étaient aussi les officiers de l’Amirauté qui pouvaient seuls en prendre connaissance, même si des Seigneurs avaient une concession. Dans ce dernier cas, le droit du Seigneur est limité à la perception de la moitié du produit de la vente des biens non réclamés par leurs propriétaires pendant un an. Loin d’avoir un pouvoir direct sur le rivage, le Seigneur n’est plus qu’un créancier éventuel !

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les côtes sud et est du Bassin d’Arcachon sont des Prés salés, étendues plates, inondées à chaque marée, couvertes d’une végétation aquatique d’herbes et de joncs, parcourues par un réseau de petits canaux appelés esteys. L’estuaire des petits ruisseaux issus de la lande servent de ports aux villages voisins.

 

1742 – Piqûre de rappel : le seigneur ne peut s’attribuer aucune étendue de mer.

L’Ordonnance de Colbert de 1681 ne modifie pas du jour au lendemain les habitudes seigneuriales. C’est pourquoi deux arrêts du Conseil du Roi rendus en 1739 créent une Commission de vérification des droits maritimes.

Le 28 janvier 1742, les Commissaires, qui ont eu communication des divers titres sur lesquels le captal de Buch fonde ses prétentions, notamment des lettres patentes de 1662, rendent un jugement relatif à la situation du captalat de Buch[1].

Cette décision, sans avoir aucun égard pour les demandes du seigneur, applique sans dérogation l’Ordonnance de 1681 et précise que le seigneur ne peut s’attribuer aucune étendue de mer : « Nous, commissaires généraux susdits, en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté, sans nous arrêter aux demandes dudit sieur de Ruat, dont nous l’avons débouté, ordonnons que l’Ordonnance de la Marine du mois d’août 1681 sera exécutée selon sa forme et teneur ; en conséquence faisons défense audit sieur de Ruat de s’attribuer aucune étendue de mer pour y pêcher à l’exclusion d’autres, de prendre aucune connaissance des faits de la pêche, de faire marquer les pinasses, chaloupes et bateaux, d’exiger le droit de capte… ni aucun droit, etc. ». Le captal se voit donc dépouillé de prérogatives qui ont été cédées[1] par Henri-François de Foix-Candale, duc de Randan, le 23 août 1713, à son père Jean Baptiste de Ruat, en même temps que la seigneurie de Buch.


[8] – Ces engrais sont de deux espèces : l’un, le coup, qui est la pelure des prés salés, est composé de terre argileuse et d’herbes grasses formant la couche supérieure de ces prés; l’autre, la boue des crassats, est composé d’argile saline, de débris de coquillages et de détritus d’herbes marines.

[9] – Arch. Départ. Gironde, C 3686

[10] – cf. J. RAGOT, Au temps des captaux de Buch, Arcachon, 1973, p. 24.


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Claude Masse, sur sa carte de du 6e quarré de la Généralité du Médoc, désigne le Marais de Bermenout, limité au sud par des digues qui protègent les habitations et les cultures.

1780 – Par un biais, le seigneur réaffirme son emprise sur les Prés salés.

Par la suite, par un biais, le seigneur réaffirme son emprise sur les Prés salés, quoiqu’ils fassent partie du rivage.

Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle se développe un certain engouement pour les innovations agronomiques, qui se traduit par des dessèchements de marais, des défrichements, des mises en valeur de terres réputées incultes et des essais de cultures nouvelles. Le Gouvernement et de riches particuliers encouragent ce mouvement. Les captaux de Buch ne sont pas en reste. Déjà, en 1766, le captal François Alain de Ruat concède, au suisse Nézer, de vastes landes situées à Gujan et au Teich pour les mettre « en bled ». Son fils François de Ruat, entreprend les ensemencements de pins sur les dunes littorales.

Par ailleurs, François de Ruat concède au sieur Giers, négociant bordelais, par une « baillette à fief nouveau » du 24 mai 1780, les Prés salés de La Teste[1] ; le concessionnaire et ses associés doivent endiguer les terrains pour les mettre en culture ou en prairies. Une rente est prévue qui ne doit être payée qu’après un délai de dix ans, ce qui mène à 1790…

Mais dès l’Ancien Régime la concession des Prés salés suscite des oppositions : l’Intendant de Bordeaux, Dupré de Saint-Maur, fait cesser les travaux en se prévalant des droits du Roi. Cependant cette intervention ne marque qu’une pause et non un terme définitif pour les ambitions des particuliers afin de s’approprier les Prés salés.

Au siècle suivant la propriété privée va triompher et, du fait des endiguements, la zone va être séparée du rivage proprement dit.

Le 26 janvier 1784 (ou 1785[2]), Henri Giers vend une parcelle de prés salés proches de l’Aiguillon à Gérard Cravey[3] époux de Marie Portié (x 3/9/1767 à LTDB). Gérard Cravey y exploitera un four à chaux.


[1] – Texte in BSHAA n° 12 (1977) p. 35

[2] – Voir La Revue judiciaire du Midi 1864-1868: recueil mensuel de jurisprudence et de doctrine / sous la direction de Paul-Jean. Garbouleau, éditeur : (Montpellier)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97575639/f310.image.r=%22g%C3%A9rard%20cravey%22

[3] – Gérard Cravey, né à la Teste en 1743, est initié, le 5 mai 1779, à la loge maçonnique l’Étoile Flamboyante aux trois Lys.


1789 – Le triomphe de la propriété privée


Dès lors, soumis au droit commun des immeubles, les Prés salés font l’objet, au cours des XIXe et XXe siècles, de plusieurs mutations.

Il semble bien que tout soit réglé : les Prés salés appartiennent bel et bien au citoyen Giers. Tout se passe pour le mieux…

Jusqu’en 1830, les changements de statuts et de propriétaires n’ont aucun impact sur la situation matérielle des Prés salés. En fait, des habitants continuent de les utiliser pour le pacage des bestiaux et la récolte d’engrais et de joncs.


1828 – Vente des prés salés à la commune de LTDB

par Fleury jeune le 23 février 1828.

1830 – Sauvage achète les Prés salés en vu d’y établir des réservoirs à poissons.

Ces prés salés seraient d’un immense revenu s’ils étaient endigués et convertis ainsi en réservoirs à poissons ; ce dont on peut se convaincre par les viviers établis à Audenge par MM. de Boissière et Douillard de la Mahaudière.

En 1828, Monsieur de Sauvage, Maire d’Andernos demande la concession de l’Île aux oiseaux, et achète les Prés salés de La Teste à Fleury jeune et un nommé Oxeda. Ayant des talents nombreux et possédant au plus haut degré celui de la persuasion, il met dans sa poche les administrateurs et les ingénieurs des services du Département. Malheureusement pour lui le ministre de la Marine et celui des Finances se trouvent en dehors de « l’atmosphère séductrice » qu’il crée autour de lui et il n’obtient pas la concession de l’Île aux oiseaux ; par contre, en ce qui concerne les Prés salés de La Teste, il est sur le point d’arriver à ses fins : il veut y établir des réservoirs à poissons. La municipalité de La Teste est réticente et les pêcheurs sont contre ; parmi les opposants, certains n’hésitent pas à parler de domanialité. Le 7 mars 1828, Sauvage propose au préfet de creuser un port à La Teste en échange de l’autorisation ; à titre de pot de vin, il offre un don gratuit de 4 000 francs à la municipalité. Le 18 mars le conseil municipal repousse les propositions de M. de Sauvage. Le 31 mars le sous-préfet se déplace en personne à La Teste pour soutenir son protégé ; nouvelle réunion du Conseil Municipal : cette fois, les voix se partagent également ; Sauvage est gagnant, il ne suffit plus que de la sanction du Gouvernement…

En 1832, Monsieur Taffard, ancien conservateur des hypothèques, conclut un rapport au conseil municipal, dont il est membre ; cependant la décision appartient à l’Administration de l’Enregistrement et des Domaines. Celle-ci confie l’étude de l’affaire à un juriste, Monsieur Gairal, qui estime qu’il y a lieu de reconnaître la propriété privée des Prés salés. En conséquence, le 8 août 1833, le ministre des Finances décide que l’action en revendication ne sera pas intentée et que l’Administration provoquera le bornage[1] des Prés salés, ce qu’elle fait effectivement en 1834. Le résultat de l’opération est homologué par le préfet. On observe au passage que cette reconnaissance, comme d’ailleurs celles qui suivront tout au long du siècle, ne crée aucun droit nouveau au profit des propriétaires privés, étant donné que, depuis une loi du 26 septembre 1807, seule la procédure de concession d’endigage, dont le déroulement sera réglementé par une ordonnance royale des 23 septembre et 1er octobre 1825, permet l’aliénation – leur privatisation – de parcelles du rivage.

Les réservoirs à poisson du maire d’Andernos tombent donc à l’eau, mais dans une complète équivoque !

[1] – cf. procès-verbal au dossier de la Mairie de La Teste.


Le « Coup d’œil sur les landes de Gascogne et sur les compagnies formées pour leur exploitation[1] » écrit par M. le vicomte Marie-Alexandre-Joseph d’Yzarn de Freissinet, en 1837, nous apprend que « M. de Casteja s’est rendu acquéreur de 300 hectares de Prés-Salés pour une somme de 200 000 francs ; il y fera exécuter des travaux d’endiguement pour le mettre à l’abri de l’invasion de l’Océan, et on assure qu’il a revendu, 150 000 francs, 42 hectares de ce même terrain. »


[1] – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9758623f/f29.item.r=teste%20de%20buch%22cast%C3%A9ja%22


1839 – Projet d’amélioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des prés-salés.

Le port de la Teste ou du Caillaou communique avec le reste du bassin par le chenal de la Canelelte qui, après avoir contourné la pointe d’Aiguillon et suivi la rive sud, rejoint la rade d’Eyrac un peu à l’est de l’ancien casino.

Le port de la Teste et les chenaux qui y donnent accès forment un abri sûr pour les bateaux. Aussi, dans les mauvais temps, sert-il de refuge aux petites embarcations mouillées ordinairement devant Arcachon.

Primitivement, le port consistait simplement en une plage découvrant à basse mer où les bateaux d’un petit tonnage s’échouaient pour décharger leurs marchandises qu’on transportait à la Teste au moyen de charrettes.

En 1839, les ingénieurs dressent un projet d’amélioration du port consistant dans la fermeture de la partie sud-ouest des prés-salés de la Teste au moyen de digues qui forment un bassin de retenue. Les eaux de ce bassin doivent produire des chasses dans la portion du chenal conservée, près de la pointe d’Aiguillon. La partie extérieure de la jetée est de ce réservoir est aménagée pour servir à l’embarquement et au débarquement des marchandises. Un port d’échouage est disposé près de l’extrémité nord de cette jetée. Enfin un bassin à flot de 125 mètres de largeur sur 180 mètres de longueur, muni de quais verticaux et de magasins, doit être creusé dans les terrains de l’Aiguillon ; ce bassin est mis en communication avec le canal des Landes par un embranchement particulier, au moyen d’une écluse à sas. Ce projet n’eut pas de suite.

Une décision ministérielle du 1er mars 1842 prescrit de nouvelles études dans lesquelles doit être comprise la construction d’un barrage fermant complètement les prés-salés de la Teste.

Indépendamment des travaux du port et comme question subsidiaire, les ingénieurs doivent rechercher le moyen de relier le canal des Landes à la Teste.

Si la situation juridique des détenteurs des Prés salés ne peut être fondamentalement transformée par les décisions ministérielles et préfectorales, leur situation de fait en est par contre confortée. C’est ainsi qu’au cours de l’année 1839, M. de Castéja assigne divers habitants de La Teste qui ont pris du sable ou de l’engrais sur ses terrains pour faire décider qu’à raison de l’endiguement des prés-salés, leurs droits d’usage sont éteints et leur faire défense de les y exercer à l’avenir.

Sur cette assignation, la commune de La Teste croit devoir intervenir et prendre le fait et cause des habitants incriminés. Le maire de La Teste fait signifier au nom de la commune des conclusions par lesquelles il soutient que les prés-salés sont la propriété des habitants de La Teste et il demande en conséquence le rejet de la demande de M. de Castéja.

Postérieurement et au cours de l’instance, M. le maire de La Teste fait signifier de nouvelles conclusions, dans lesquelles, en reconnaissant que M. de Castéja est bien réellement propriétaire des prés-salés, il se borne à soutenir que les habitants de La Teste doivent conserver leurs droits d’usage tant que les prés salés n’auront pas été mis en culture. Cette attitude du maire lui est dictée par les réserves que le captal avait stipulées dans la baillette de 1550.

Le jugement du tribunal de Bordeaux du 20 août 1839 déclare que M. de Castéja est propriétaire des prés-salés.

Sur ces entrefaites la route de La Teste à Eyrac, à travers les Prés salés est construite (actuelle N 650).

1841 – Rejoindre le Moueng par le « Chemin des Prés salés »

En 1841, le chroniqueur du “Mémorial bordelais” raconte : « Vous vous entassez à six ou neuf dans une voiture fort peu moelleuse, chacun portant l’autre. À la sortie du bourg, à marée basse, vous entrez dans une vaste et fangeuse prairie appelée Prés salés. Il serait dangereux de s’écarter du chemin qu’indiquent des ornières creusées en précipices dans une fange noire. À force de coups de fouet et de jurons énergiques, votre conducteur parvient à arracher la voiture des boues. Elle s’enfonce maintenant dans un sable mouvant, celui des dunes, vous traversez un petit bois de pins, voici à votre droite, l’établissement de M. Gaillard. »

Toutefois, pour éviter de telles épreuves, on peut, si vents et marées le permettent, s’embarquer sur des pinasses, manœuvrées par des batelières, de robustes testerines, qui jambes nues, pantalons bouffants et coiffes à bords relevés sur l’avant, n’hésitent pas à porter le baigneur dans leurs bras si le bateau ne peut assez s’approcher du rivage de la Canelette, aujourd’hui, bordant le port d’Arcachon.


T Ainsi encouragé, le 14 mai 1841, le nouveau maire testerin, M. Soulié, propose « de creuser un petit chenal qui partirait des digues de la Compagnie et, passant par le chenal creusé par les frères Testut, permettrait de rejoindre en dix minutes, dès la mi-marée, la pointe de l’Aiguillon où il existe une belle plage où l’on pourrait se baigner des deux côtés de cette pointe ». Avec l’appui financier d’Arcachonnais, de la Compagnie, et grâce à une quête dans la commune, on entreprend les travaux prévus et le conseil unanime décerne au maire « sa sollicitude fraternelle ». La manne des baigneurs va se déverser sur La Teste, si bien que six jours plus tard, il est aussi décidé « d’organiser un marché de comestibles puisque le pays va prendre un grand accroissement ».


Le 9 février 1843, le conseil municipal étudie le projet de construction d’un débarcadère à Eyrac et d’une route y conduisant depuis La Teste. La jetée d’Eyrac est inaugurée en 1845.

Quant à la route, elle ouvre, d’abord, la polémique avant de s’ouvrir, elle aussi au trafic, en 1845. La municipalité veut une ligne droite allant de La Teste à l’Aiguillon. Les Ponts et Chaussées exigent une route qui ne coupe pas les Prés salés Ouest : on peut encore aujourd’hui suivre la courbe qui respecte toujours une zone très utile pour éponger l’écoulement des eaux apportées par la craste douce…

La question de l’endiguement de la majeure partie des Prés salés reste posée.

En 1846, le ministre des Travaux Publics estime que l’on ne peut empêcher les propriétaires des prés salés d’y procéder. Il y a dès lors des tractations entre le propriétaire, M. d’Armaillé et les Ponts et Chaussées Maritimes. En effet, l’État désire construire une digue et un chenal pour le port de La Teste. Pour cela l’utilisation de terrains et de matériaux des Prés salés est nécessaire…

Depuis les temps anciens, le bourg de La Teste-de-Buch est souvent inondé ; les terres testerines sont assainies grâce à trois ouvrages dont deux s’apparentent à des digues protégeant une grande partie du territoire lors des fortes marées ainsi que les jours de grandes tempêtes :

 1) La création, en 1845, par la municipalité testerine d’un chemin digue appelé « Chemin de La Teste » passant par le lieu-dit « Moueng » allant jusqu’au débarcadère d’Eyrac dénommé maintenant, « Jetée Pierre Lataillade » dont on devine aujourd’hui le tracé avec l’avenue du Général Leclerc côté testerin et le boulevard Mestrezat côté arcachonnais.

2) Le talus du prolongement de la ligne de chemin de fer La Teste-de-Buch/Arcachon en 1857, terminant la ligne principale venant de Bordeaux-Ségur, inaugurée en juillet 1841.3) La réalisation de la voie directe en 1972, longtemps appelée voie rapide qui est une sécurité supplémentaire pour la partie située la plus à l’ouest, au cas où les deux précédentes protections viendraient à être submergées.

Ainsi, la presque totalité des terrains dits « prés tremblants » est protégée de la mer et définitivement assainie, l’eau de mer ne pouvant plus rentrer. Certaines parcelles, plus forestières, sont toujours à ce jour instables, proches de l’inondation car parcourues par les crastes citées plus haut qui peuvent être gorgées d’eau de ruissellement lors d’épisodes pluvieux.

1847 – Ça baigne ! Pour le vêtement… on n’a pas le choix !

Arrêté municipal. La Teste de Buch 15 juillet 1847 :

 « Les hommes se baignant dans les Prés salés de la Teste, ou sur la côte du Bassin, jusqu’à un kilomètre au couchant de l’allée d’Arcachon, seront vêtus d’un pantalon long et ils se tiendront autant que possible éloignés des lieux où seront les dames. Ils devront se déshabiller et s’habiller dans les cabanes qui seront disposées pour cela sur la plage…

Les dames, pour aller au bain et pour se baigner, devront être vêtues d’un grand peignoir tombant jusqu’aux talons…

Il est défendu à tout baigneur et aux personnes de l’une ou l’autre sexe de proférer des paroles ou de faire des gestes indécents dans le bain ou sur la plage ».

 

1849 – Le propriétaire veut mettre fin aux droits d’usage !


Le 27 janvier 1849, le Comte d’Armaillé, propriétaire des lieux depuis 1845, obtient un jugement du Tribunal civil de Bordeaux qui constate que les droits d’usage doivent cesser d’être exercés sur la partie de ses terrains que la route a endiguée. Il est spécifié que cette extinction de droits serait remise en cause si les terrains revenaient à l’état de vacants « par défaut du travail et de la main de l’homme ».

Le 1er mai 1851, on aboutit à une entente entre l’ingénieur des Ponts et Chaussées, Monsieur Alphand, agissant au nom de l’État et avec l’accord du ministre dont il dépend, et le comte d’Armaillé[1]. L’État construirait trois cents mètres de digues ; quant au propriétaire, il ferait endiguer les terrains situés à … l’est de la digue de l’État, en s’appuyant sur celle-ci. Monsieur d’Armaillé renonce encore aux indemnités qu’il réclamait du fait de la construction de la route d’Arcachon, et il accepte de ne pas endiguer les Prés salés situés à l’ouest et au nord de la Craste Douce. Une fois encore la propriété privée des Prés salés est reconnue par l’État, mais de nouvelles péripéties attendent son titulaire. En effet, le 21 février 1852, un décret du prince-président, le futur Napoléon III, règle le mode de délimitation du Domaine public maritime ; alors que ce travail est en cours dans le Bassin d’Arcachon, et l’installation de réservoirs à poissons venant d’être réglementée par un décret du 4 juillet 1853, le comte d’Armaillé demande, à l’Administration, en mars 1854, l’autorisation d’établir des réservoirs à poissons sur ses Prés salés. Le projet d’Armaillé se heurte à l’opposition du ministre de la Marine, qui se prononce même contre tout endiguement.

En 1857, lors de l’érection en commune d’Arcachon, la Pointe de l’Aiguillon délimite les deux communes avec d’un côté les Prés salés Ouest testerins et de l’autre les rives sableuses d’Arcachon.

Le 20 août 1859, suite de l’intervention du Ministère des Travaux Publics, et à la souplesse du ministre des Finances, le préfet, agissant sur ordre, prend un arrêté autorisant le propriétaire des Prés salés à endiguer, les réservoirs à poissons et parcs à huîtres, prévus là, étant conformes aux baillettes de 1550 et de 1780. Cette décision est d’autant plus surprenante que, le 1er juin 1859, l’Impératrice Régente a pris deux décrets fixant les limites de la mer à La Teste[2] : ces actes englobent les Prés salés à l’intérieur du Domaine maritime, à l’exception de la partie endiguée par la route de La Teste à Eyrac ; sur place ces textes n’ont reçu aucune application immédiate.

Après une nouvelle tentative du ministère de la Marine en vue de s’opposer à la mainmise des propriétaires privés sur les terrains, le ministre s’accorde avec son collègue des Finances – par une décision concertée des ministres des Finances et de la Marine, les 31 mai et 16 juin 1865 – pour décider que l’État ne revendiquerait pas les Prés salés.

Dès le 1er août 1865, Madame d’Armaillé, alors veuve, fait signifier, à la commune de La Teste, prise en la personne du maire, Monsieur Bissérié, ses titres à la propriété des Prés salés, son intention d’endiguer, et l’extinction corrélative des droits d’usage[3]. Une commission procède, en 1866, à la reconnaissance des bornes de 1834. Et, en 1868-69, l’endiguement se déroule suivant les conditions prévues par la convention de 1851, notamment en ce qui concerne l’exécution de trois cents mètres de digues – Prés salés Est –  aux frais de l’État.

En 1863, Élisée Reclus, qui fréquente « en voisin » le Bassin d’Arcachon, nous donne sa vision de son évolution qui peut nous sembler aujourd’hui un peu étonnante. Il le voit transformé en gigantesque port de commerce et les Prés salés de La Teste de Buch en docks : « Cependant quelque chose se fera certainement, et ce que le gouvernement n’entreprend pas aujourd’hui, des associations l’accompliront demain. La plage d’Arcachon et toute la rive du sud, qui représentent pour les propriétaires une valeur de plusieurs millions, ne tarderont pas à être protégées contre les érosions du flot par le remblai d’un chemin de fer, et les architectes pourront sans crainte bâtir chalets et villas au bord de la mer et sur les talus affermis des dunes. En fixant les rivages, on aura déjà rendu la direction des courans moins incertaine et facilité la navigation dans le chenal de l’entrée. Grâce au commerce, qui ne peut manquer de s’accroître en même temps que la population riveraine du bassin et la richesse des habitants, d’autres améliorations se réaliseront successivement : les dangers du passage seront balisés d’une manière plus complète, des pilotes iront au-devant des navires pour leur montrer la passe ; des remorqueurs les saisiront à l’entrée et les mèneront jusque dans la rade. La barre d’Arcachon cessera d’être un épouvantail ; les marins étrangers apprendront à la braver comme ils affrontent déjà depuis des siècles la barre bien plus redoutable de l’Adour, et tôt ou tard on verra les Prés salés de La Teste transformés en docks et le grand mouillage de Piquey couvert de bâtiments [4]. »


[4] – « Le Littoral de la France », Élisée Reclus, Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 48, 1863 (p. 460-491). https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Littoral_de_la_France/03

[1] – cf. le dossier de la Mairie de La Teste.

[2] – Bulletin des lois, 1859, p. 451-2, N° 6810-1811.

[3] – Dossier de la Mairie de La Teste.


1872 – Harry Scott Johnston achète la partie déjà endiguée des Prés salés (Est)

En 1872, Monsieur Harry Scott Johnston achète la partie déjà endiguée des Prés salés, située à l’est de la zone. Pour la commune de La Teste, deux positions sont envisageables : soit il est possible de reconnaître les droits des propriétaires tout en réaffirmant les usages des habitants, soit on peut considérer que les Prés salés font partie du Domaine public maritime. Des habitants tentent d’obtenir, du Conseil de Préfecture, le droit d’agir en justice pour revendiquer les Prés salés au nom de la Commune ou, subsidiairement, pour faire déclarer qu’ils doivent être mis en culture et non transformés en réservoir à poissons. Ces tentatives s’avèrent d’abord vaines.


1873 – Contestation de la propriété privée ; défense des droits d’usage

En 1873, trois Testerins, Messieurs Moureau, Mozas, et Cravey, sont autorisés à contester en justice la propriété privée des Prés salés. De son côté, la commune sollicite et obtient l’autorisation d’agir pour la défense de ses droits d’usage, menacés par les réservoirs à poissons et les parcs à huîtres que M. Johnston, nouveau propriétaire, envisage d’installer sur les Prés salés.

Le 12 mai 1875, le Tribunal de Première Instance de Bordeaux rend deux jugements. Dans l’affaire Moureau et consorts, l’État, appelé en cause, déclare que, s’il réserve ses droits, il ne les exercera pas. En conséquence, le Tribunal lui donne acte de ses réserves et, dans ces conditions, déboute les demandeurs. La ville de La Teste n’a pas plus de chance que ses habitants à l’occasion du jugement relatif aux droits d’usage, qui rappelle qu’un éventuel endiguement entraînerait leur disparition. D’autre part, le Tribunal admet que les réservoirs à poissons et les parcs à huîtres satisfont aux conditions de mise en culture prévues par les baillettes de 1550 et 1780.

Par la suite, l’absence de coordination entre la commune et les trois plaideurs testerins aboutit au rejet d’un appel, puis d’un pourvoi, formés par la municipalité, sans que le fond ait été évoqué. Les deux jugements du 12 mai 1875 deviennent donc définitifs. En outre, en mai 1878, les ministres des Finances et de la Marine décident de ne pas modifier les décrets de délimitation de 1859, mais de renoncer en revanche aux réserves dont le Tribunal de Bordeaux a donné acte à l’État.

On a parfois discuté la submersion ancienne des Prés salés, sans doute dans le but, d’ailleurs illusoire, d’éluder l’application de la législation maritime. Cette thèse est soutenue par les propriétaires des terrains lors du procès jugé le 12 mai 1875 par le Tribunal de Première Instance de Bordeaux. De même dans un intéressant mémoire de maîtrise[1], Monsieur Bernard Soulignac soutient que les Prés salés étaient seulement imprégnés par la mer et non recouverts, sous l’Ancien Régime4 et attribue la submersion de ces terrains aux travaux entrepris pour la construction de la route de La Teste à Arcachon.

Cette argumentation se heurte à plusieurs difficultés. Des témoignages anciens d’habitants de La Teste affirment que la marée recouvrait les terrains. La concession de 1780, elle-même, parle de la création de digues, ce qui implique qu’il est nécessaire d’arrêter la mer. Plusieurs textes relatifs aux Prés salés affirment la submersion, y compris lorsqu’ils sont favorables aux propriétaires. Le même enseignement semble se dégager des cartes antérieures à l’édification de la digue nord des Prés salés[2]. Pour se limiter à un seul exemple, un plan de 1838 montre les terrains litigieux avec la mention « Prés salés qui couvrent à toutes les marées »[3]. La submersion périodique des terrains n’empêche d’ailleurs pas, le reste du temps, le pacage des troupeaux ou l’usage de chemins qui passent en ces lieux ; les testerins voulaient déjà créer des digues pour arrêter la mer même si cela pouvait être favorable aux propriétaires.

Autre indice, comme nous l’avons vu, l’arrêté municipal du 15 juillet 1847 qui interdit de se baigner dans les Prés salés ! L’action du flot sur les Prés salés semble donc établie. C’est pour cette raison que, de préférence à la négation du fait de la conquête des terrains sur la mer, les propriétaires eux-mêmes prétendent faire échec aux revendications domaniales en arguant de droits dérogatoires qui leur auraient été concédés.

La question s’est posée de déterminer si la baillette de 1550 est bien applicable aux Prés salés sachant que l’original de la baillette est perdu ; d’autre part, un accord entre un seigneur et des habitants, c’est-à-dire entre particuliers, ne saurait constituer un titre contre l’État. L’usage immémorial, attesté par les procès du XIXe siècle, semble l’impliquer. En outre, au XVIIIe siècle, l’avocat Mesteyreau a écrit : « Les manants et habitants du captalat de Buch ont été vrais paisibles possesseurs pendant plus de cent soixante-quatorze ans de tous les padouens et vacants mentionnés dans la baillette et joui des fruits d’icelles en envoyant journellement pacager leurs troupeaux gros et menus es dits padouens et vacants… de même fait couper du jonc … dans l’étendue des Prés salés vacants de la dite seigneurie. »[4]

La victoire judiciaire des propriétaires est complétée en 1876 par un nouveau bornage, reconnaissant celui de 1834. Par ailleurs, un arrêté du Ministre de la Marine du 7 décembre 1877 autorise Monsieur Johnston à établir des réservoirs à poissons et des claires à huîtres sur sa propriété. Les 5 et 29 septembre 1879, le procès-verbal de bornage est entériné par les ministres des Finances et des Travaux Publics.


[1] – Aménagement agricole et évolution rurale de La Teste dans la première moitié du XIXe siècle, B. Soulignac, maîtrise d’histoire contemporaine, Bordeaux, 1973.

[2] – cf. F. Bouscau, “Recherches sur la cartographie des Prés Salés de La Teste”, BSHAA. N° 36 (2e trimestre 1983), p. 94-100.

[3] – Carte établie par les Ponts et Chaussées de la Gironde en 1838, Arch. Nat. F 14 -10270-2 La Teste 1

[4] – Texte cité lors de la conférence extraordinaire du conseil municipal de la Teste du 16 avril 1868.

1877 – Son frère, Nathaniel Johnston, acquiert la partie ouest, toujours submergée

Par voie d’adjudication en 1877, Monsieur Nathaniel Johnston acquiert la partie ouest, toujours submergée ; il pense faire une bonne affaire, le ministre de la Marine l’ayant autorisé à y installer des réservoirs à poissons et claires à huîtres. Mais, nonobstant leur entregent, ni lui, ni ses successeurs, n’arriveront à obtenir l’autorisation d’endiguement, malgré quatre tentatives échelonnées de 1877 à 1910, contrairement à ce qui s’est passé dans les Prés salés Est. Il ne peut les endiguer en raison d’une clause datant du 1er mai 1851 (l’endiguement sera cependant réalisé au cours des années 1930-1935… sans autorisation !)

Désormais les deux propriétés Est et Ouest vont connaître une existence séparée : les Prés salés Est sont convertis en réservoirs à poissons, à l’exception d’une faible partie, jouxtant la digue du port, dont Monsieur Johnston cédera les parcelles à divers acquéreurs qui y créent un quartier connu sous le nom de « Complexe ostréicole de La Teste ».

Quant aux Prés salés Ouest, le grand souci des propriétaires sera de s’affranchir de la servitude de non-endiguement, servitude qui a pour origine la nécessité d’éviter l’envasement du port. Mais, malgré des offres répétées (1877,1879, 1882, 1910 …) les propriétaires ne réussissent pas à obtenir l’abolition de cette servitude ; l’éventualité de son abandon apparait-elle liée à la création d’un bassin de chasse et au dévasement du chenal du port ?



1910 – Digue Johnston

On appelle polders, des digues servant de routes, et construites en Hollande pour la protection des plaines immergées. Sous ce titre, il y a une vingtaine d’années, LAvenir d’Arcachon demandait à la Ville d’entrer en pourparlers avec M. Johnston pour faire une digue ralliant ses terrains, sis à La Teste, avec la pointe de l’Aiguillon.

C’est donc avec une joie très vive que nous voyons cette question reprise dans la dernière séance du Conseil municipal de La Teste : « M. Johnston offre de construire à ses frais une digue partant de l’extrémité est du port de La Teste pour accéder vers l’extrémité ouest de la presqu’île du Lapin-Blanc (pour l’orientation, ce serait peut-être vice-versa !), et suivre en ligne droite, jusqu’au carrefour de l’avenue St-Elme, la route d’Arcachon.

Cette digue permettra donc de mettre en valeur de prés salés les terrains immergés à l’ouest du port de La Teste.

Le prix de construction de la digue est évalué par les Ponts et Chaussées à 75 000 francs. Sa longueur sera d’environ 900 mètres. La route sur digue aura une largeur de 15 mètres. Voilà de la bonne décentralisation, due à l’initiative privée, qui nous repose des étroitesses de M. Veyrier-Montagnères, comme l’étranglement de sa route de Moulleau. »

Ce projet de digue est lié à la réfection du port de La Teste.

Le projet mis à l’étude comporte le détournement des eaux du ruisseau de Craste Douce, pour être déversées dans la darse, où ils constitueront une écluse de chasse destinée à assurer le nettoiement quotidien du port, s’élevant, suivant le service des Ponts et Chaussées, à 45 000 fr, l’entière quotité de ce travail restant à la charge de la commune.

On ne peut que féliciter M. Dignac maire de La Teste, et M. Johnston, propriétaire sur les deux communes, d’entreprendre ce travail de grande voirie intercommunale, qui est appelé à faciliter les communications d’Arcachon avec La Teste, et à inaugurer cet esprit d’expansion que nous prêchons depuis si longues années du côté est d’Arcachon touchant à La Teste, et du côté ouest vers le littoral de Gascogne.

Il est grand temps que nos compatriotes, secouant les idées arriérées de cervelles provinciales et étroites, s’habituent à considérer que l’avenir d’Arcachon comme sa richesse future dépendront de son éclectisme et de la tendance à s’agrandir en facilitant ses rapports et ses voies de communication avec toutes les villes, toutes les stations qui de près ou de loin l’avoisinent.

Après la Grande guerre, l’industriel François Thévenot se dessaisit de ces prés au profit de la SCI des Prés salés.

1930 – Endiguement – illicite – des Prés salés Ouest

Entre 1930 et 1935, forts des précédents à l’est, les propriétaires réalisent l’endiguement des Prés salés Ouest, l’administration des Ponts et Chaussées maritimes fermant les yeux (elle semble avoir autorisé tacitement cet endiguement, qu’elle … n’empêche pas !), on se demande bien pourquoi, tandis que la municipalité testerine, soucieuse de la défense de son port, proteste haut et fort.


Dans son édition du 2 janvier 1932, le Journal d’Arcachon publie l’éloge funèbre de « feu l’architecte Arnaudin » rédigé par Guy de Pierrefeux. Celui-ci parcourant l’œuvre de son « ami », rappelle l’effondrement d’une villa des Abatilles et ajoute en guise de péroraison : « Avant de mourir il eut la douleur de constater un autre effondrement des travaux entrepris par lui. La digue qui devait joindre le port de La Teste à l’Aiguillon pour assécher les terrains qui bordent la route d’Arcachon à la capitale du Pays de Buch, vient d’être presque détruite par suite d’une erreur de nivellement. Cet accident qui va faire le malheur des actionnaires fera le bonheur des touristes qui aimaient à voir, à marée haute, le Bassin couvert à cet endroit de goélands et de mouettes ».

Le 17 janvier 1932, L’Avenir d’Arcachon, avec la plume de son rédacteur en chef, le toujours caustique Albert Chiché, tout en révélant que Ramon Bon – l’ancien maire d’Arcachon – vient d’être « nommé président du conseil d’administration de la société qui va essayer de relever les ruines de la jetée de La Teste à l’Aiguillon », prend fait et cause pour les « vingt-cinq mille mouettes » ! Et ce n’est pas paroles en l’air. Chiché prend un malin plaisir à suivre l’évolution du chantier. En juin, il décide d’aller revoir « son » Lapin Blanc ! Il le trouve tout abîmé, méconnaissable, pollué par « toutes sortes d’ordures et même des chiens crevés », au point qu’il accepte d’un riverain secourable « une fleur odorante afin de la mettre sous son nez pour longer le dépôt d’ordures et voir la digue ». Il découvre alors que « plusieurs ouvriers y travaillent » pour qu’enfin soient arrêtés les flots du Bassin et que soit desséchée « la nappe d’eau qui s’étale jusqu’à la route ».

Début juillet, cet autre ami des mouettes, de nouveau sur le site, se félicite que la digue, semble-t-il (partiellement) réparée, n’ait produit « fort heureusement »… « aucun résultat » !

Un an plus tard, en juin 1933, dans son hebdomadaire, il offre une colonne pour que l’énigmatique Jean de Boy puisse dialoguer avec un tout aussi énigmatique Bélisaire :

– Bénissons la société audacieuse et philanthropique qui n’a pas hésité à construire, sur la vase, une digue, peut-être inutile. Elle veut réunir définitivement Arcachon à La Teste par un Zuiderzee pacifique. C’est une œuvre sociale. On aménagera dans ces prés un terrain d’atterrissage.

– Trop humide.

– Un lotissement ?

– Trop vaseux.

– Un hippodrome ?

– Trop cher.

– Un réservoir à poissons ?

– Trop grand.

– Un hôpital ?

– Chut !

En octobre 1933, la digue est définitivement consolidée. Les cafés de commerce arcachonnais et testerin bruissent alors de rumeurs : « Va-t-on reprendre le projet d’aérogare ébauché par feu M. Arnaudin ? »

En février-mars 1934, « la digue achevée après de coûteux travaux [en partie subventionnés], réunissait enfin la pointe de la presqu’île du Lapin Blanc à l’embouchure du chenal conduisant les bateaux au port de La Teste ». Avec son kilomètre de longueur, elle raccourcit considérablement le trajet La Teste-Arcachon ; encore faut-il que son franchissement soit autorisé. Cette autorisation ne est-elle donnée qu’en 1935 (date régulièrement donnée par erreur pour la construction de la digue) ?

Le feu vert obtenu, la population locale, notamment ouvrière, hommes et femmes, Testerins et Arcachonnais mêlés, empruntent ce raccourci dans un aller-retour à pied ou à vélo, qui pour son travail, qui pour rendre visite à la famille. Pendant l’Occupation, nombreux sont les habitants de l’Aiguillon qui descendent à la gare de La Teste et rejoignent leur domicile par cette « corde d’un grand arc », nous dit encore Albert Chiché. Mais la corde se rompit le 21 septembre 1942. Pourquoi ? Comment ? Plus d’un demi-siècle plus tard, l’imagination collective n’arrête pas de déborder : sabotage par les Allemands, tempête, raz-de-marée… et même dommage collatéral d’une partie de pêche ! Quoi qu’il en soit, la brèche colmatée n’a pas empêché jusqu’à nos jours une vague de conflits et le flux sans cesse renouvelé des discours contradictoires[1].


[1] – Michel Boyé. http://www.horizon-21.fr/patrimoine/1146-en-revenant-de-la-digue-la-digue/


1944 – le 2 septembre, la digue, qui ferme le site Ouest, s’écroule !

La situation des Prés salés parait simple au milieu du XXe siècle : alors que l’ensemble est considéré comme propriété privée, seuls la partie et le complexe ostréicole sont hors d’eau.

C’est cependant à propos des Prés salés Est que naissent de nouvelles contestations relatives au statut juridique de la zone, lorsque le Bassin, à l’occasion d’une catastrophe naturelle envahit les terrains endigués : voilà que le 2 septembre 1944, la digue en béton qui ferme le site Ouest s’écroule ! Il doit y avoir un bon dieu pour les Testerins puisque cette digue, on le sait, a été construite en toute illégalité. Cet écroulement, on va vous le raconter, va changer bien des choses. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là.


1951 – Séparation, éventuelle, de la partie testerine, les « Pirelons »

Pour la petite histoire, il faut attendre le 26 février 1951 pour envisager un changement de la séparation de la partie testerine que l’on surnomme les « Pirelons », les habitants voulant un rattachement à Arcachon. Un arrêté préfectoral propose une enquête de « commodo et incommodo » aux résidents testerins, le résultat fut « NON ». Ainsi l’Aiguillon, mi-arcachonnais/mi-testerin qui n’était jusqu’en 1857 qu’un seul quartier, restera encore et sûrement à jamais, coupé en deux.

Le 16 février 1957, la grande brèche se creuse à nouveau

L’affaire de la digue devient d’autant plus explosive que, le 16 février 1957, la grande brèche récemment réparée, et sans doute fort mal, se creuse à nouveau devant une troisième tempête. C’est la panique un peu partout sous beaucoup de crânes car voilà des Prés salés Est à nouveau sous l’eau, donc revenus ainsi en plein dans le domaine public maritime. L’État, pour sauver une situation qui le met dans l’embarras, obtient qu’un tribunal ne puisse pas dire qui est propriétaire d’un bien ! Ce que n’accepte pas l’un des petits propriétaires particulièrement entêté et qui va jusqu’au Conseil d’État. Il parvient à savourer cette décision datant de 1967 : le syndicat des propriétaires n’est pas légal. Ce qui signifie que tout ce qui a été décidé après 1859 est nul et non advenu. Pourquoi 1859 ?

Les requérants critiquent la régularité de la constitution de l’association syndicale en prétendant que les Prés salés Est, qui y sont inclus, dépendent en réalité du Domaine public maritime. Soulever cette question revient à risquer de remettre en cause le statut de toute la zone des Prés salés. L’Administration, soucieuse de désamorcer la bombe, rappelle que le Tribunal Administratif est incompétent pour juger d’une question de propriété (en raison de la technicité des affaires, il y a en France deux ordres de juridiction, entre lesquelles sont réparties les matières à juger. Alors que les questions de domanialité dépendent de la compétence des juridictions administratives, les questions de propriété relèvent de celle des tribunaux judiciaires) et précise que l’État n’entend pas contester la situation des détenteurs des terrains. Le 10 avril 1962, le Tribunal rejette les recours et admet la légalité de l’association syndicale litigieuse.

Le Tribunal, qui a de la mémoire, se souvient alors que, seul, reste valable un décret impérial qui intègre alors tous les Prés salés testerins dans le domaine public. Chose extraordinaire : tout le monde semble l’avoir oublié. Peut-être parce qu’il est signé de l’Impératrice, alors Régente ? Tout de même, où va se nicher le machisme ! Aussitôt, l’administration, qui a vite compris la situation ainsi créée par le jugement, fait savoir aux propriétaires des Prés salés Ouest qu’ils peuvent remballer leurs droits sur ces terrains.

Cependant l’un des requérants fait appel au Conseil d’État, qui, le 3 octobre 1967, rend un arrêt annulant le jugement du Tribunal Administratif de Bordeaux (CE., 13 octobre 1967, sieur Cazeaux, Recueil Lebon, 1967). Cet arrêt se fonde sur la délimitation de 1859 et considère comme dénués de valeur tous les actes subséquents (bornages, décisions ministérielles ou préfectorales…) en contradiction avec les dits écrits. On mentionne aussi le fait que les notaires aient pendant un certain temps refusé de prêter leur concours à la réalisation d’actes de vente d’immeubles du complexe ostréicole.

 Les conséquences de l’arrêt sont redoutables. Même si les Prés salés Est, d’ailleurs les plus vastes, paraissent seuls concernés au premier abord, la similitude des titres de propriété implique que toute la zone est intéressée par la décision du Conseil d’État. D’ailleurs, l’Administration s’aligne immédiatement sur la position de cette haute juridiction et fait savoir, dès 1968, au propriétaire des Prés salés Ouest qu’elle considère que son terrain est domanial. Des contraventions de grande voirie sont dressées, concernant tant les Prés salés Ouest que les Prés salés Est, notamment lorsque l’Administration effectue une nouvelle délimitation en 1968 : les services maritimes font savoir que lors de l’étiage du 16 mars 1968, la marée sera propice à la délimitation des terrains revenant à l’Etat !

Voulant réparer la digue en toute hâte, les contestataires mobilisent une véritable bataille de bulldozers, de grues et de pelles mécaniques qui, en cinq jours et cinq nuits, réussissent à déplacer 20 000 m3 de terre et de matériaux divers pour colmater la brèche au grand dam des services de police ayant intimé l’ordre de cesser les travaux, les lieux devant rester tels qu’ils étaient avant ces premiers travaux.

De ce fait, à 6 heures du matin du 16 mars 1968, les 200 militaires, des soldats de Cazaux et des marins d’Hourtin prévus pour le piquetage ne purent rien faire car, ce jour-là, l’eau de mer n’est pas rentrée dans les Prés salés Ouest.

Devant cette situation, le Docteur Ichard, Maire de La Teste de Buch, le gendarme maritime Monsieur Salabert et le commissaire de police d’Arcachon, Monsieur Laurent, ainsi que d’autres officiels ne purent que constater que le travail de bornage n’a pas pu s’effectuer mais donnent ordre aux géomètres présents de poser des bornes en mesurant l’étiage le long de la digue.

Le Conseil d’État eut de nouveau à se prononcer sur la domanialité des Prés salés à la demande de la Société Civile du Domaine de Suroit, propriétaire de la partie Est, qui a fait opposition à l’arrêt de 1967 et appel de décisions du Tribunal Administratif de Bordeaux concernant des contraventions de grande voirie relatives aux terrains litigieux.

Le Conseil rend ses arrêts le 10 juillet 1970. Ayant estimé non probants les documents produits par la Société (Lettres patentes de 1462, baillette de 1550, reconnaissance de droits par l’Administration du XIXe siècle), il rejette les requêtes et fait de nouveau triompher la domanialité (CE., 10 juillet 1970, Société civile du Domaine de Suroit, Recueil Lebon, 1970).

La procédure se déroule d’une manière un peu différente en ce qui concerne les Prés salés Ouest, dont les consorts « Couach » se déclarent propriétaires depuis le non bornage du 16 mars 1968.

Marie Thérèse Eyquem a la fibre politique. Sa pugnacité et son audace sont remarquées par le docteur Ichard, qui élu Maire en mars 1959, en a fait son adjointe. En tant qu’adjointe au Maire, elle se penche sur le problème des Prés salés, plus particulièrement sur les Prés salés Ouest ; c’est d’ailleurs parce qu’elle conteste publiquement la transaction foncière sur le site à l’entreprise Couach, jugeant le prix de cession bien en deçà de sa valeur réelle, qu’elle sera mise à l’écart de la direction municipale.

À la suite de procès-verbaux de grande voirie concernant les terrains des Prés salés Ouest, alors propriété de la famille Couach, le Tribunal Administratif de Bordeaux est saisi. Le propriétaire ayant allégué que son droit est fondé sur des titres antérieurs à 1566, à commencer par le testament du captal Jean de Grailly, confirmé en 1383 par le roi d’Angleterre et qui fait des Prés salés Ouest une propriété privée, le Tribunal, par jugement du 7 février 1969, ordonne un sursis à statuer afin de permettre à l’intéressé de faire déterminer les dits droits par la juridiction judiciaire. Cette décision se situe avant les arrêts « Société civile du Domaine de Suroit (1970) ». Par la suite, dans une hypothèse voisine concernant les Prés salés Ouest, le Tribunal Administratif de Bordeaux interprète lui-même immédiatement les lettres patentes et condamne les propriétaires privés (jugement du 8 décembre 1972, Société Marine Côte d’Argent, confirmé par le Conseil d’État le 8 octobre 1975).

Le 26 novembre 1970, la section des Travaux Publics du Conseil d’État refuse d’homologuer cette délimitation qui avalisait des mises hors d’eau de terrains effectuées depuis 1859 sans titres réguliers.

Concernant les Prés salés Ouest, la cour constate qu’il ne résulte pas de l’instruction que les parcelles n’étaient pas recouvertes par la mer et, ce qui complique encore la situation, c’est qu’une digue a été construite entre 1930 et 1935 à la limite Est des Prés salés Ouest, en bordure du chenal du port de La Teste de Buch. Ces parcelles ont donc été mises hors d’eau à la suite de travaux non autorisés dans les formes prévues par les concessions à charge d’endigage et les modifications de fait du rivage n’ont pu avoir pour effet de les faire sortir du Domaine Public Maritime, ce qui confirme d’après la cour, que la dite digue a été construite dans la totale illégalité.

En effet, l’État voulant reprendre le domaine qui lui appartient car toujours en litige concernant 85 des 175 hectares des Prés salés, soit les étendues qui sont baignées par le flot au moment de l’étale des plus hautes eaux lors des marées d’équinoxe, plusieurs usagers, dont les consorts « Couach » au sein de la société du Suroit, contesteront la revendication de ce polder situé au Nord de la grande digue et qui se trouve enclavé derrière une autre digue construite pour faire reculer la mer vouée à la pêche et à la chasse.

Monsieur Couach, auquel se sont joints ses fils et la société Couach, sont déboutés par le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux le 28 mars 1975 ; ils font appel. La Cour de Bordeaux vient à leur secours pour le motif qu’on ne peut, en matière de propriété, se baser sur des présomptions ou des indices ; la Cour se montre moins restrictive que le Tribunal en ce qui concerne la preuve, en rappelant qu’en matière de propriété, il est possible, en dehors des titres, de se fonder sur des présomptions ou indices. Elle décide que constituent de tels indices le testament du captal Jean de Grailly, confirmé en 1383 par le roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, les lettres patentes de 1462 confirmées en 1477 et la baillette de 1550. Selon la Cour, l’usage des droits confirment l’extension qu’on leur a donnée. De plus, la propriété privée des Prés salés a été reconnue plusieurs fois au XIXe siècle, notamment lorsque l’État avait exproprié des parcelles. Au terme de son analyse, la Cour considère que les consorts Couach sont propriétaires des terrains litigieux. Selon la Cour de Bordeaux : « Les énonciations très complètes des lettres patentes de mai 1462 ne permettent pas d’exclure aucun droit constitutif du droit de propriété ni aucune portion de terrain, et donc les Prés salés qui faisaient partie du captalat de Buch ». Cette interprétation prend le contrepied de celle du Conseil d’État qui a estimé, dans les arrêts « Société civile du Domaine du Suroit » que « aucune des dispositions des lettres patentes ne constate l’existence, au profit du captal de Buch, de droits de propriété antérieurs sur le rivage de la mer ; que les lettres patentes ne concèdent en outre à Jehan de Foix aucun droit nouveau qui aurait relevé du Domaine de la Couronne et que le Roi aurait eu seul qualité pour concéder…».

Un pourvoi contre l’arrêt est rejeté par la Cour de Cassation, le 19 février 1980. L’Administration n’a pas plus de succès auprès du Tribunal des Conflits, qui rejette lui aussi son recours le 6 juillet 1981.

Il n’est pas encore possible de dire avec certitude quel sera l’avenir des Prés salés.

La solution, soumise aux vicissitudes de la justice et de l’action administrative, risque d’attendre encore plusieurs années avant de se dégager… En autorisant en 1972 la création d’un nouveau complexe ostréicole sur les Prés salés Est (créé en 1976/1977), les pouvoirs publics semblent avoir montré leur détermination à considérer l’incorporation des terrains au Domaine public comme définitive. Mais, en faisant appel des décisions récentes du Tribunal Administratif de Bordeaux, les consorts Couach paraissent eux aussi avoir opté pour aller jusqu’au bout. Il ne semble pas impossible, dans l’hypothèse où le Conseil d’État retiendrait de nouveau la domanialité des terrains, malgré l’arrêt de la Cour de Bordeaux de 1978, que l’affaire retourne devant le Tribunal des Conflits en vertu de la loi du 20 avril 1932 et y trouve son épilogue contentieux …

En s’appuyant sur une des bases du droit français, à savoir l’inaliénation du Domaine Public, la cour a statué en s’appuyant sur les dispositions des décrets des 28 novembre et 2 décembre 1970 précisant : « Ces décrets ne prévoient pas que l’acquisition par la voie de prescription de droits réel sur le domaine national que des biens dont le décret du corps législatif sanctionné par le roi avait préalablement autorisé l’aliénation ». Ce qui veut dire comme ne l’a pas précisé et indiqué l’édit de Moulins que les terrains royaux ne peuvent pas être aliénés, ils devront donc toujours rester dans le domaine public.

S’ensuivit de nombreux et longs procès, il a fallu attendre l’année 1994 pour voir la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux rejeter définitivement la requête de la famille « Couach » sur la propriété de ces terrains en arguant que les Prés salés Ouest, bien qu’en partie endiguée ne furent jamais de véritables Prés salés, constituant seulement un paysage typique des rives du Bassin présent dans l’histoire Testerine depuis 1368.

Bien sûr, l’appétit des promoteurs était évident, principalement de la S.A.R.L. Couach laquelle est allé jusqu’au bout de ses possibilités en faisant appel à de nombreuses reprises, allant de nouveau en cour d’État ou en cour Européenne, etc.

Les Prés salés Ouest ne figurant pas sur la liste royale autorisant leur cession, la Cour a statué en indiquant que les requérants, les consorts « Couach », n’ont donc pu acquérir ces terrains par prescription du décret précité.

Depuis lors, les juridictions administratives semblent cependant être restées sur leurs positions. Le 7 janvier 1982, le Tribunal Administratif de Bordeaux rend trois jugements relatifs aux Prés salés Ouest. Deux d’entre eux statuent sur des contraventions de voirie et le troisième concerne l’affaire qui a occasionné la décision de sursis à statuer du 7 février 1969. Seul ce dernier, en raison de la position adoptée par la Cour de Bordeaux, est favorable aux propriétaires privés. Dans les deux autres instances, le Tribunal proclame de nouveau la domanialité des Prés salés Ouest. Les trois jugements ont été frappés d’appel par les perdants respectifs. Le 26 mars 1982, soit postérieurement à la décision du Tribunal des Conflits, le Conseil d’État affirme de nouveau la domanialité des Prés salés Ouest dans une instance relative à un refus de permis de construire (arrêt S.A. Marine Côte d’Argent et note Rezenthel, Recueil Dalloz – Sirey, 1983, jurisprudence p. 139 et suiv.)

La situation du complexe ostréicole de La Teste, où vivent de nombreux petits propriétaires, reste en suspens. Après l’échec de la nouvelle délimitation envisagée en 1968, la Mairie de La Teste a voulu régulariser la situation en obtenant une concession d’endigage. Cette formule est en principe la seule qui permette, depuis 1807, de faire sortir un terrain du Domaine public maritime. Mais, en dehors de l’hostilité de certains intéressés qui ne comprennent pourquoi il faudrait demander à l’État l’endiguement de terrains que lui-même a contribué à mettre hors d’eau en participant à l’érection des digues au XIXe siècle, il semble que l’Administration ne soit pas pressée de procéder à cette régularisation. De même que le Domaine, une fois son inaliénabilité proclamée, ne peut plus subir d’atteintes, même du fait de la volonté du Roi, sous l’Ancien Régime, de même actuellement les pouvoirs publics paraissent soucieux, au moyen d’une réglementation de plus en plus restrictive, de s’interdire à eux-mêmes, toute aliénation d’une parcelle de rivage. En revanche, sur le port, les aliénations de biens immobiliers entre particuliers semblent de nouveau tolérées par l’Administration.

Eh, bonjour, promeneur de l’été ! Tu marches, tranquille, dans ces Prés salés Ouest. Tu devrais pourtant savoir que des événements d’une certaine ampleur y éclatent encore en avril 1994, lorsque la municipalité Espied de l’époque lance un référendum sur l’aménagement de l’ouest de la commune, celui qui englobe ces Prés salés et les lieux dits « Lapin blanc » et « Pointe de l’Aiguillon ». L’Association pour Faire Vivre l’Anse Testerine AFVAT (dissoute en 2014), bientôt forte de 1200 adhérents et qui s’est beaucoup démenée durant la campagne électorale sous l’impulsion débonnaire mais efficace de son président, Claude Badet, exulte : « L’État devra prendre en considération la nouvelle demande de concession de cette zone maritime que déposera la commune. » 

De quoi donc s’agit-il ?

Entre 1985 et 2001, projets concernant l’Aménagement des Prés salés Est et Ouest comprenant, entre autre, un port en eau profonde

Les décisions de justice étant irrévocables, aussitôt, sortent des cartons des projets de port en eau profonde, de marina, d’île des loisirs, de mise en souterrain de la voie de chemin de fer, de résidences les plus diverses, etc.

Deux architectes testerins, M. Niéto, d’abord puis, quelques années après lui, M. Dubrous, dessinent des projets.

Il y a aussi celui, étonnant ou farfelu, de Michel Joseph, spécialiste des travaux publics qui imagine que le port de La Teste retrouve sa place primitive, à l’ouest de l’église ; si l’on veut y faire des travaux, il faudra attendre très, très, longtemps… les résultats de méticuleuses fouilles archéologiques !

Tout aussitôt naît, à la pointe ouest de la zone, à l’Aiguillon, sous l’impulsion du professeur Gérard Marty, la « Commune libre du Lapin blanc », dont la devise est « Non au béton et au goudron, la nature à profusion ».

Pendant six ans les nombreux opposants au projet de ZAC (écologistes, partis de gauche, associations de défense de l’environnement) ferraillent avec la mairie testerine et le conflit prend d’autant plus d’ampleur qu’une autre association, conduite par M. Badet, multiplie les initiatives favorables aux projets municipaux sous le vocable AFVAT (Association pour faire vivre l’anse testerine).

AUPORT et dix autres associations souhaitent qu’un port à sec puisse exister dans cette zone, mais elles exigent qu’elle reste le cœur d’un écomusée, seule façon, ajoutent quelques ostréiculteurs, « de la geler, afin que soit garantie la salubrité des installations ostréicoles voisines. »

L’association des Amis du Lapin-Blanc se dresse devant l’AFVAT et la mairie testerine. Son président, Gérard Marty, professeur d’université et journaliste qui en a vu d’autres, proteste avec véhémence : « Mais, ces Prés salés, c’est un espace humide dont l’importance est primordiale dans l’équilibre écologique du secteur, d’ailleurs classé en zone indispensable à la protection de la flore et de la faune. De plus, une étude de l’IFREMER condamne tout port à l’est d’une ligne sud-Arcachon/Piquey. Sans doute, faut-il le nettoyer ce Lapin-Blanc, remettre partiellement en eau les Prés salés pour en faire un lieu de tourisme vert, riche et moderne, mais nous voulons que s’y applique notre principe : ni béton, ni goudron mais nature à profusion. »

Les opposants (écologistes, partis de gauche, associations de défenseurs du patrimoine etc.) craignant surtout qu’un projet de « Marina » voit le jour, s’opposent farouchement à cette consultation. De leur côté, René Serrano et le Conseil général s’activent. Dans une lettre à la ministre de l’Environnement, Mme Voynet, ils soulignent que « La baie des Prés salés a une cohérence morphologique et paysagère, un site disponible au cœur d’une périphérie urbaine qui doit offrir un espace maritime diversifié ouvert à tous, alors qu’il est menacé par un acharnement clientélisme et démagogique mené par la commune testerine ».

Le référendum triomphe : 35 % des Testerins votent, dont 80 % veulent cet aménagement, portuaire et immobilier notamment ; pourtant, avec un tel pourcentage d’avis favorables, la défaite électorale du Dr Espied met fin à un débat particulièrement passionné, et le projet ne verra pas le jour !


2001 Une autre histoire commence : laisser fleurir la nature maritime

Le nouveau maire de La Teste, le docteur Jean-François Acot-Mirande, qui souhaite la sortie tant attendue du SMVM demande « que l’on mette dans ce document des clauses spécifiques pour les Prés salés où, en raison de la fragilité du site, l’on ne peut faire n’importe quoi ». 

Ainsi, une autre histoire commence.

La précédente aura été exemplaire d’une évolution qui, en la fin du XXe siècle, a opposé les conceptions de deux formes de tourisme, celle qui, bétonnage et goudronnage à l’appui, fait florès depuis 1950, sans doute inspirée par des gens de bonne foi, et celle qui veut laisser fleurir la nature maritime et mettre la richesse humaine au centre des aménagements des rivages.

Mais l’essentiel de cette longue lutte est dit lorsque le professeur Gérard Marty déclare à ses amis du Lapin-Blanc : « Il ne faut pas faire fi du vaste mouvement d’opposition qui se dessine contre une mondialisation basée sur le profit immédiat et sur le sacrifice de l’avenir. »

Les « Amis du Lapin-Blanc » rappellent qu’en 1993, déjà, le ministre Michel Barnier avait déclaré qu’il ne fallait pas un seul port supplémentaire sur le Bassin. Et le président Marty de porter le sujet sur le plan politique : « Ne pas écouter les associations écologistes, n’est-ce pas vouloir déstabiliser la Gauche plurielle dans le Sud-Bassin ? » On ne saurait mieux définir l’enjeu réel de cette nouvelle bagarre en Buch. Elle se trouve exacerbée avec le projet du Schéma de Mise en Valeur de la Mer SMVM qui prévoit, avec euphémisme, « un mouillage à flot » de quatre cents places au Lapin-Blanc. Si bien qu’en cette fin de XXe siècle, le débat prend une tournure plus aiguë du fait que les élections communales approchent et que la mairie lance une Zone d’aménagement concerté ZAC pour tout l’espace des Prés salés.

L’AFVAT, qui a élu un nouveau président, Alain Donval, mène le train et s’attaque au Conseil général et à son représentant socialiste, René Serrano « qui fait échouer tous les projets municipaux mais n’hésite pas à installer un port de plaisance dans le port ostréicole. » Le docteur Espied le rappelle alors, soulevant définitivement le voile sur l’enjeu de l’opération : « Un port de quatre cents places ne serait pas assez rentable pour le promoteur privé qui devrait assurer sa construction, l’aménagement du site et celui du bâti en front de Bassin ».

Bref : le projet de port devient très électoral d’autant plus que le maire, orateur habile, fait rêver les Testerins en leur promettant dans les six ans à venir « une façade maritime nord de haute qualité qui serait un lieu de vie animée, presqu’en centre ville.» Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…

 Ce à quoi AUPORT, son président Christian Raba en tête, répond aussitôt : « En aucun cas, nous ne laisserons mettre en danger la salubrité de la zone de réserve d’eau salée et d’activité ostréicole. »

Mais voilà que, le 4 septembre 2000, le préfet de la Gironde transmet l’avis favorable du ministère des Transports pour l’application du SMVM. Le manque de précisions sur la vocation des Prés salés Ouest ou encore les problèmes posés par le dragage d’un port au Lapin-Blanc figurent toutefois parmi des points à régler, souligne le préfet. Ces habiles équivoques administratives, cependant, ne rassurent pas du tout AUPORT et ses alliés. 

Dès le mois de janvier 2001, année électorale communale, le docteur Espied lance l’attaque et, arguant de la lettre du préfet, déclare, péremptoire : « Un port d’échouage et un port à sec se feront au Lapin-Blanc et le site des Prés salés sera aménagé avec plage et promenade ». Le verdict des urnes en décide autrement !

En juin 2001, lorsque paraît un nouveau projet de SMVM, surprise ! Sa légende signale qu’un port pourrait se creuser en plein milieu des vasières des Prés salés. Preuve que la longue lutte pour la défense du domaine public maritime n’est pas finie.

Dans le cadre d’un projet européen baptisé Terra, le Conseil général, lui aussi demandeur de la concession, propose un port à sec ; par contre, la mairie testerine et sa courroie de transmission, l’AFVAT, veulent, en particulier, un port dit « écologique » en eau profonde pour y amarrer environ mille bateaux, avec tout ce qui peut se construire autour. Les progrès de l’imagerie informatique permettent d’exhiber à des publics subjugués le tout nouveau paysage qui conserverait cependant ses traditionnelles cabanes rénovées !

Dans des Prés salés remis entièrement en eau, on creusera des bassins de rétention, isolés par un rideau d’arbres, afin de recueillir les eaux de ruissellement qui, apportées par la “Craste douce”, arrivent ici en quantité. Une vaste chasse d’eau salubre nettoiera le port et sera bordée d’une plage. Au centre des Prés salés, grâce aux 430 000 m3 de sable venus du creusement du port, se dressera une île des loisirs où pourraient s’installer un musée et un aquarium, tandis qu’à l’est, longeant le port, s’étendra une zone d’animations. Des pistes cyclables, des zones piétonnières, la route nationale portée à quatre voies et plusieurs giratoires desserviront un ensemble qui sera bordé de bâtiments à usage d’habitations, élevés sur des terrains privés situés au sud-ouest et pour beaucoup en friche. Le tout financé par des fonds privés, souligne l’AFVAT, pour qui « tout cet équipement donnera à la ville une image digne du XXIe siècle. »

Claudia Courtois écrit, dans Le Monde du 19 novembre 2005 que les marais de l’ouest, classés site majeur d’Aquitaine, sont en cours d’aménagement pour une ouverture en 2007.

La présence des digues empêche désormais l’eau salée de recouvrir les graminées comme la spartine, la salicorne ou les joncs. Le vent et l’iode venus du large chatouillent les plumes des petits limicoles, nombreux en hiver : pluviers, aigrettes garzettes, bécasseaux…. Ils chahutent aussi les buissons de saule et les cotonniers, en fleurs depuis la mi-octobre.

Près de la digue sableuse, les immortelles des dunes au parfum de safran côtoient les roselières en fleur. Ces dernières laissent des touches carmin au milieu des couleurs subtiles de l’hiver, des verts, jaunes, gris et bruns bleutés. S’ils savent se montrer patients et silencieux, les plus chanceux pourront peut-être apercevoir la cistude ou le vison d’Europe, deux espèces rares et protégées.


2007 – Les Prés salés Ouest sont définitivement classés au D.P.M.

En 2007, après plus de 30 années de longues batailles juridiques et d’innombrables procès, les Prés salés Ouest sont définitivement classés au D.P.M., et donnés en gestion par l’État à la commune de La Teste-de-Buch par le biais d’une convention, ce qui permet la mise en œuvre d’un projet de protection écologique et de mise en valeur afin de redonner sa vocation première avec une valorisation environnementale, ludique et paysagère permettant l’ouverture au public.

Suite à cette convention, les divers maires qui se succèdent à la tête de la commune de La Teste de Buch entre 2001 et 2020, Jean François Acot Mirande et Jean Jacques Eroles envisagent pour ouvrir la ville vers l’ouest, certains projets au sein d’une Z.A.C. dans un secteur allant du quartier du « Piou » au carrefour « Bondon », prévoyant même certains aménagements dans le DPM tout proche.

Ce projet de Z.A.C., malgré quelques acquisitions de propriétés entre la voie ferrée et l’avenue du Général Leclerc, n’a pas avancé mais le dossier est évoqué par le Maire actuel, Patrick Davet, sous la forme d’une façade maritime.

Endigués depuis 1970, les Prés salés Ouest sont privés d’eau de mer pendant prés de 40 ans et, en s’appauvrissant, prennent un tout autre aspect que celui qui était initialement le sien. Ils sont envahis par une végétation hétéroclite menaçant la biodiversité. La prolifération d’essences d’arbres comme le faux-acacias, le yucca, le mimosa, chêne rouge, le robinier et des plantes certaines exotiques comme le baccharis hamilifolia appelé également « faux cotonnier » ou comme l’envahissante jussie introduite par l’homme au XIXe siècle colonisent, au détriment de la flore originelle, les Prés salés Ouest devenus, pour quelques hectares, une étendue humide et marécageuse.

2009 – La goutte d’eau qui fait déborder les vases !

Les propos du sous-préfet Ramon, en 2008, sont sans équivoque : « Il n’y aura pas d’autres infrastructures que celles prévues par le SMVM, plus de port en eau profonde et plus de nouveaux bateaux sur le Bassin ».

En 2009, sous le mandat de Philippe Madrelle, président du Conseil Général, quelques mois après que le Conseil départemental a clairement affirmé « sa politique portuaire durable dans laquelle la mise en œuvre de ports à sec bien intégrés au paysage est souhaitée », Christian Gaubert, maire de Lanton, mais également président de la commission Mers et Ports au Conseil Général, annonce son intention d’implanter un bassin de décantation pour les vases draguées du port testerin est sévèrement critiqué, soulevant même un tollé local, ce qui incite les résidents habitant au voisinage de ce futur projet, à créer une association locale testerine, l’Association de Défense des Prés Salés Ouest (A.D.P.S.O.) avec comme présidente Madame Michelle Duvignac, résidente d’Arcachon Marine, ensemble de 350 appartements qui est directement impacté par cette création ; Claude Badet, ancien et fort actif animateur de l’AFVAT, n’est pas étranger à la création de l’ADPSO…

Le projet, porté par Madame Couteaux DGS des services techniques au Conseil Général et par son directeur Monsieur Lapierre, est un probable danger de pollution et de nuisances olfactives et visuelles car situé sur 3 hectares dans le secteur de 10 hectares, que le Conseil Général a gardé pour l’éventualité d’un stockage des vases jouxtant les anciens établissements Couach, en bordure de l’avenue du Général du Général Leclerc et tout à côté de l’espace de promenade écologique des 40 hectares composant les Prés Salés Ouest donné par A.O.T. depuis quelques années à la commune de la Teste de Buch.

Comme le projet annonce que « le Département se réserve un espace pour ses missions de dragage des ports », l’association part en bataille pour « s’opposer au déversement des boues de dragage du port de La Teste dans les près salé ». Son vice-président, Charly Fuster, ancien maire-adjoint du Dr Espied, ajoute que son « association est, certes, favorable au dragage indispensable de ce port mais pas n’importe comment ». Cette fermeté, précise-t-il, « a conduit au classement en espace naturel d’une partie des terrains prévue pour recevoir des bassins de décantation des boues de dragage, ce qui interdit désormais ces dépôts ».

Mais la menace n’a pas complètement disparu puisque le projet d’aménagement de la zone des près salés y prévoit un espace de 8 000 m2 réservé au département qui, selon M. Fuster, « pourrait recevoir les sédiments à décanter issus d’un traitement hydraulique, le mot décantation étant remplacé par celui d’égouttage ». Il demande donc à l’association de rester vigilante afin que ce quartier ne soit pas impacté par des nuisances olfactives et visuelles « qui furent le point de départ de nos inquiétudes ». Une vigilance d’autant plus nécessaire que la création d’un syndicat mixte pour la gestion des ports du Bassin peut relancer le désenvasement du port testerin.

Le conseiller général de La Teste de Buch, René Serrano, élu depuis quelques années a fait réaliser de nombreux travaux au port testerin comme la réfection de la digue Est mais, dans le cas présent, est favorable au bassin de décantation à l’intérieur des Prés Salés Ouest. Par contre l’A.D.P.S.O. trouve des alliés en la personne du Maire actuel de la Teste de Buch, Patrick Davet, lequel au cours d’une rencontre, le 12 novembre 2009, alors qu’il est adjoint aux travaux de la ville, se déclare opposé à la création du dit bassin de décantation. Monsieur Foulon, maire d’Arcachon indique également son opposition à cette réalisation. Enfin, en juillet 2009, le sous préfet Ramon est sans équivoques : « L’État n’autorisera pas la création d’un bassin de décantation tant qu’un lieu de destination des boues n’aura pas été identifié ».

L’A.D.P.S.O. bataille farouchement pendant plusieurs années en ayant qu’un seul objectif, l’abandon de ce projet de stockage des boues dans les Prés salés Ouest.

En 2017, comme aucune solution n’est arrêtée comme le clapage en mer, la cheminée étanche (un trou d’une profondeur de 40 mètres sur un rayon de 30 mètres, les sédiments une fois séchés pouvant être réhabilités), la craie coccolithique (qui permet le développement des bactéries aérobies qui peuvent facilement se développer et décomposer les couches fangeuses ; déposée sur la vase, la craie fait « fondre » les matières organiques ce qui fait diminuer sa hauteur), ou le bassin de décantation à l’intérieur des Prés Salés Ouest, le Président du Département, Jean Luc Gleyze, crée le Syndicat Mixte des Ports du Bassin d’Arcachon (S.M.P.B.A.) une collectivité qui gère en totalité quatorze ports du Bassin d’Arcachon.

La chance sourit à l’ADPSO lorsque les services de l’État déclassent les terrains des Prés salés Ouest, rendant impossible le traitement des sédiments maritimes à terre dans la superficie prévue.

2009 – Réhabilitation des Prés salés Ouest

« Ces prés salés ont vocation à devenir un parc maritime pédagogique, où la découverte des écosystèmes n’est pas incompatible avec leur protection », explique Stéphane Ducros, responsable du service développement durable de la Ville. Le projet de l’agence Mutabilis Paysage, retenue à la suite d’une consultation, propose non pas de revenir à un état antérieur, mais de révéler la richesse des milieux qui se sont développés avec les endiguements successifs. « Comme un delta, le projet vise à faire coexister milieux d’eau douce et écotones [zone de transition entre deux écosystèmes] liés aux prés salés », explique la paysagiste Camille Thuile.

Pour réaliser cet aménagement paysager, l’équipe tire parti d’une forte contrainte imposée dans le cahier des charges : en cas de crue, les prés salés doivent servir de bassin d’expansion à la Craste douce. La solution consiste à détourner le lit de la rivière vers les marais pour les alimenter en eau douce et améliorer ainsi les conditions de leur développement. Et en cas de crue, ces derniers formeront une zone d’étalement, capable de contenir 37 000 m3 d’eau.

Dès 2009, la commune testerine entreprend la réalisation d’importants travaux hydrauliques proposant une mosaïque de paysages lacustres et d’habitats humides. Les prés salés sont, pour leur part, recréés grâce à l’ouverture partielle de la digue de contact avec le bassin d’Arcachon. Une levée de terre, de 800 m de long par 1,5 m de haut, les sépare des marais. Enfin, des bassins de lagunage sont réalisés en amont pour filtrer l’eau de la craste. Les deux zones sont appelées la « vasière » ou « slikke » qui est sujette aux marées et les « prés salés » ou « schorre » rarement submergés.

Un inventaire raisonné des espèces végétales sur l’ensemble du site permet d’identifier les variétés qui sont préservées. Certaines sont mises en scène dans des jardins pédagogiques : la station des sables – un jardin de dunes semé d’essences méditerranéennes – la station des grandes fougères, des osmondes (variété de fougères), des sérapias (variété d’orchidées). Entre les marais débroussaillés émergent des bosquets d’aulnes, de bouleaux, ou de pins, qui cadrent les vues sur le bassin d’Arcachon.

De nombreux chemins piétonniers sont créés faisant le bonheur des promeneurs, des joggeurs et des cyclistes. Les amoureux de la nature peuvent maintenant découvrir une faune particulièrement riche avec de nombreuses variété d’oiseaux et de plantes aquatiques diverses. Certains endroits restent tout de même inaccessibles car très marécageux.

Le 1er septembre 2009, la remise en eau partielle des Prés salés Ouest permet à nouveau la circulation de l’eau de mer. Les eaux des diverses crastes traversant la zone commerciale de « Cap Océan » se déversent en bordure des anciens abattoirs, un lieu aujourd’hui mieux connu sous le nom « la source des Prés salés ».

En lisière des marais et des prés salés reconstitués, proche de la cabane à « Pinpin », une grande prairie artificielle accueille aires de pique-nique et manifestations festives.

Depuis l’aménagement des Prés salés Ouest, les sentiers sont empruntés par des promeneurs qui méconnaissent souvent la richesse et la diversité de ce milieu particulier. L’association pour le développement durable du Bassin d’Arcachon (A2DBA) organise de nombreuses visites commentées gratuites. Pour prolonger son action et faire découvrir, comprendre et apprécier ce site, l’A2DBA a l’idée de réaliser un carnet illustré sur la flore et la faune des prés salés de cette zone humide remarquable qui possède une faune et une flore très spécifiques. Un document qui est désormais achevé et conçu par Marie-France Perrin, géographe et Jean-Pierre Colin, professeur d’éducation physique, tous deux retraités.

Le carnet s’est élaboré à partir des visites qu’effectuent Marie-France Perrin tout au long de l’année. Un travail qui a demandé un gros investissement de la part des deux concepteurs. Le résultat est un carnet réussi et bien renseigné. « L’association a envisagé un partenariat avec la mairie mais cette dernière n’a pas souhaité s’associer à A2DBA ni pour la réalisation ni pour la distribution. Par ailleurs la mairie n’est pas favorable au balisage numéroté du cheminement de la visite », souligne le président Gérard Ruiz. Le grand format du carnet permet au visiteur de le lire en marchant et de se repérer en faisant la liaison entre la carte et le terrain.

Sur une zone de plus de 40 hectares, le promeneur pourra découvrir la biodiversité des prés salés et aller à la rencontre des variétés d’arbres, de végétaux ou d’animaux. L’ouvrage permet de comprendre la juxtaposition de deux zones humides, la salicorne, l’obione et l’envahisseur qu’est le baccharis. « Nous espérons que ce carnet fera prendre conscience de la fragilité, de l’équilibre de ce lieu d’une grande richesse que chacun se doit de protéger et de préserver », poursuit le président.

L’association poursuit les visites durant l’été sans inscription préalable et innove en organisant deux visites guidées des Prés salés Est, abordant la géographie du Bassin, les usages des zones humides et le port de Rocher. Marie-France Perrin poursuit ses visites des Prés salés Ouest et aborde le rôle des aménagements hydrauliques, la biodiversité de deux zones humides juxtaposées, le marais doux et le marais maritime.

Il est sans doute rare qu’une association qui a déposé un recours à l’encontre d’une municipalité le retire. C’est pourtant ce qui se passe lors d’une assemblée extraordinaire de l’AFVAT. Cette dernière avait pris une position très critique au sujet des travaux d’aménagement des Prés salés Ouest proposés par la municipalité Acot Mirande. Elle a déposé deux recours auprès du tribunal administratif en 2007 [Un recours contre deux arrêtés préfectoraux autorisant l’aménagement des Prés salés en juillet et octobre 2007, et un recours contre la délibération du Conseil municipal du 20 septembre 2007]. Pendant près de trois ans, le dossier semble en attente mais l’administration, sortant de son silence, convoque l’association pour une audience publique le 18 novembre 2010. Entre temps, les dernières élections municipales ont changé la donne : Jean-Jacques Eroles a été élu maire. Michel Alègre, président de l’AFVAT, est devenu conseiller municipal. Ce dernier précise en début de l’assemblée extraordinaire : « Actuellement l’Afvat entretient de très bonnes relations avec le maire qui désire poursuivre l’aménagement, mais prenons garde, le tribunal administratif est susceptible par son jugement de tout stopper. »

Michel Alègre d’avancer que la nouvelle municipalité a créé un comité de suivi longtemps réclamé par l’Afvat qui en fait partie et peut ainsi faire valoir ses positions. Ce comité procède à des études sur l’aménagement réalisé afin d’établir un diagnostic et élaborer d’autres travaux d’amélioration, notamment au niveau de l’hydraulique, la réhabilitation des écluses, l’impact de l’eau sur la biodiversité…

Il n’est pas question, pour Michel Alègre, qu’une décision du tribunal puisse arrêter cette démarche. D’ailleurs le conseil d’administration réuni début novembre a décidé d’abandonner les recours. Pour étayer son discours, le président laisse la parole à Jean-Paul Richard, premier adjoint en charge de l’urbanisme. Ce dernier reconnait le mérite de la municipalité précédente d’avoir obtenu un aménagement des Prés salés Ouest, projet souhaité par de nombreux maires durant des décennies. Il constate que les ouvrages ont été bien réalisés mais que l’on peut encore améliorer certains points comme l’automatisation du système hydraulique. Si la zone de lagunage est indispensable, Jean-Paul Richard pense qu’on peut doubler la surface en eau de mer. Il conclut « Peut-on ne pas abandonner la suite d’un projet qui a coûté 3,7 millions d’euros ? » L’abandon du recours est voté à la majorité[1].

En 2015, Michel Alègre, président de l’Afvat, lance un appel : « Il faut continuer à défendre les objectifs de l’association qui sont la reconquête de la façade maritime testerine, la promotion, la valorisation et l’aménagement des Prés salés ouest, du Lapin-Blanc et de la pointe de l’Aiguillon ». Il confirme la participation de l’Afvat aux deux comités de suivi mis en place par le maire pour la poursuite de l’aménagement des Prés salés Ouest. Il évoque ensuite les contraintes en matière d’études préalables d’impact sur la faune et la flore, l’hydraulique, la conformité à la loi sur l’eau, nécessaires pour toute décision favorable avant une augmentation des surfaces de remise en eau sous influence maritime. « Après deux ans de négociations, un avis favorable des services de l’État a été prononcé pour une augmentation de 5 hectares supplémentaires de remise en eau sous influence maritime. »

L’Afvat se réjouit aussi des travaux entrepris par la municipalité avec l’automatisation de l’écluse, le nettoyage du domaine public maritime derrière les cabanes ostréicoles, l’apport de sable pour le renforcement de la digue Johnston, et la création d’un chemin de promenade, avec la plantation d’arbres en nombre conséquent.

Enfin l’Afvat participe aux deux enquêtes d’utilité publique, sur les Prés salés Ouest et sur le Parc Naturel Marin ; le président confirme ses entretiens entre les commissaires mais constate que peu de personnes sont venues s’exprimer, et le regrette…

Michel Alègre « remercie le maire de faire prévaloir les objectifs de l’association sur la remise en eau et sur la non-intégration des Prés salés ouest dans le périmètre du DPM. Je renouvelle la confiance de notre association envers le maire pour terminer d’achever ce projet d’aménagement, jusqu’à la pointe de l’Aiguillon. » Jean-Paul Richard enchaîne en évoquant la future ZAC qu’il sera nécessaire de demander pour finaliser la façade terrestre le long de la D 1250. Selon lui, « la très grande majorité des habitants de la commune est impatiente de bénéficier enfin une façade maritime digne de l’image de la ville ».

Jacques Chauvet confirme que pour le Conseil général le dragage du port devient maintenant une priorité, il avance : « Il y a toutes les procédures administratives obligatoires en cours mais on peut raisonnablement penser que les travaux de dragage débuteront au premier semestre 2015. »[2]

L’association de défense des Prés salés Ouest ADPSO se mobilise pour empêcher le stockage des vases portuaires sur les Prés salés Ouest. « Pas de langue de bois, des actes ! Qu’allez-vous faire, vous, les élus pour empêcher que ces bassins de décantation soient implantés dans les prés salés Ouest ? », lancent certains participants à l’assemblée générale de l’association en 2009 (cette nouvelle association testerine, créée en 2009, compte déjà près de 200 adhérents). Par la voix de son secrétaire, Claude Badet, elle définit clairement son principal et unique objectif : « S’opposer à la mise en place de bassins de stockage des vases et boues sur le site des prés salés Ouest, provenant du dragage du port de La Teste. Nous désirons que ce dragage s’effectue, c’est indispensable, mais nous ne sommes pas d’accord avec la méthode préconisée, qui pénalise le quartier. Soyons clairs, nous ne désirons pas que le problème soit déplacé sur d’autres prés salés. Nous défendons un cadre de vie. En effet, un stockage de 100 000 mètres cubes de vases aboutirait à une pollution visuelle et olfactive à quelques dizaines de mètres des habitations. D’autres solutions peuvent être envisagées. »

L’inquiétude provient du SVSM, daté de 2001, qui n’a pas été rectifié malgré les assurances verbales des autorités. Cette inquiétude est confortée après la récente réunion sur le schéma directeur du traitement des vases portuaires pendant laquelle le Conseil général confirme que l’emplacement retenu des bassins de décantation sera situé en bordure de l’avenue du Général-Leclerc, entre le carrefour Bondon et l’usine Couach.

Claude Mulcey, le technicien du bureau, démontre « qu’il existe plusieurs moyens de dragage : le clapage en mer qui est pratiqué partout, dernièrement à Capbreton, le dragage mécanique qui intervient à marée basse. On transporte les vases par camions sur un site dévolu à cet effet. C’est la solution la moins chère et la plus rapide, deux ans au lieu de dix ».

La présidente, Michèle Duvignac, donne la parole aux élus présents, qui doivent se positionner. Jean-Paul Richard, adjoint chargé de l’urbanisme, aborde la discussion en se présentant « sous deux casquettes. Celle de l’élu et celle du citoyen. L’élu gère l’avancée des projets et doit tout faire pour que le dragage du port aboutisse. Pour changer la donne, on se heurte à la lourdeur administrative. C’est de plus en plus l’administration qui infléchit les décisions. Oui, le Conseil général a décidé de retenir la solution des bassins de décantation. En tant que citoyen, je suis entièrement d’accord avec vous. » Michel Alègre et Patrick Davet ont bien entendu le message et restent solidaires de la décision du maire. Pour sa part, Pierre Pradayrol, conseiller municipal d’opposition socialiste, pense « que c’est l’élu qui choisit et non l’administration. Sinon pourquoi est-on élu ? Il faut amender le projet et prendre le temps de la réflexion ».

En conclusion, les participants ont la ferme intention d’entreprendre des actions pour mieux se faire entendre. En attendant, une pétition est lancée…

En 2012, lorsque l’État transfère les Près salés Ouest au Département, il lui transmet aussi le projet fixé par le SMVM qui précise que « ce site accueille diverses activités économiques, un espace dédié à une activité de port à sec de 600 places et un espace dédié au carénage ».

Plus au nord, en bordure de la RD 650, celle qui relie La Teste à Arcachon, le Conseil départemental écrit clairement : « la façade de cette zone devra présenter une forte attractivité commerciale ».

L’ADPSO se réjouit alors d’annoncer que l’appel à projets pour l’aménagement de cette zone vient d’être lancé et prévoit, affirme M. Fuster, montrant un plan des lieux, « des activités nautiques et un port à sec, avec un accès direct à la mer ». Il ajoute même : « On approche du but ». Mais alors, mais alors : où commence et où s’achève donc la défense de l’historique zone naturelle des Près salés Ouest testerins ?


[1] – « L’Afvat jette l’éponge », Marceau Bonnecaze, Sud Ouest du 18/11/2010 https://www.sudouest.fr/2010/11/18/l-afvat-jette-l-eponge-242173-2918.php?nic

[2] – « La façade testerine en reconquête », Marceau Bonnecaze, Sud Ouest du 8/03/2013 https://www.sudouest.fr/2013/03/28/la-facade-testerine-en-reconquete-1007821-2918.php?nic


2017 – Réhabilitation de la digue « Johnston »

En 2017, étant en très mauvais état, la réhabilitation de la digue « Johnston », par la ville de La Teste de Buch, permet de protéger définitivement les Prés salés Ouest d’un nouvel effondrement, et aussi de sécuriser l’entrée du port testerin.

Actuellement, les deux Prés salés « Est » et « Ouest » ont une fonction naturelle, la végétation et la biodiversité semblent préservées permettant aux oiseaux, aux poissons, aux crustacés et autres mollusques de trouver grâce à une flore et une faune abondante, le repos ou la nourriture indispensable.

Eh oui ! Les Prés salés Ouest constituent un écosystème d’une richesse exceptionnelle ! Des foules d’oiseaux en nidification, au repos ou au gagnage (recherche de nourriture), des mammifères protégés – Vison d’Europe, Loutre, un milieu combinant prairie saumâtre et eau de la Craste Douce, avec le Héron pourpre qui prend des bains de pieds et l’éclair bleu du Martin pêcheur filant sous les bacharris. Les rangées de nids face à la mer. Les terriers cachés, les ponts suspendus de la petite faune entre les touffes d’herbes. Les nids de Rousserolles suspendus aux roseaux. Le vol des Demoiselles d’eau (les « odonates ») bleues, vertes, rouges, dorées. Le noir d’encre des Poules d’eau entre les herbes jaunes…

Et tant d’autres choses, à la beauté indescriptible[1]

Puissent les aménagements et la fréquentation prévus préserver cette quiétude, vitale à la faune innombrable et extraordinaire de ce territoire.

… Et puissent les gens, eux-mêmes, savoir respecter le fait qu’ils seront en visite chez des animaux qui n’ont pas d’autres lieux de vie.

Aujourd’hui, promeneur de l’été, tu peux, déambulant sur ces Prés salés, écouter de très près coasser les grenouilles et distinguer les éclairs d’anguilles se faufilant dans l’eau ensoleillée. Mais pourtant, la domanialité reconnue, rien, promeneur ne t’a encore vraiment ouvert ces chemins qui conduisent à cent lieues d’un monde plein de voitures… pourtant très proche.

Aujourd’hui, en pleine crise économique et sociale et alors que la planète tremble sur ses bases, on peut évaluer où se situait, déjà, la raison, le modernisme et la solidité de l’avenir… C’est pourquoi, ami promeneur, pour l’instant, tu peux marcher tranquille sur les chemins ouverts à tous dans les Prés salés testerins. Voilà presque la fin de notre première promenade. Presque, parce que ces Près salés ont vu, en plus de tout, naître l’une des rares communes libres de l’histoire du Bassin, le « Lapin blanc » !

À plus tard, donc, pour la fin de l’épopée …. Si, toutefois, elle se termine un jour ! 

[1] – Propos de Françoise Branger.

Sources :


  • Thèse de doctorat en droit soutenue à l’Université PARIS II par Franck Bouscau, 1984 et extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch n° 40 du 2e trimestre 1984

https://www.shaapb.fr/la-curieuse-histoire-des-pres-sales-de-la-teste-de-buch/

  • Prés salés Ouest : la rogne, Marceau Bonnecaze, Sud Ouest du 6 avril 2009

http://apba.info/Association_des_Plaisanciers_du_Bassin_d_Arcachon/lirearticle.php?num=870

  • Mémoire sur la propriété des dunes de la Teste, André Ferradou (1872-1945), Date d’édition : 1930

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9763548n/f568.item.r=teste%20de%20buch%22pr%C3%A9s%20sal%C3%A9s%22

  • Ports maritimes de la France : Tome sixième, De La Rochelle à Hendaye / France, Ministère des Travaux publics, Date d’édition : 1887

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10928624/f914.item.r=teste%20de%20buch%22pr%C3%A9s%20sal%C3%A9s%22.zoom

  • L’Avenir d’Arcachon du 2 octobre 1910

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5431492q/f2.image.r=%22lapin%20blanc%22?rk=686698;4

  • « Les prés salés se muent en un parc maritime », Le Moniteur du 24 août 2006

https://www.lemoniteur.fr/article/7-9-la-teste-de-buch-gironde-les-pres-sales-se-muent-en-un-parc-maritime.1089434

  • « Chronique » de Jean Dubroca, Radio Côte d’Argent

https://bassin-paradis-academie.com/2017/07/10/pres-sales-lheritage-unique-du-captalat/

  • « Guides en zone humide », Marceau Bonnecaze, Sud Ouest du 4 juillet 2012   

https://www.sudouest.fr/2012/07/04/guides-en-zone-humide-760938-706.php?nic